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LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ

stituent les formes du phénomène ; et alors tout mouvement, p. ex., bien que toujours manifestation de volonté, doit avoir une cause qui l’explique, mais seulement par rapport à un temps et à un lien déterminés, c’est-à-dire non pas d’une manière générale, non pas telle qu’elle est en soi, mais uniquement comme phénomène isolé. Cette cause sera mécanique à l’égard de la pierre, ce sera un motif à l’égard des mouvements chez l’homme, mais jamais la cause ne fera défaut. Par contre, ce qu’il y a de général, d’essentiel et de commun pour tous les phénomènes d’un espèce déterminée, le principe dont l’hypothèse donne seule un sens et une valeur à l’explication causale, c’est la force naturelle générale, qui en physique doit rester à l’état de '„qualitas occulta “ parce qu’elle est la limite où finit l’explication étiologique et où commence l’explication métaphysique. Mais de là il ne résulte pas qu’une force première a laquelle on se serait référé, rompe l’enchaînement de causes et des effets ; la chaîne ne remonte pas à cette force comme à son premier anneau ; tout chaînon, le plus rapproché comme le plus éloigné, suppose déjà la force primitive, et ne pourrait autrement rien expliquer. Une série de causes et d’effets peut être la manifestation des forces les plus différentes, dont elle règle l’apparition visible successivement, comme je l’ai montré plus haut dans l’exemple de la machine en métal: mais la diversité de ces forces primitives et qu’on ne peut déduire les unes des autres, n’interrompt pas l’unité de la série des causes, ni l’enchaînement de tous ses anneaux. L’étiologie de la nature et la philosophie de la nature ne se portent pas préjudice mutuellement; elles marchent parallèlement, et envisagent le même objet à des points de vue différents. L’étiologie rend compte des causes qui ont amené avec né-

L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ

cessité le phénomène isolé qu’il s’agit d’expliquer, et, comme base de toutes ses explications, elle indique les forces générales qui sont en action au fond de toutes ces causes et de tous ces effets; elle en détermine d’une manière précise, le nombre et les différences; elle montre les effets divers que chaque force peut produire en raison de la diversité des circonstances, tout en restant toujours fidèle à son caractère spécial qu’elle développe suivant une règle infaillible, appelée une loi naturelle. Dès que la physique aura accompli tout cela d’une manière parfaite à tous égards, elle aura atteint le comble de sa perfection : il n’y a plus alors de force inconnue dans le monde inorganique, ni d’effet qu’elle n’ait pas montré être le phénomèno d’une de ces forces, devenu visible dans des circonstances précises et conformément à une loi naturelle. Malgré cela, une loi naturelle n’en reste pas moins une simple règle, que l’observation a surprise à la nature, suivant laquelle celle-ci procède chaque fois que des circonstances déterminées se présentent: aussi peut-on la définir un vfait généralisé “ (sic); et par suite, un exposé de toutes les lois naturelles ne serait en définitive qu’un registre complet de faits. — L’étude de l’ensemble de la nature se complète ensuite par la morphologie , qui énumère toutes les formes permanentes de la nature organique, les compare et les classifie : elle a peu à dire sur la cause de l’apparition des individus, qui pour tous est la génération, laquelle forme une théorie à part ; dans quelques rares cas cette cause est la „generatio aequivoca11. Dans cette dernière catégorie rentre aussi à la rigueur, la manière dont les degrés inférieurs d’objectité de la volonté, c’est-à-dire les phénomènes physiques et chimiques, apparaissent isolément, et c’est précisément l’objet de l’étiologie d’indiquer les conditions de ces apparitions.

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