‹ Le monde comme volonté et comme représentationChapitre 23 sur 167 · LIVRE II, LE MONDE COMME VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE II, LE MONDE COMME VOLONTÉ

quer également à ces phénomènes du monde inorganique qui. entre tous, diffèrent le plus de nous. — Jetons un regard investigateur sur tous ces phénomènes : nous verrons l’impétuosité irrésistible avec laquelle les eaux courent vers les abîmes; l’opiniâtreté avec laquelle l’aimant persiste à revenir vers le pôle nord ; l’élan du fer quand il vole vers cet aimant ; l’intensité avec laquelle les pôles tendent à se réunir dans le courant électrique et qu’une résistance ne fait qu’accroître, tout comme pour la vivacité des désirs humains; nous verrons encore le cristal se former presque instantanément et avec une régularité de figure, qui évidemment n’est qu’une tendance vers plusieurs directions, tendance énergique et précise, qu’une solidification soudaine est venue, saisir et fixer ; nous verrons aussi la sélection avec laquelle les corps soustraits aux liens de la solidité et mis en liberté à l’état fluide se cherchent on se fuient, s’unissent ou se séparent ; enfin nous sentirons directement par nous-mêmes, combien un fardeau, dont notre corps empêche la tendance vers la masse terrestre, presse et appuie avec instance sur nos épaules, poursuivant ainsi son unique aspiration : quand nous aurons attentivement médité tout cela, il ne nous en coûtera plus un grand effort d’imagination pour reconnaître, même à une aussi grande distance de notre propre nature, cette chose qui, en nous, poursuit son but en s’éclairant de la connaissance, mais qui ici, dans les plus pâles de ses manifestations, n’a que des tendances aveugles, .sourdes, unilatérales et invariables; par suite, — de même que la lueur de l’aurore matinale porte le nom de lumière solaire à l’égal des rayons éclatants du milieu du jour — de même cette chose, étant partout identique, doit porter ici, comme là, le nom de volonté,

L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ

car ce nom désigne l’essence intime c!e toute chose en ce monde, la substance unique de tout phénomène.

La distance, ou plutôt l’absolue différence apparente entre les phénomènes de la nature inorganique et la volonté humaine, résulte principalement du contraste entre la régularité invariable qui règne dans les premiers et la capricieuse irrégularité qui domine, en apparence, dans les manifestations de la seconde. En effet , l’individualité s’accentue fortement chez l’homme ; chaque être humain a son caractère propre : aussi le même motif n’agit-il pas chez tous avec la même puissance, et mille circonstances accessoires, qui trouvent place dans la vaste sphère de connaissance de l’individu, mais qui restent inconnues aux autres, viennent modifier cette action : il en résulte que le motif seul ne suffit pas pour prévoir à l’avance la conduite ; l’autre facteur manque, savoir, la connaissance qui l’accompagne. Les manifestations des forces naturelles nous présentent l’extrême contraire : elles agissent en vertu de lois générales, sans déviation et sans individualité, dans des conditions toujours patentes , toujours susceptibles d’être rigoureusement prévues, et la même force naturelle, dans l’infinité de ses phénomènes, se manifeste invariablement de la même manière. Pour élucider ce point, pour établir l’identité de cette volonté unique et indivisible dans toutes ses différentes manifestations, dans les plus faibles comme dans les plus énergiques, nous devons d’abord examiner le rapport qui existe entre la volonté comme chose en soi, et son phénomène, ou, en d’autres mots, entre le monde comme volonté et le monde comme représentation; cela nous ouvrira la voie à une étude plus

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