‹ Le monde comme volonté et comme représentationChapitre 51 sur 167 · LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ

ainsi entendu, le caractère empirique non seulement de chaque homme, mais de chaque espèce animale, de chaque espèce de plante, et jusqu’à celui de toute force primitive de la nature inorganique, peut être envisagé comme la manifestation d’un caractère intelligible, c’està-dire d’un acte de la volonté, indivisible et existant en dehors du temps. — Je dois faire remarquer incidemment la naïveté avec laquelle la plante expose et laisse voir tout son caractère, toute sa vie et tous ses désirs par sa figure seule ; c’est là ce qui prête tant de charme à la physionomie des plantes; pendant que chez l’animal, pour le reconnaître dans toute l’étendue de son Idée, il faut observer déjà ses actes et ses moeurs ; pour ce qui est de l’homme, il faut l’étudier à fond et le mettre à l’épreuve, car la raison le rend émminement capable de dissimulation. L’animal est aussi supérieur à l’homme en naïveté, que la plante l’est à l’animal. Chez l’animal nous voyons la volonté de vivre, en quelque sorte plus à nu que chez l’homme, où tant de connaissance la couvre; où, en outre, la faculté de feindre la masque si bien, que son véritable être ne peut percer que par hasard et par moments. Elle se montre tout à fait à découvert, mais bien plus faible aussi, dans la plante, comme aveugle tendance à vivre, sans but et sans projet. Car la plante exhibe tout son être à première vue et en toute simplicité ; son innocence ne souffre en rien de ce que les organes génitaux, qui dans les animaux occupent la place la plus cachéo, s’étalent à son sommet. La candeur de la plante tient à ce qu’elle est privée de connaissance; ce n’est pas dans le vouloir, c’est dans le vouloir conscient qu’est la faute. Chaque végétal parle tout d’abord de sa patrie, du climat de celle-ci et de la nature du sol lequel elle croît. Aussi le moins versé reconnaît-il sans peine si telle plante

L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ

exotique appartient à la zone tropicale on tempérée; si elle croit dans l’eau, dans le marais, dans les montagnes ou dans la lande. Mais elle exprime en outre» la volonté spéciale du genre et dit quelque chose qu’aucune autre langue ne saurait traduire. — Retournons maintenant à notre sujet, et occupons-nous d’appliquer ce que nous avons dit, à l’étude téléologique des organismes, au point de vue de leur finalité. Si dans la nature inorganique l’Idée, considérée partout comme un seul acte de volonté, ne se manifeste aussi que dans un phénomène unique et toujours le même, et si l’on peut dire en conséquence, qu’ici le caractère empirique participe directement de l’unicité du caractère intelligible, que les deux coïncident en quelque sorte, de manière qu’il ne se montre ici aucune finalité intérieure ; si, au contraire, tous les organismes représentent leur Idée en vertu d’une suite de développements successifs, dont la condition est le nombre des parties différentes placées à côté les unes des autres, si donc les manifestations réunies du caractère empirique de l’Idée n’expriment le caractère intelligible de celle-ci que dans leur total; il ne s’ensuit pourtant pas que cet assemblage de parties et cette succession de phénomènes, suppriment l’unité de l’Idée qui se manifeste, de l’acte de volonté qui se représente : bien au contraire, cette unité trouve maintenant son expression dans la relation nécessaire et dans l’enchaînement réciproque de ces parties et de ces développements, en vertu de la loi de causalité. Comme c’est la volonté une , indivisible et par suite toujours d’accord avec elle-même, qui se manifeste dans l’ensemble de l’Idée tout comme si elle était un seul acte, il faut que son phénomène, quoique disséminé dans une foule de parties et d’états, montre néanmoins cette même unité par leur concordance perpétuelle : et

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