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LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ

par l’entremise de la causalité. Or, l’ensemble de tout cela n’est pas essentiellement propre à ce qui apparaît, à ce qui revêt la forme de la représentation ; cela n’est attaché qu’à cette forme seulement. A l’inverse, ce qui dans la représentation n’est pas déterminé par le temps l’espace et la causalité, ce qui ne peut pas se ramener sous ces formes, ni être expliqué par elles, c’est là précisément ce qui se manifeste à nous immédiatement comme l’essence de ce qui se représente, c’està-dire comme la chose en soi. En conséquence, ce qu’il y aura pour nous de plus facile à connaître, en vertu de sa clarté, de sa précision et de son entière explicabilité, ce sera ce qui est propre à la connaissance comme connaissance , donc à la forme de la connaissance, et non ce qui en soi n’est pas représentation, ce qui n’est pas objet, ce qui n’est perceptible, c’est-àdire ce qui n’est devenu représentation, objet, qu’après avoir revêtu ces formes. Ainsi donc la seule chose qui puisse nous faire acquérir une connaissance sans réserve, d’une clarté parfaite, ne laissant aucun résidu inexpliqué, ce sera uniquement ce qui ne dépend que de la faculté d’intuition, de perception en général, en tant que faculté de perception (et non pas de ce qui fait l’objet de la connaissance pour devenir ensuite représentation); par suite, ce sera ce qui est l’attribut de toute connaissance indifféremment, et qui peut ainsi être obtenu en partant du sujet, comme de l’objet. Or, tout ceci ne se compose que des formes, que nous connaissons a priori, de tout phénomène, formes énoncées dans leur généralité par le principe de raison, et dont les modalités concernant la connaissance intuitive (la seule dont nous nous occupions ici) sont le temps, l’espace et la causalité. C’est sur elles uniquement qu’est fondé l’ensemble des mathématiques et

L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ

des sciences naturelles pures et a priori. Ce n’est aussi que dans ces sciences que la connaissance ne se heurte contre rien d’obscur, contre rien d’inexplicable (l’inexplicable c’est la volonté), contre rien qui ne puisse toujours encore être déduit d’autre chose; c’est sous ce rapport, nous le répétons, que Kant voulait appeler par préférence, et même exclusivement, ces seules branches de la connaissance, mais y compris la logique, des sciences. Mais d’autre part, ces mêmes sciences ne nous apprennent à connaître que des rapports, des relations entre une représentation et une autre, des formes sans aucune substance. Tout contenu qu’on leur donnerait, tout phénomène qui remplirait ces formes, contient déjà quelque chose qui n’est plus parfaitement connaissable dans toute son essence, qui n’est plus explicable entièrement par autre chose, qui est donc „sans cause “ (grundlos); par quoi la science perd immédiatement de son évidence et de sa parfaite clarté. Mais ce qui se dérobe là à l’investigation c’est la chose en soi, c’est ce qui essentiellement n’est pas repré sentation ou objet de connaissance, c’est ce qu’on ne peut connaître qu’après que cela a pris une des formes ci-dessus. Dès l’origine la forme lui est étrangère, et la chose en soi ne peut jamais s’identifier complètement avec celle-ci; elle ne peut jamais être ramenée à la forme pure, et comme cette forme est le principe de raison, la chose en soi ne pourra pas être expliquée par ce principe dans la science pure. Si donc les mathématiques donnent une connaissance entière de tout ce qui dans les phénomènes est quantité, position, nombre, bref, de tout ce qui est rapport de temps et d’espace ; si l’étiologie nous apprend à connaître parfaitement les conditions régulières dans lesquelles se produisent les phénomènes avec toutes leurs

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