‹ Le monde comme volonté et comme représentationChapitre 36 sur 167 · LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ

qui se sont partagé les deux faces inséparablement liées du monde réel, savoir la volonté et la représentation, afin d’étudier d’autant plus soigneusement chacun d’elles à part.

Il n’est peut-être pas superflu de mieux faire comprendre encore, par un exemple, comment la loi de causalité n’a un sens que par rapport au temps et et à l’espace, et par rapport à la matière qui consiste dans leur union; car il fixe les limites suivant lesquelles les phénomènes des forces naturelles se partagent la possession de la matière, tandis ces forces elles-mêmes, comme objectivations directes de la volonté, qui, en tant que chose en soi, n’est pas soumise au principe de raison, existent en dehors de ces formes; or, ce n’est que dans les limites de ces mêmes formes, qu’une explication étiologique a une valeur et une signification; par suite, elle ne peut jamais nous révéler l’essence immanente de la nature. — Représentons-nous à cet effet une machine quelconque, construite selon les lois de la mécanique. Des poids en fer donnent l’impulsion au mouvement par leur pesanteur ; des roues de cuivre résistent en vertu de leur rigidité, se poussent et se soulèvent mutuellement et font agir des leviers en vertu de leur impénétrabilité, etc. Ici la pesanteur, la rigidité, l’impénétrabilité, sont des forces naturelles premières et inexpliquées ; la mécanique ne nous fait connaître que les conditions dans lesquelles elles se produisent, ainsi que la manière dont elles agissent et dont elles dominent telle matière déterminée, à tel moment et en tel lieu. Un fort aimant peut maintenant agir sur le fer des poids et vaincre la pesanteur ; le mouvement de la machine s’arrête et la matière devient aussitôt le théâtre d’une tout autre force naturelle, le magnétisme, dont l’explication étio-

L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ

logique ne nous apprend également à connaître autre chose, si ce n’est les conditions de son apparition. Ou bien, on peut placer les disques de cuivre de cette machine sur des plaques de zinc en les séparant par un liquide acidulé : immédiatement cette même matière de la machine sera livrée à l’action d’une autre force première, le galvanisme , qui la gouvernera selon ses lois, se manifestera en elle par ses phénomènes propres; ici encore l’étiologie ne pourra nous indiquer que les circonstances dans lesquelles elle se montre, et les lois qui la régissent. Elevons ensuite la température et faisons arriver de l’oxygène pur : toute la machine brûlera, c’est-à-dire, que c’est encore une force toute différente, le chimisme, qui à ce moment et en ce lieu, a fait valoir ses droits incontestables sur cette même matière et qui s’y manifeste comme Idée, comme degré déterminé d’objectivation de la volonté. — Que l’oxyde métallique provenaut de cette combustion vienne à rencontrer un acide , voilà un sel qui se forme et cristallise : c’est là le phénomène d’une nouvelle Idée, elle aussi, complètement inexplicable, bien que son apparition soit soumise à des conditions que l’étiologie sait nous indiquer avec précision. Les cristaux se désagrègent, se mêlent à d’autres ingrédients; une végétation s’en élève, et voilà un nouveau phénomène de la volonté : — nous pourrions poursuivre ainsi indéfiniment cette même matière permanente et contempler comment tantôt une force, tantôt une autre, acquiert des droits sur elle et s’en saisit immédiatement, pour apparaître et manifester sa nature. La détermination de ces droits, ainsi que le lieu dans le temps et l’espace où ils peuvent être invoqués, sont donnés par la loi de causalité; mais là s’arrête toute explication causale. La force elle même est phénomène de volonté, et comme

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