‹ Le monde comme volonté et comme représentationChapitre 55 sur 167 · LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ

en général la meilleure explication pour la téléologie du reste de la nature. Car de même que l’instinct est un agissement pareil à celui qui s’effectue en vertu de la notion de but, tout en n’ayant par cette notion, de même toute formation dans la nature semble faite en vertu de la notion de but, à laquelle elle est totalement étrangère. En effet, dans la téléologie interne et externe de la nature, ce que nous concevons forcément comme moyen et fin, n’est toujours que la manifestation , dans le temps et l’espace et appropriée à notre manière de connaître, de l’unité de la volonté d’accord avec elle-même dans ces limites.

Mais parfois cet accommodement réciproque, cette adaptation des phénomènes, issue de l’unité de la volonté, ne parvient pas à effacer le dissentiment dont nous parlions plus haut, qui se manifeste par une lutte générale dans la nature et qui appartient à l’essence de la volonté. Cette harmonie ne s’étend que jusque là où elle est indispensable pour l’existence durable du monde et de ses créatures, qui, sans elle, auraient péri dès longtemps. Aussi cette harmonie se borne-t-elle à assurer la conservation de l’espèce et des conditions générales d’existence, et non celle des individus. Si donc, par suite de cette harmonie et de cette accommodation, dans le règne organique les espèces , et dans l’inorganique les forces naturelles générales existent les unes auprès des autres et même se soutiennent mutuellement, en revanche le conflit intime de la volonté, s’objectivant dans toutes ces Idées, se montre dans la guerre d’extermination incessante que se font les individus de ces espèces, et dans la lutte perpétuelle et réciproque des phénomènes de ces forces, ainsi que nous l’avons déjà indiqué. Le champ de bataille et l’objet

L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTE

de ce combat c’est la matière, dont ils s’arrachent la possession, et le temps et l’espace dont la réunion dans la forme de causalité constitue vraiment cette matière: nous avons vu cela dans le 1er livre.*)

Je termine ici la 2de grande division de mon exposé, avec l’espoir d’avoir réussi, autant que cela était possible quand on communique pour la première fois une pensée neuve, qui garde toujours, quoi qu’on fasse, les traces individuelles de son premier auteur, d’avoir, réussi, dis-je, à faire partager la conviction, que ce monde dans lequel nous vivons et nous nous agitons est, quant à son essence immanente, d’outre en outre Volonté, et d’autre part, d’outre en outre Représentation; que cette réprésentation, comme représentation déjà, suppose une forme, celle d’objet et sujet, que par conséquent elle est relative; que lorsque, après suppression de cette forme avec toutes celles qui lui sont subordonnées, nous nous demandons ce qui reste, ce quelque chose d’entièrement différent de la représentation ne peut être que la volonté, qui est donc la véritable chose en soi. Chacun se reconnaît soi-même pour être cette volonté, essence intime du monde, et de même, chacun se reconnaît aussi comme sujet connaissant dont le monde est la représentation ; ce monde n’a donc d’existence que par rapport à la connaissance qui est son support necéssaire. Sous ce double rapport chacun est l’ensemble du monde même, le microcosme, dont les deux côtés se trouvent en entier dans chaque individu. Et ce qu’il reconnaît là

*) Voir ici chap. 26 et 27 du 2d volume.

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