LIVRE IL LE MONDE COMME VOLONTÉ
guliers, n’offrant pas la moindre trace d’un caractère individuel, mais seulement multipliés par le temps et l’espace, c’est-à-dire par le principe d’individuation, comme une image répétée par les facettes d’un verre.
Bien qu’à partir d’ici, et de degré en degré, la volonté s’objective plus distinctement, nous la voyons encore dans le règne végétal, où pourtant ce ne sont plus des causes mais des excitations qui relient ses phénomènes, se montrer entièrement inconsciente et sous forme de force agissant sourdement; il en est de même dans la partie végétale du phénomène animal, dans la génération et le développement de tous les animaux, ainsi que dans l’entretien de leur économie intérieure, où ce sont également des excitations qui déterminent avec nécessité son phénomène. Enfin les degrés toujours ascendants d’objeetité de la volonté, nous amènent jusqu’à celui où l’individu qui représente l’Idée, ne pourrait plus se procurer une nourriture assimilable si ses mouvements n’obéissaient qu’à des excitations; car l’excitation arrivé quand elle peut, il faut l’attendre; or, ici la nourriture est d’une nature spécialement déterminée; la diversité toujours croissante des phénomènes individuels donne lieu à une telle foule et à une telle mêlée, qu’ils se gênent mutuellement et que la chance, de laquelle l’individu mû par simple excitation est condamné à attendre sa nourriture, deviendrait ici trop défavorable. L’animal, à partir du moment où il s’est dégagé de l’oeuf ou des flancs de la mère, doit pouvoir chercher et choisir les éléments de sa nutrition. De là naît la nécessité de la locomotion déterminée par des motifs, et à cet effet, celle de la connaissance qui intervient dans ce degré d’objectivation de la volonté comme un auxiliaire, comme une rixrlxavriu indispensable à la conservation de l’individu
L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ
et à la propagation de l’espèce. Elle apparaît, représentée par le cerveau, ou par un gros ganglion, de même que toute autre tendance ou destination de la volonté, lorsqu’elle s’objective, est représentée par un organe, c’est-à-dire se manifeste à la perception sous l’aspect d’un organe. *) — Mais dès que cet auxiliaire, ou [irifavr\, est venu s’adjoindre, subitement le monde comme représentation surgit, avec toutes ses formes d’objet et sujet, de temps, d’espace, de pluralité et de causalité. Le monde présente maintenant sa seconde face. Jusqu’ici uniquement volonté, , il est maintenant aussi représentation , objet du sujet connaissant. La volonté, qui poursuivait jusqu’alors sa tendance dans les ténèbres, avec une sûreté infaillible, arrivée à ce degré s’est munie d’un flambeau, qui lui était nécessaire pour écarter le désavantage résultant pour ses phénomènes les plus parfaits de leur surabondance et de leur variété. La sûreté, la régularité infaillible avec laquelle elle procédait dans la nature inorganique comme dans le règne végétal, comme tendance aveugle, venait de ce qu’elle était seule à agir dans sa condition primitive, sans le concours, mais aussi sans le dérangement, que lui apporte une nouveau monde tout différent, celui de la représentation, lequel, bien que reflétant l’essence même de la volonté, a pourtant une tout autre nature, et intervient maintenant dans l’enchaînement de ses phénomènes. Par là cesse désormais l’infaillible sûreté de la volonté. L’animal est déjà exposé à l’apparence, à l’illusion. Mais il n’a que des
*) Ici le chap. 22 du 2d vol; et dans mon ouvrage „La volonté dans la nature" les pp. 54 et suiv. et 70 — 79 de la lre édv où les pp. 46 et suiv. ainsi que 63 — 72 de la 2de édition.