‹ Le monde comme volonté et comme représentationChapitre 32 sur 167 · LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ

mènes immédiats de la volonté, au même titre que la conduite de l’homme ; par suite elles n’ont pas de raison explicative, tout comme le caractère de l’homme; seules, leurs manifestations sont soumises au principe de raison, tout comme les actions de l’homme; mais elles-mêmes ne peuvent jamais être appelées un effet ou une cause, car elles sont les conditions préexistantes et préadmises de toutes les causes et de tous les effets par lesquels se développe et se manifeste leur essence propre. C’est donc poser une question qui n’a pas de sens, que de demander la cause de la pesanteur ou de l’électricité ; ce sont là des forces premières, dont les manifestations se produisent effectivement selon le principe de causalité, de manière que chacune de leurs manifestations est l’effet d’une cause, laquelle à son tour est un phénomène isolé de même espèce, qui détermine qu’ici telle force devait se produire et apparaître dans le temps et dans l’ospace ; mais jamais la force elle-même n’est l’effet d’une cause, ou la cause d’un effet. — Aussi est-il faux de dire : „ c’est la pesanteur qui est cause de la chute d’une pierre “ ; c’est la proximité de la terre, dans ce cas, qui est la cause, parce qu’elle attire la pierre. Enlevez la terre, et la pierre ne tombera plus, bien que la pesanteur persiste. La force réside tout à fait en dehors de la chaîne des causes et effets, qui a le temps pour condition, puisqc’elle n’a de signification qu’à son égard; elle-même est en dehors du temps. Tout changement spécial n’a à son tour pour cause qu’un changement également spécial, mais non la force dont elle est la manifestation. Car ce qui donne à une cause, dans tous les innombrables cas où elle peut se produire, le pouvoir d’agir, c’est une force naturelle; comme telle, celle-ci n’a pas de raison explicative, c’est-à-dire qu’elle est

L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ

en dehors de l’enchaînement causal, et en général, en dehors du domaine du principe de raison; en philososophie, nous la reconnaissons pour être l’objectité immédiate de la volonté qui constitue le „en soi“ de la nature entière; en étiologie, et dans le cas spécial, en physique, nous l’indiquons comme étant une force primitive, c’est-à-dire une „ quali tas occulta “.

Au plus haut degré d’objectité de la volonté l’individualité se dessine énergiquement, principalement chez l’homme, par la diversité des caractères individuels, c’est-à-dire, par une personnalité parfaite, et s’exprime déjà à l’extérieur par une physionomie individuelle fortement accentuée, dont fait partie également l’ensemble de la corporisation. Aucun animal, à beaucoup près, ne possède cette individualitté au même degré : les animaux supérieurs n’en ont qu’une teinte, dans laquelle prédomine encore entièrement le caractère du genre; aussi la physionomie individuelle est-elle faible. Plus on descend dans l’échelle, et plus toute trace de caractère individuel se perd dans le caractère général de l’espèce, dont la physionomie se conserve seule. L’on connaît le caractère psychologique du genre, et l’on sait exactement ce qu’on peut attendre de l’individu ; tandis qu’au contraire, dans l’espèce humaine, chaque individu demande à être étudié et approfondi à part, ce qui présente les plus grandes difficultés quand on veut, avec quelque certitude, déterminer à l’avance sa conduite, car avec la raison il a acquis en même temps la possibilité de dissimuler. C’est probablement à cette différence entre l’espèce humaine et les autres, qu’il faut attribuer le fait que les sillons et les circonvolutions cérébrales manquent entièrement chez les oiseaux, sont encore très faibles chez les rongeurs, et existent, même chez les

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