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LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ

une autre allure que celle que lui impose la nature de celui-ci. Mais cette détermination ne s’étend qu’à ce qu’il y a d’essentiel et non à ce qui n’est qu’accessoire dans l’existence. Parmi ces choses non essentielles rentrent les évènements et les actions, à l’occasion desquels se montre le caractère empirique. Ceux-ci sont amenés par des circonstances extérieures, qui fournissent les motifs sur lesquels réagit le caractère en vertu de sa nature; et comme ils peuvent être très divers, c’est par leur influence que se réglera la tournure extérieure de la manifestation du caractère empirique, c’est-à-dire la forme effective de la conduite, la configuration historique du cours de l’existence. Cette forme pourra se réaliser de manières très différentes, bien que l’essentiel du phénomène, le contenu, reste le même ; il est inessentiel, p. ex. quand on jone, que l’on prenne des noix où des couronnes pour enjeu: mais si l’on triche ou si l’on joue honnêtement, voilà l’essentiel: ceci est déterminé par le caractère intelligible; l’autre, par les influences extérieures. Ainsi qu’un même thème comporte des centaines de variations, ainsi le même caractère peut se manifester dans une foule d’existences différentes. Mais quelque variée que puisse être l’influence extérieure, le caractère empirique qui se prononce sous chacune de ces influences, objectivera exactement, dans tout le cours de la vie, le caractère intelligible, en accommodant son objectivation aux circonstances effectives du moment. — C’est quelque chose d’analogue à cette influence des circonstances extérieures sur le cours delà vie, déterminé quant à son essence par le caractère, que nous devons admettre pour concevoir comment la volonté, dans son acte primitif d’objectivation, a déterminé les différentes Idées dans lesquelles elle s’objective, c’est-à-dire les différentes

L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ

figures de créatures de toute sorte, entre lesquelles elle répartit son objectivation, et qui doivent par là avoir nécessairement un rapport entre elles dans leur phénomène. Nous devons admettre qu’il s’est produit une adaptation, un accommodement général et réciproque entre tous ces phénomènes d’une même volonté.; mais dans cette opération il faut mettre de côté, ainsi que nous le verrons bientôt plus clairement, toute condition de temps, puisque l’Idée est hors du temps. En conséquence, tout phénomène devait s’adapter aux milieux dans lesquels il apparaissait, de même que ceux-ci au phénomène, bien que dans le temps le phénomène occupât une place de beaucoup plus récente : et partout nous retrouvons ce même consensus naturae. La plante est adaptée à son sol et à son climat; l’animal à son élément et à la proie dont il se nourrit; il est aussi garanti jusqu’à un certain point contre ses ennemis naturels ; l’oeil est adapté à la lumière et à sa réfrangibilité, le poumon et le sang à l’air, la vessie natatoire à l’eau, l’oeil du phoque au changement d’élément, les cellules à eau dans l’estomac du chameau à la sécheresse du désert africain, la voile du nautilus au vent qui poussera sa petite barque, et ainsi de suite, jusqu’aux adaptations externes les plus spéciales et les plus étonnantes.*) Dans tout cela il faut faire abstraction de toute relation de temps, vu qu’elle ne concerne que le phénomène, et non l’Idée eile-même. On peut donc donner à cette explication un effet rétroactif, et admettre que non seulement chaque espèce s’accommodait aux milieux existants, mais que

*) Voir „La Vol. dans la Nature", comparée".

la rubrique „ Anatomie Noie de Schop.

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