LIVRE II, LE MONDE COMME VOLONTÉ
„ Du suicide/ [1813], p. 170—180). Nous trouverions dans ces faits un exemple frappant de l’influence des motifs abstraits, c’est-à-dire de la prépondérance de la volonté propement dite raisonnée sur la volonté purement animale. A l’appui de ce fait que la respiration serait en partie du moins le {résultat d’une activité cérébrale, il y a cette circonstance, que l’acide cyanhydrique amène la mort, en paralysant avant tout le cerveau et en arrêtant par là indirectement la respiration; si l’on entretient celle-ci artificiellement jusqu’à ce que la narcose cérébrale se dissipe, la mort n’arrive pas. En même temps la respiration, disons-le en passant, nous fournit l’exemple le plus évident que des motifs agissent avec autant de nécessité que des excitations ou de simples causes (dans l’acception restreinte de ce mot), et ne peuvent être réduits à l’impuissance que par des motifs opposés, comme la pression s’annule par une pression contraire : car pour la respiration, la possibilité de la supprimer semble infiniment . plus faible que pour d’autres mouvements résultant de motifs, vu qu’ici ce motif est pressant, très prochain, que sa satisfaction est des plus faciles à cause de l’infatigabilité des muscles actifs de cette fonction, que, normalement rien ne lui fait obstacle, et enfin que l’habitude la plus invétérée la favorise. Et pourtant, à vrai dire, tous les motifs agissent avec égale nécessité. Maintenant que nous avons reconnu que la nécessité qui existe pour les mouvements motivés, existe la même pour ceux provenant d’excitations, nous comprendrons plus facilement que ce qui s’accomplit normalement dans l’organisme en vertu d’excitations, est aussi, quant à son essence, volonté, laquelle est soumise, non en soi. mais dans toutes ses manifestations, au principe de raison,
L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ
c’est-à-dire à la nécessité. p Nous n’hésiterons donc pas à reconnaître que les animaux, non seulement quant à leurs actions, mais aussi quant à leur existence, leur configuration et leur organisation entière, sont des phénomènes de la volonté ; cette connaissance de l’essence des choses, qui seule nous est directement donnée, nous l’appliquerons aussi aux plantes dont tous les mouvements naissent d’excitations, puisque c’est la privation de connaissance et , par suite l’absence de mouvements provoqués par des motifs qui établit la différence essentielle entre l’animal et la plante. Nous affirmerons que ce qui pour la représentation apparaît comme plante, comme simple végétation, sous l’aspect d’une force aveuglément agissante, est, dans son essence, encore la volonté, cette même volonté qui est la base de notre propre phénomène, tel qu’il se manifeste dans toute notre activité comme aussi dans l’existence de notre corps.
Il nous reste un dernier pas à faire dans cette voie, c’est d’étendre notre manière d’envisager les choses à toutes ces forces qui travailent dans la nature selon d’immuables lois générales, et qui amènent les mouvements de tous les corps inorganiques, lesquels n’ont pas de réceptivité pour les excitations, ni de connaissance pour les motifs. Pour cela, cette clé que nous avons pour comprendre la nature de la chose en soi, et que la connaissance immédiate de notre propre essence a seule pu nous livrer, nous devons l’appli-
p Ces considérations sont entièrement démontrées dans mon mémoire de concours sur „Le libre arbitre/' où les pages 30 — 44 des «Problèmes fondamentaux de l’Ethique" exposent et développent le rapport entre une excitation , et un motif.
Note de Schop.