‹ Le monde comme volonté et comme représentationChapitre 20 sur 167 · LIVRE II, LE MONDE COMME VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE II, LE MONDE COMME VOLONTÉ

la connaissance. J) Il ne peut être question ici de représentation et de connaissance, car le but en vue duquel ils travaillent, exactement comme si c’était un motif dont ils auraient conscience, leur est parfaitement inconnu : leur action n’a pas de motif et n’est pas guidée par la connaissance ; c’est là un premier fait qui nous démontre que la volonté peut agir inconsciemment. L’oiseau d’un an n’a aucune connaissance des oeufs, pour lesquels il prépare un nid; l’araignée ne connaît pas la proie à laquelle elle tend son piège, ni le fourmi-lion la fourmi dont il creuse la fosse; la larve du cerf-volant fouille dans le bois, où elle va subir sa métamorphose, un trou qui lorsqu’il doit en sortir un mâle, est double de celui destiné à une femelle, afin de réserver une place pour les cornes dont elle n’a encore aucune représentation. Dans les actes de ce genre chez les animaux, comme dans toute leur activité, c’est bien évidemment la volonté qui agit; mais c’est une activité aveugle, que la connaissance accompagne, mais qu’elle ne gouverne pas. Une fois la conviction acquise, que la représentation comme motif, n’est pas essentiellemont une condition nécessaire pour l’activité de la volonté, il nous sera plus facile de reconnaître cette activité là où elle est moins évidente, et nous ne prétendrons plus que l’escargot bâtit sa maison par une volonté qui n’est pas à lui et qui est dirigée par la connaissance, pas plus que nous ne soutiendrions que la maison, que nous bâtissons nousmême, s’élève par une volonté autre que la nôtre : nous dirons que les deux maisons sont l’oeuvre d’une

b Le cliap. 27 du 2d volume traite spécialement de l’instinct.

Note de Schop.

L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ

volonté qui s’objective dans les deux phénomènes, qui chez nous agit en vertu de motifs, mais qui dans l’escargot travaille aveuglément, sous forme de manifestation extérieure d’un instinct de construire. Chez l’homme aussi cette même volonté travaille aveugle dans toutes les fonctions du corps que ne gouverne pas la conscience, dans tous les processus vitaux et végétatifs, tels que la digestion, la circulation du sang, la sécrétion, la croissance, la reproduction. Non seulement les actions du corps, mais le corps lui même en entier est phénomène de la volonté, volonté objectivée, volonté concrète; tout ce qui se produit dans son intérieur doit donc se produire par la volonté ; seulement, là, cette volonté n’est pas dirigée par la connaissance, ou déterminée par des motifs, mais elle agit aveuglément, en vertu de certaines causes appelées, dans ce cas, des excitations (Reize).

J’appelle cause , dans l’acception la plus restreinte du mot, cet état de la matière qui, après en avoir nécessairement produit un autre, subit lui-même un changement égal à celui qu’il a amené ; c’est ce que l’on exprime par la règle : l’action et la réaction sont égales entre elles. “ En outre, dans ce cas, l’action croit exactement en proportion de la cause, et par conséquent, la réaction de même ; de manière que, le mode d’action étant donné, l’intensité de la cause peut se mesurer et se calculer par l’intensité de l’action, et vice versa. Ces causes, plus spécialement ainsi nommées, sont ce qui agit dans les phénomènes mécaniques, chimiques, etc., bref, dans tous les changements des corps inorganiques. Par contre, j’appelle excitation une cause telle, que la réaction qu’elle-même éprouve n’est pas proportionnelle à son action, et dont le degré d’intensité ne marche pas parallèlement à celui de l’action, il ne

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