LIVRE IL LE MONDE COMME VOLONTÉ
animaux supérieurs, beaucoup plus symétriquement répartis des deux côtés et plus constamment identiques dans chaque individu, que chez l’homme *) Une autre manifestation de ce caractère individuel propre, qui distingue l’homme de l’animal, c’est que chez les animaux l’instinct sexuel n’apporte à se satisfaire aucun choix appréciable, tandis que dans l’homme, d’une manière indépendante de toute réflexion, presque instinctivement, ce choix est poussé si loin, qu’il peut arriver jusqu’à la passion la plus violente. Ainsi donc, nous pouvons considérer l’homme comme un phénomène de la volonté, particulièrement déterminé et caractérisé, pour ainsi dire même, comme une Idée spéciale; dans l’animal, ce caractère individuel manque totalement ; l’espèce seule possède chez lui une signification particulière ; toute trace d’individualité disparaît de plus en plus à mesure qu’il s’éloigne de l’homme ; les végétaux n’ont plus d’autres propriétés individuelles que celles qui peuvent complètement s’expliquer par les influences favorables ou nuisibles du sol et du climat, ainsi que par d’autres conditions accidentelles; enfin, dans le règne inorganique, toute individualité a complètement disparu. Le cristal seul peut encore, dans une certaine mesure, être considéré comme un individu: il constitue une unité de tendance vers des directions déterminées, tendance que la solidification est venue surprendre et dont elle a rendu les traces permanentes ; en outre, il est un agrégat de particules selon un germe figuratif, qu’une Idée
*) Wenzel, „De structura cerebri hominis et brutorum", 1812, chap. 3. — Cuvier, „Leçons d’anat. comp. leçon 9, art. 4 et 5. — Vicq d’Azyr, „Hist. de l’acad. d. sc. de Paris," 1783, p. 470 et 483.
Noie de Schop.
L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ
a réunies en une unité, tout comme l’arbre est un agrégat né d’une fibre unique qui pousse, qui se montre et se répète dans chaque nervure de la feuille, dans chaque rameau ; ce qui fait qu’on peut considérer chacune de ces parties pour ainsi dire comme une plante séparée, vivant en parasite sur la grande ; de cette façon l’arbre, semblable en cela au cristal, est une agrégation systématique de petites plantes, mais c’est l’ensemble seulement qui est la représentation parfaite d’une Idée indivisible, c’est-à-dire de ce degré déterminé d’objectivation de la volonté. Cependant les individus de la même espèce de cristaux ne présentent entre eux d’autres différences que celles amenées par des accidents extérieurs; on peut même à volonté faire cristalliser chaque espèce en gros cristaux ou en petits. Quant à l’individu comme individu, c’est-à-dire portant des traces de caractère individuel, il ne s’en rencontre plus aucun dans le monde inorganique. Tous les phénomènes inorganiques sont des manifestations de forces naturelles générales, c’est-à-dire de ces degrés d’objectivation de la volonté qui ne se manifestent pas du tout (comme cela a lieu dans la nature organisée) au moyen de la diversité des individualités représentant partiellement l’ensemble de l’Idée, mais qui s’objectivent seulement dans l’espèce qu’elles représentent, entièrement et sans déviation, dans chaque phénomène isolé. Puisque le temps, l’espace, la pluralité et la dépendance causale n’appartiennent ni à la volonté, ni à l’Idée (degré d’objectivation de la volonté) mais seulement à leurs phénomènes isolés, il faut, dans les innombrables manifestations d’une force naturelle, p. ex. de la pesanteur ou de l’électricité, que cette force comme telle se montre exactement de la même manière, et modifiée seulement dans son phénomène par