LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ
La philosophie au contraire, n’envisage partout, dans la nature aussi par conséquent, que ce qui est général : les forces primitives elles-mêmes font partie de son sujet; elle reconnaît en elles les différents degrés d’objectivation de la volonté, laquelle forme l’essence intime, le „en soi“ du mondé; quand la philosophie étudie le monde, abstraction faite de la volonté, elle affirme qu’il n’est que représentation du sujet. Mais lorsque l’étiologie, au lieu de servir d’introduction à la philosophie et de lui fournir des témoignages d’expérience à l’appui de ses doctrines, se croit appelée à nier toutes les forces premières, sauf une seule, la plus générale, p. ex. l’impénétrabilité, qn’elle s’imagine comprendre à fond, et à laquelle par suite elle cherche à ramener toutes les autres, alors elle s’enlève à elle-même son propre fondement, et ne peut plus fournir que l’erreur, au heu de la vérité. La substance de la nature est alors remplacée par la forme ; l’on attribue tout à l’influence des circonstances, et rien à l’essence intime des choses. Si effectivement l’entreprise pouvait réussir, un simple problème de calcul résoudrait, je le répète, l’énigme de l’univers. C’est cette voie que l’on suit, comme je l’ai déjà exposé, quand on veut ramener toute action physiologique à la forme et à la combinaison, comme p. ex. à l’électricité , celle-ci au chimisme, et celle-ci enfin au mécanisme. Cette dernière théorie a été l’erreur de Descartes et de tous les atomistes, qui ramenaient le mouvement des corps célestes au choc d’un fluide, et les qualités, à la combinaison et à la forme des atomes, et qui travaillaient à montrer tous les phénomènes de la nature comme étant de simples effets de l’impénétrabilité et de la cohésion. Bien qu’on soit revenu de ces vues, c’est pourtant la même voie que suivent
L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ
de nos jours les physiologistes, qui ramènent tout aux lois de l'électricité, de la chimie et de la mécanique, et qui s’obstinent à vouloir expliquer la vie et toutes les fonctions de l’organisme, par la forme et la combinaison des parties dont il se compose. Dans les „ Archives physiologiques “ de Meckel (1820, vol. II, p. 185) nous retrouvons encore exprimée l’opinion, que le but de l’explication physiologique est de ramener la vie organique aux forces générales qui font l’objet de la physique. — Lamarck aussi, dans sa „Philosophie zoologique“, vol. II„ chap. 3, affirme que la vie est simplement un résultat de la chaleur et de l’électricité : vLe calorique et la matière électrique suffisent parfaitement pour composer ensemble cette cause essentielle de vla vie.11 (p. 16) D’après cela, calorique et électricité seraient proprement la chose en soi, dont la vie animale et végétale serait le phénomène. Ce qu’il y a d’absurde dans cette manière de voir ressort vivement à la page 306 et suiv. de l’ouvrage cité. L’on sait que toutes ces théories, surgies à tant de reprises, ont reparu récemment avec une nouvelle audace. Quand on les examine de plus près, on peut se convaincre qu’elles sont établies sur l’hypothèse, que l’organisme n’est qu’un agrégat de manifestations des forces physiques, chimiques et mécaniques, qui, réunies par hasard, ont produit l’organisme, comme un jeu de la nature sans autre importance. Par suite, l’organisme de l’homme ou d’un animal, considéré au point de vue philosophique, ne serait pas la représentation d’une Idée spéciale, c’est-à-dire, ne serait pas lui-même objectité directe de la volonté à un degré supérieur déterminé ; mais ce seraient les Idées qui objectivent la volonté dans les phénomènes électriques, chimiques et mécaniques qui se représenteraient dans l’organisme ; celui-ci serait donc composé