LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ
teur, etc. Ils ont, en particulier, fait observer que la polarité, c’est-à-dire le dédoublement d’une force en deux actions qualitativement distinctes, contraires, tendant à se recomposer, et se manifestant en outre, le plus souvent, par une divergence dans des directions opposées dans l’espace, que cette polarité, dis-je, est le type fondamental de presque tous les phénomènes dans la nature, depuis l’aimant et le cristal jusqu’à l’homme. En Chine cependant, cette notion a cours depuis les temps les plus reculés, dans la théorie du Yin et Yang. — Puisque toutes les choses de ce monde sont l’objectité d’une seule et même volonté, par conséquent, sont identiques quant à leur essence intime, il s’ensuit que non seulement il doit y avoir entre elles cette analogie qu’on ne saurait méconnaître, que non seulement dans toute chose moins parfaite doit se montrer déjà la trace, l’indice, le germe de la plus parfaite qui lui succède immédiatement; mais il s’ensuit encore, du moment que toutes ces formes n’appartiennent qu’au monde comme représentation, que l’on est autorisé à admettre que dans ces formes, qui sont la vraie charpente du monde visible, c’est-à-dire dans l’espace et le temps, on doit pouvoir trouver et exhiber le type fondamental, le vestige, le germe de tout ce qui remplit ces formes. C’est un vague sentiment de ces notions qui semble avoir donné naissance à la Cabale et à la philosophie mathématique des Pythagoriciens, ainsi que des Chinois dans le Y-King: dans l’école de Schelling, à côté des efforts pour faire ressortir les analogies entre tous les phénomènes de la nature, nous trouvons aussi quelques tentatives, infructueuses il est vrai, pour déduire quelque loi naturelle des simples lois de l’espace et du temps. Nous ne pouvons pas savoir si quelque
L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ
tête de génie ne parviendra pas un jour à réaliser les essais tentés dans cette double direction.
Nous avons vu qu’il ne faut jamais oublier la différence qu’il y a entre le phénomène et la chose en soi, et que l’identité de la volonté objectivée dans toutes les Idées, ne doit pas (vu qu’elle a des degrés déterminés d’objectité) être faussement transformée en une identité des Idées, spéciales elles-mêmes; nous savons que, p. ex. l’attraction chimique ou électrique ne doit jamais être ramenée à l’attraction en vertu de la pesanteur, bien qu’on ne puisse nier leur analogie intime, et que les deux premières puissent être envisagées comme des puissances supérieures delà dernière; de même que l’analogie de conformation anatomique de tous les animaux n’autorise pas à confondre et identifier les espèces, en soutenant que les espèces supérieures ne seraient que des variétés des inférieures : nous savons enfin aussi, que les fonctions organiques ne doivent pas se ramener à des processus chimiques ou physiques. Néanmoins, cette manière de procéder, lorsqu’elle se renferme dans de certaines limites, peut être justifiée par les considérations suivantes, qui offrent beaucoup de vraisemblance.
Lorsque plusieurs d’entre les phénomènes de la volonté, aux plus bas degrés de son objectivation, c’està-dire dans le monde inorganique, entrent en conflit, parce que chacun d’eux, amené par la série causale, cherche à s’emparer de la matière, il sort de ce conflit le phénomène d’une Idée supérieure, qui l’emporte sur toutes celles plus imparfaites existant auparavant, mais de façon à en laisser subsister l’essence à un état subordonné, en ne s’en appropriant que l’analogue ; procédé qui n’est compréhensible qu’en vertu de l’identité de la volonté qui se manifeste dans toutes les Idées, et en vertu de