‹ Le monde comme volonté et comme représentationChapitre 50 sur 167 · LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ

sidérations de la manière suivante. Puisque nous avons démontré que la variété des formes dans la nature, tout comme la pluralité des individus, n’affecte pas la volonté, mais seulement son objectité et la forme de celle-ci, il s’ensuit nécessairement qu’elle est indivisible et qu’elle est présente en entier dans chaque phénomène, bien que les degrés de son objectivation, les Idées (platoniciennes), soient très divers. Pour faciliter la compréhension , nous pouvons envisager ces différentes Idées comme des actes isolés et simples en soi de la volonté, dans lesquels son essence se prononce plus ou moins fortement; et alors les individus à leur tour, sont ces mêmes Idées, ou actes de la volonté, se manifestant dans le temps , dans l’espace et dans la multiplicité. — Un tel acte (ou Idée), aux degrés les plus bas de son objectivation, garde son unité même dans le phénomène, au lieu qu’aux degrés supérieurs il a besoin pour se manifester, de toute une série d’états se développant successivement , lesquels pris ensemble seulement expriment son essence. C’est ainsi p. ex. que l’Idée, qui se manifeste dans quelque force naturelle, n’a toujours qu’une expression simple, bien que, selon les circonstances extérieures, cette expression puisse varier : autrement on ne pourrait même pas démontrer son identité, puisque celle-ci ne se montre qu’après élimination des différences dues uniquement aux circonstances extérieures. Le cristal n’a également qu 'une seule manifestation d’existence, c’est la cristallisation , qui trouve ensuite son expression suffisamment complète dans cette forme figée, dans ce cadavre d’une vie momentanée. La plante déjà n’exprime plus l’Idée dont, elle est le phénomène, d’une seule fois et par une seule manifestation, mais par un développement successif de ses organes, dans le temps. L’animal, non

L'OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ

seulement développe de même son organisme par une série de formes souvent très différentes (les métamorphoses), mais cette forme elle-même, bien qu’étant déjà objectité de la volonté à ce degré, ne suffit pas à représenter complètement son Idée ; celle-ci achève de se montrer dans les actes de l'animal; c’est dans ces actes que se prononce son caractère empirique, le même pour toute l’espèce ; il constitue alors la manifestation complète de l’Idée, sous la condition d’un organisme donné comme base. Dans l’espèce humaine chaque individu a déjà son caractère empirique particulier (nous verrons même, dans le 4me livre, qu’il va jusqu’à la suppression totale de celui de l’espèce, savoir par l’annulation spontanée de toute volonté). Ce qui, par son développement nécessaire dans le temps, donc aussi par son fractionnement en actions isolées, nous montre le caractère empirique, constitue, si nous faisons abstraction de sa forme dans le temps, le caractère intelligible. C’est Kant qui l’appelle ainsi, et c’est pour avoir établi cette distinction et avoir montré le rapport entre la liberté et la nécessité, ou plutôt, à proprement dire, entre la volonté comme chose en soi et sa manifestation dans le temps, que son immortel mérite se montre avec le plus d’éclat. *) Le caractère intelligible coïncide donc avec l’Idée, ou plus particulièrement avec l’acte primitif de la volonté qui se manifeste dans l’Idée :

*) Voir: „Critique de la raison pure, Solution des Idées cosmol. relatives à la totalité de la dérivation des évènements cosmiques/ p. 560—586 de la 5me et p. 532 et suiv. de la lre éd. ’) et „ Crit. de la Raison prat.“ 4me édv p. 169-179. Edit. Rosenkranz, p. 224 et suiv. - Comparez ma Dissert, sur le principe de raison.

Note de Schop.

*) Traduct. française Tissot, tome II, p 231 et suivantes.

* Note du trad.

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