‹ Le monde comme volonté et comme représentationChapitre 56 sur 167 · LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ

comme sa propre essence épuise aussi celle du monde entier, du macrocosme : celui-ci aussi, comme l’individu, est de part en part Volonté, et de part en part Représentation, et rien de plus. Nous voyons se confondre ici la philosophie de Thalès, qui s’occupait du macrocosme, avec celle de Socrate qui s’occupait du microcosme, puisque l’objet des deux est démontré être le même. — Les notions exposées dans ces deux premiers livres se compléteront et gagneront ainsi une nouvelle certitude dans les deux suivants, où mainte question que le lecteur pourrait s’être posée jusqu’ici avec plus ou moins de netteté, trouvera, je l’espère, une réponse satisfaisante.

Il est une seule de ces questions que je veux pourtant discuter à part dès à présent, vu qu’on ne peut l’élever qu’autant que l’on n’a pas bien pénétré le sens de ce que nous avons exposé jusqu’ici, et qu’elle nous servira à l’élucider. Voici cette question. Chaque volonté est volonté de quelque chose, a un objet, un but de son vouloir; que veut donc finalement, ou à quoi aspire cette volonté, que l’on nous présente comme l’essence en soi du monde? — Cette demande provient, comme tant d’autres, de ce que l’on confond la chose en soi avec le phénomène. C’est uniquement à celui-ci, et non à celle-là, que se rapporte le principe de raison, dont une des modalités est la loi de motivation. On ne peut jamais donner une raison que de phénomènes comme tels, de choses prises isolément, et non :1e la volonté, non plus que de l’Idée qui est son objectivation adéquate. Ainsi, l’on peut toujours chercher la cause d’un mouvement isolé, ou en général d’un changement dans la nature, c’est-à-dire qu’on peut chercher l’état qui a nécessairement amené l’autre; mais jamais on ne peut en

L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ

chercher une pour la force naturelle elle-même qui se manifeste clans ce phénomène ou dans la multitude des phénomènes semblables : c’est un véritable non-sens, né d’un manque de réflexion, que de demander la cause de la pesanteur, de l’électricité, etc. Ce n’est que si l’on avait établi, que pesanteur et électricité ne sont pas réellement des forces naturelles primitives, mais des formes phénoménales de quelque autre force plus générale déjà connue, que l’on pourrait demander la cause qui fait que cette force produit le phénomène de la pesanteur, de l’électricité. Tout cela a déjà été longuement développé plus haut. Il en est- de même pour la volonté : tout acte isolé de la volonté chez un individu conscient (qui n’est lui-même que manifestation de la volonté comme chose en soi) a necéssairement un motif, sans lequel cet acte ne se produirait jamais : mais de même que la cause matérielle ne contient pas d’autre détermination si ce n’est celle que, à tel moment, en tel lieu, et dans telle matière, telle ou telle force naturelle doit se manifester; de même le motif ne détermine que l’acte de volonté de l’individu connaissant, à tel moment, en tel lieu, en telles circonstances, et cela pour chaque acte isolément ; mais nullement que cet individu veut en général, ni qu’il veut de cette manière-là : ceci est manifestation de son caractère intelligible, lequel étant la volonté ellemême, la chose en soi, et se trouvant hors du domaine du principe de raison, n’a pas de raison. Aussi tout homme a-t-il constamment un but et des motifs, selon lesquels il règle sa conduite, et sait-il à tout moment rendre compte de ses actions: mais si on lui demandait pourquoi il veut en général, ou pourquoi il veut exister en général, il ne trouverait pas de réponse; la question lui paraîtrait même absurde: et

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