‹ Le monde comme volonté et comme représentationChapitre 28 sur 167 · LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ

nent à quelque chose d’aussi inconnu que le problème initial ? En sait-on davantage à la fin sur l’essence de ces forces générales, que sur l’essence d’intime d’un animal ? L’un n’est-il pas aussi inexpliqué que l’autre, comme n’ayant pas d’explication possible, comme étant le contenu, le „quoi“ du phénomène, et comme ne pouvant jamais se ramener à la forme, au ^pourquoi11 du phénomène, au principe de raison ? Mais nous, qui ici ne faisons pas de l’étiologie, mais de la philosophie, c’est-à-dire, qui ne cherchons pas la connaissance relative, mais absolue, de l’essence du monde, nous prenons le chemin opposé; nous partons de ce qui nous est le plus immédiatement et le plus complètement connu, de ce qui nous est tout-à-fait familier et voisin, pour comprendre ce que nous ne connaissons que de loin, par un seul côté et indirectement : c’est le phénomène le plus énergique, le plus significatif et le plus clair qui doit nous servir à expliquer le phénomène moins parfait et moins énergique. Sauf mon corps, je ne connais tous les autres objets que par un seul côté, celui de la représentation ; leur essence reste pour moi un profond mystère, même alors que je connais toutes les causes de leurs changements. Ce n’est que par la comparaison de ce qui se passe en moi, lorsque mon corps effectue une action sous l’empire d’un motif, ce qui est l’essence intime des changements que déterminent en moi les raisons extérieures, que je puis me rendre compte de la manière dont les corps inaniméss changent en vertu de causes, et ce n’est que par là que je puis comprendre leur essence intime; connaître seulement la cause d’un phénomène ne m’apprend rien autre chose, que la règle de sa manifestation dans le temps et dans l’espace. Et cette comparaison m’est possible, car mon corps est l’unique objet dont je ne

L’OBJECTIVATION DE LA VOLOxNTÉ.

connais pas seulement un côté , celui de la représentation, mais aussi l’autre côté, appelé volonté. Il ne faut donc pas croire que l’on pourrait mieux comprendre sa propre organisation, son intelligence, sa volonté et ses mouvements motivés, si l’on parvenait seulement à les ramener à des mouvements provoqués par des causes, par l’électricité, par le chimisme, ou par la mécanique ; bien au contraire ; en tant que je fais de la philosophie, et non de l’étiologie, ce sont les mouvements les plus simples et les plus vulgaires des corps inorganiques, provoqués par des causes, que je dois apprendre à m’expliquer par mes propres mouvements résultant de motifs ; et je dois me convaincre que les forces inexplicables, qui se manifestent dans tous les corps de la nature, sont, de leur espèce, identiques avec ce que je reconnais en moi comme étant la volonté, dont elles ne se distinguent que quant au degré. Cela signifie que les représentations comprises dans la 4me classe, telle que nous l’avons établie dans la dissertation sur le principe de raison, doivent nous servir de clé pour arriver à la connaissance de l’essence intime des représentations de la lre classe, et que c’est par la loi de motivation que nous devons arriver à comprendre la signification intime de la loi de causalité.

Spinoza dit (epit. 62) que, si elle était douée de conscience, la pierre, lorsqu’un choc la fait voler à travers l’espace, croirait voler de sa propre volonté. Et moi j’ajoute, que la pierre aurait raison. Le choc est à son égard ce que le motif est au mien, et ce qui dans la pierre apparaît comme cohésion, comme pesanteur, comme persévérance dans le mouvement acquis, est identique dans son essence avec ce que je reconnais en moi comme volonté, et ce qu’elle aussi reconnaîtrait pour volonté, si elle acquérait la faculté de

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