LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ
par la rencontre de ces forces, tout aussi accidentellement que les figures d’hommes ou d’animaux que présentent parfois des nuages ou des stalactites ; il n’offrirait, par conséquent, en soi rien d’intéressant à quelque autre point de vue. — Nous verrons cependant tout à l’heure dans quelle mesure il est permis et utile d’appliquer à l’organisme ces explications tirées de la physique et de la chimie; car je montrerai, que la force vitale emploie et utilise indubitablement les forces de la nature inorganique, mais que ce ne sont pas elles qui la composent; aussi peu, que le forgeron se compose d’enclumes et de marteaux. Même la vie végétale, qui est si peu compliquée, ne peut s’expliquer par elles, p. ex. par la capillarité et l’endosmose; à plus forte raison ne le peut-on pas pour la vie animale. La considération suivante aura pour résultat de nous faciliter celle que je viens d’annoncer et qui n’est pas facile à exposer.
Ce qui précédé nous montre, que la science naturelle fait fausse route lorsqu’elle veut ramener les degrés supérieurs aux degrés inférieurs d’objectité de la volonté ; puisque méconnaître et nier des forces naturelles primitives et indépendantes, est tout aussi erroné que d’admettre des forces spéciales là où il n’y a qu’une manifestation spéciale de forces déjà connues. Kant dit avec raison qu’il serait insensé d’espérer un „ Newton de la tige d’herbe “, c’est-à-dire un homme capable de ramener une tige d’herbe à des phénomènes de forces physiques et chimiques, dont elle serait la concrétion; elle serait donc un simple jeu de la nature dans lequel n’apparaîtrait aucune Idée spéciale, c’est-à-dire où la volonté ne se manifesterait pas directement à un degré élevé et déterminé, mais exactement comme elle se manifeste dans les phénomènes de la nature inor-
L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ
ganique, en offrant accidentellement sa forme actuelle. Les scolastiques, qui n’auraient jamais admis un procédé de ce genre, auraient dit avec raison que ce serait nier totalement la ,, forma substantialis11 et la ravaler à la , , forma accidentalisu . Car la forma substantialis d’Aristote désigne exactement ce que j’appelle le degré d’objectivation de la volonté dans une chose. — D’autre part, il ne faut pas perdre de vue, que dans toutes les Idées, c’est-à-dire dans toutes les forces de la nature inorganique, et dans toutes les figures de la nature organique, c’est une seule et même volonté qui se manifeste, c’est-à-dire qui revêt la forme de représentation, Vobjectité. Cette unité doit en conséquence pouvoir être reconnue par une parenté intérieure reliant tous ses phénomènes. Cette parenté, aux échelons supérieurs d’ objectité, là où le phénomène est le plus apparent, savoir dans les règnes végétal et animal, se manifeste par l’analogie bien décidée et générale de toutes les formes, par le type fondamental qui se retrouve dans tous les phénomènes : c’est là le principe qui a servi de base à l’excellent système zoologique, créé au commencement de ce siècle par les Français, et que l’anatomie comparée nous montre comme constituant „ l’unité de plan, r uniformité de l’élément anatomiqneu (sic). Les naturalistes de l’école de Schelling se sont principalement occupés de démontrer ce principe ; ils ont au moins fait de louables efforts dans ce sens, et se sont acquis par là plus d’un mérite; bien que leur chasse aux analogies dans la nature ait, dans bien des cas, dégénéré en subtilité. Mais c’est avec raison qu’ils ont montré, jusque dans les Idées de la nature inorganique, cette parenté générale et cette ressemblance de famille : p. ex. entre l’électricité et le magnétisme, dont on a constaté plus tard l’identité, entre l’attraction chimique et la pesan-