LIVRE IV. LE MONDE COMME VOLONTÉ
les éléments importants; de même qu’on peut retrouver ceux-ci, sons des formes bien différentes, dans les enseignements et dans les préceptes moraux des livres de l’Inde. Ces dogmes de l’Église chrétienne nous ont servi en même temps à interpréter et à élucider la contradiction apparente qui existe, d’une part entre la nécessité qui régit les manifestations du caractère, quand les motifs sont donnés, (c’est le domaine de la nature), et d’autre part la liberté pour la volonté en soi de se nier et de supprimer tout à la fois le caractère et la nécessité qu’il prête aux motifs (c’est le domaine de la grâce).
J’ai terminé maintenant mon esquisse des fondements de la morale : elle clôt le développement total de cette pensée unique que j’avais pour but d’exposer. ’ Arrivé là, je ne veux nullement dissimuler le reproche qui s’élève contre cette dernière partie ; je tiens à établir seulement qu’il est inhérent à l’essence de la chose, sans qu’il soit possible d’y obvier. Ce reproche consiste en ce que, nos considérations nous ayant conduit à reconnaître dans la sainteté parfaite la négation et la suppression de tout vouloir, dans le but d’arriver ainsi à nous délivrer d’un monde essentiellement misérable, tout cela n’aboutit en définitive qu’à nous précipiter dans l'abîme du Néant.
Je commence par faire observer que la notion de néant est essentiellement relative ; elle se rapporte toujours à un sujet déterminé afin de le nier. Les philosophes généralement, (Kant entre autres) n’accordent cette relativité qu’à ce qu’on appelle le „nihü privativum11 à la différence du nnihil negativum11 : le
AFFIRMATION ET NÉGATION DE LA VOLONTÉ. 657
premier désignerait tout ce qui est affecté du signe — par opposition à ce qui porte le signe -j-, mais dans des conditions telles qu'à un point de vue contraire ce — pourrait devenir un et l’on a réservé l’expression de „nihil negativumu pour désigner ce qui serait néant à tous égards, et l’on en donne comme exemple la contradiction logique qui s'anéantit ellemême. Mais en y regardant de plus près, on voit que le néant absolu , le nihil negativum proprement dit, n’est pas concevable par la raison ; tout néant de ce genre devient nihil privativum , néant relatif, dès qu’on le fait rentrer dans l’extension d’une notion plus étendue, ou dès qu’on se place à un point de vue plus élevé. Le néant n’est saisi comme néant que dans son rapport avec quelque autre chose : il suppose toujours l’existence de ce rapport, et par suite aussi celle de cette chose. La contradiction logique elle-même n’est qu’un néant relatif. Bien qu’elle ne puisse pas être pensée par la raison, elle n’est pas pour cela un néant absolu. Car elle est une simple combinaison de mots, un exemple de quelque chose d’impossible à penser, dont on a besoin en Logique à l’effet de démontrer les lois de la pensée : c’est pourquoi lorsque, à cet effet, on recourt à un pareil exemple, on arrête son attention sur le „non sensusu comme étant la chose positive que l’on recherche pour le moment, et l’on saute par dessus le „sensuslt , qui est la chose actuellement négative. Nous voyons donc que le nihil negativum , ou néant absolu, devient privativum , ou relatif, quand on le subordonne à une notion supérieure, et qu’il peut toujours échanger son signe contre celui de ce qu’il nie, ce dernier signe devenant alors négatif et le sien positif. Tout cela s’accorde entièrement avec le résultat de la discussion dialectique si