LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ
déterminations dans le temps et dans l’espace, sans toutefois nous dire autre chose si ce n’est pourquoi tout phénomène donné doit résulter en une place déterminée à tel instant, et à un instant déterminé en telle place; nous ne pouvons tout de même, et avec tout leur secours pénétrer dans l’essence des choses; il reste toujours quelque chose à quoi aucune explication n’ose s’attaquer, et qu’elle ne peut qu’admettre comme donné; ce quelque chose ce sont les forces naturelles, le mode d’action des objets, la qualité, le caractère de tout phénomène, le „sans cause “ qui ne dépend pas de la forme du phénomène, du principe de raison, qui l’ignore, mais qui, lorsqu’il y entre, se manifeste selon ses lois, lesquelles, nous ne saurions assez le répéter, ne déterminent que l’apparition non ce qui apparaît, le comment non le quoi, la forme non le contenu. Mécanique, physique, chimie, nous apprennent les règles et les lois en vertu desquelles agissent l’impénétrabilité, la pesanteur, la solidité, la fluidité, la cohésion, l’élasticité, la chaleur, la lumière, les affinités, le magnétisme, l’électricité etc., c’est-à-dire la loi, la règle que suivent ces forces chaque fois qu’elles se manifestent dans le temps et dans l’espace : mais ces forces elles-mêmes, de quelque façon qu’on s’y prenne, n’en restent pas moins des qualitates occultae. Car c’est précisément la chose en soi, qui, en se montrant, nous présente ces phénomènes, dont elle diffère pourtant radicalement ; soumise entièrement comme phénomène au au principe de raison, à la forme de toute représentation, elle ne peut, en soi, être ramenée à cette forme; partant, elle ne peut étiologiquement être éclairée jusque dans ses derniers fondements, ni jamais être entièrement expliquée ; quoique totalement compréhensible, en tant qu’elle a revêtu cette forme, c’est-à-dire
L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ
en tant que phénomène, cette compréhensibilité n’explique en rien son essence intime. Cela posé, plus une science entraîne après elle de nécessitation, plus elle renferme de ces principes qu’on ne peut penser ni concevoir autrement — comme p. ex. les rapports d’espace, — plus elle est donc claire et satisfaisante, moins alors elle aura de contenu purement objectif et moins elle nous présentera de vraie réalité : inversement, plus elle renferme de choses purement contingèntes, de celles que nous ne pouvons admettre que comme empiriquement données, plus alors une pareille connaissance contiendra d’objectivité et de réalité, mais plus aussi de principes inexplicables, c’est-à-dire ne pouvant se déduire d’autre chose.
De tout temps il a existé, à la vérité, une étiologie, qui méconnaissant son but, tendait à ramener la vie organique au chimisme ou à l’électricité, le chimisme, c’est-à-dire les propriétés, à la mécanique (action par la figure des atomes), celle-ci à son tour, en partie à l’objet de la phoronomie, c’est-à-dire, union du temps et de l’espace pour la possibilité du mouvement, en partie à celui de la géométrie, c’est-à-dire position dans l’espace (à peu-près comme à bon droit l’on construit géométriquement la décroissance d’une force en raison du carré de la distance, ou la théorie du levier) : la géométrie aussi peut se résondre en arithmétique laquelle, en raison de la dimension unique, est la forme du principe de raison la plus facile à comprendre, à embrasser dans son ensemble et à expliquer en entier. Nous avons comme exemples de cette méthode : les atomes de Démocrite , les tourbillons de Descartes , la physique mécanique de Lesage qui, vers la fin du siècle passé, voulait expliquer mécaniquement, par le choc et la pression, les affinités chimiques et la gravitation,