‹ Le monde comme volonté et comme représentationChapitre 29 sur 167 · LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ

connaissance. Spinoza, dans ce passage, vise la nécéssité avec laquelle vole la pierre, et veut à bon droit ramener cette nécésitté à celle des actes isolés de la volonté humaine. Moi, au contraire, je porte mon attention sur l’essence intime, qui donne de la signification et de la validité à toute nécessité réelle (c’est-à-dire à un effet résultant d’une cause) comme étant la condition préalable de toute nécessitation : cette essence dans l’homrae s’appelle le caractère, dans la pierre une qualité, mais elle est la même dans tous deux, et s’appelle volonté lorsqu’on la reconnaît d’une manière directe; avec la seule différence, que dans la pierre elle n’a que le plus faible degré de visibilité, d’objectité, et que dans l’homme, au contraire, elle acquiert le degré le plus élevé. Cette identité de la tendance dans les choses et de la volonté dans l’homme, a été reconnue même par S* Augustin avec un juste sentiment de la vérité; et je ne puis me retenir de citer ici le passage où il exprime naïvement sa pensée : „Si pecora esse- „mus, carnalem vitam et quocl secunclum sensum ejusvdem est amaremus , idque esset sufficiens bonum nostrum , vet secundum hoc si esset nobis bene , nihil aliud quae- , , reremus. Item, si arbores essemus , nihil quidem senvtientes motu amare possemus: verumtamen ici quasi 7,appetere vider emur, cquo feracius essemus , uberiusque ,/ructuosae. Si essemus lapides , aut fluctus , aut vertus , „ aut flamma, vel quicl ejusmodi , sine ullo quidem sensu „ntque vit a, non tamen nobis deesset quasi quidam nos- „trorum locorum atque ordinis appetitus. Nam velut „amores corporum momenta sunt ponderum , sive deorjysum gravitate, sive sursum levitate nitantur : ita enim „ corpus pondéré , sicut animus amore fertur quomcum- „que fertur. “ (De ci vit. Dei, XI, 28.)

Euler aussi, dans sa 68m lettre à une Princesse,

L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ

avait compris que l’essence de la gravitation devait se ramener finalement à une „ tendance et un désir“ propres aux corps. Et c’est même là ce qui le rend peu favorable à cette notion de la gravitation telle que Newton l’a établie, et le dispose à essayer d’y introduire une modification basée sur la théorie antérieure cartésienne, c’est-à-dire à déduire la gravitation du choc d’un éther sur les corps, ce qui serait, comme il le dit „plus sensé et plus acceptable pour ceux qui aiment les principes clairs et compréhensibles11 . L’attraction, en tant que quant a s occulta , devrait selon lui être bannie de la physique. Ce sentiment est en accord avec l’opinion qui dominait du temps d’Euler sur la nature inanimée comme corrélatif d’une âme immatérielle ; mais il n’en est pas moins remarquable, pour ce qui concerne la vérité fondamentale que je défends, et qu’Euler entrevoyait comme uue lueur lointaine, de voir cet esprit délicat et subtil faire à temps volte-face, et, dans sa crainte de mettre en risque tous les principes admis à cette époque, chercher un refuge jusque dans une théorie absurde et déjà morte.

Nous savons que la pluralité en général, est nécessairement conditionnée par le temps et l’espace, en dehors desquels on ne peut la concevoir, et que, sous ce rapport, nous avons nommés le principe d’individuation. Nous savons aussi que l’espace et le temps sont des modalités du principe de raison, lequel exprime toute notre connaissance a priori ; mais cette connaissance ne concerne que la perceptibilité des objets et non leur essence, c’est-à-dire qu’elle est la forme de notre cognition et non une propriété de la chose

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