LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ
peut donc servir à la mesurer : au contraire, un petit accroissement clans l’excitation peut en provoquer un très grand dans l’action, ou, au rebours, annuler entièrement l’action précédente, etc. A cette classe apparpartiennent les actions sur les corps organisés, en tant qu’organismes : toutes les modifications organiques et végétatives, proprement dites, dans le corps animal, procèdent d’excitations et non de causes. Mais l’excitation, comme toute cause en général, et comme aussi tout motif, ne détermine que le moment, dans le temps et dans l’espace, de la manifestation de toute force, et non l’essence propre de celle-ci; nous savons par les déductions précédentes, que cette essence est la volonté, et que c’est à elle qu’il faut attribuer tous les changements de notre corps, conscients ou inconscients. L’excitation tient le milieu, fait la transition entre le motif qui est la causalité arrivée à la connaissance, et la cause dans son sens restreint. Selon les cas elle se rapproche tantôt du motif, tantôt de la cause, desquels on peut néanmoins toujours la distinguer : c’est ainsi, p. ex. que l’ascension de la sève dans les plantes se fait par excitation, et non par une cause tirée simplement de l’hydraulique ou de la capillarité : cependant ces causes la favorisent, et elle se rapproche en général beaucoup de la nature d’une modification purement causale. En revanche, les mouvements de Y Heclysarum gyrans et de la Mimosa pudica , bien que s’effectuant en vertu d’excitations, ressemblent déjà fortement à ceux que produit un motif, et semblent presque faire la transition. Le rétrécissement de la pupille devant une vive lumière provient d’une excitation, mais rentre déjà dans les mouvements motivés, car elle se produit parce que la lumière trop intense affecterait douloureusement la rétine, et que, pour l’éviter, nous contractons la pu-
L'OBJECTIVATION DE LA VOLONTE
pille. L’érection est due à un motif, vu que l’occasion qui la produit est une représentation, mais ce motif agit avec la nécessité d’une excitation, c’est-à-dire qu’on ne peut lui résister ; le seul moyen de le paralyser est de l’éloigner. Il en est de même de certains objets répugnants qui provoquent des nausées. Nous avons vu cidessus, dans l’instinct des animaux, un exemple d’un autre genre, intermédiaire entre le mouvement en vertu d’une excitation et l’action en vertu d’un motif conscient. On serait tenté de considérer la respiration comme un intermédiaire de cette même espèce : on a en effet discuté la question de savoir si elle appartient aux mouvements volontaires ou involontaires, c’est-à-dire si elle s’effectue par un motif ou par une excitation, et je crois par suite, que peut-être pourrait-on la ranger entre les deux. Marshall Hall („On the diseases of the nervous System, “ § 293 sg.) affirme que c’est une fonction mixte , puisqu’elle dépend en partie des nerfs cérébraux (locomotion volontaire) et en partie des nerfs spinaux (mouvements inconscients). Cependant il semble bien en définitive , que c’est parmi les mouvements volontaires motivés qu’il faut la classer , car il est d’autres motifs , c’est-à-dire de pures représentations, qui peuvent déterminer la volonté à retarder ou à précipiter la respiration? et il y a toute apparence qu’on pourrait, comme tout autre acte volontaire, la supprimer complètement et s’asphyxier volontairement. C’est en effet ce qui arriverait, dès qu’un motif viendrait presser sur la volonté assez énergiquement pour l’emporter sur le pressant be* soin d’aspirer de l’air. Il y en a qui prétendent que Diogène aurait effectivement mis fin à ses jours de cette manière (Diog. Laert. YI, 76). Des nègres, dit-on, auraient aussi eu recours à ce genre de suicide (T. B. Osiander,