‹ Le monde comme volonté et comme représentationChapitre 6 sur 167 · LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ

plication que nous cherchons. — Nous trouvons d'abord dans la philosophie, un monstre à plusieurs têtes, dont chacune tient un autre langage. Toutes pourtant, ne sont pas divisées d’opinion sur le point en question, sur la signification de la représentation intuitive : car, à l’exception des sceptiques et des idéalistes, les autres sont assez d’accord entre elles, en substance, pour parler toutes de la représentation comme ayant un objet pour base; cet objet, quoique différent de la représentation par son essence et par toute sa substance , lui ressemblerait néanmoins comme un oeuf à un autre. Mais nous ne gagnons rien à cette explication, et elle ne nous aide pas à distinguer de la représentation un semblable objet ; nous trouvons au contraire, que les deux sont une seule et même chose, puisque tout objet suppose éternellement un sujet et par suite reste tout de même représentation ; en effet, nous avons reconnu qne la qualité d’être objet appartient à la forme la plus générale de la représentation et que celle-ci consiste dans la division en objet et sujet. En outre, le principe de raison, que l’on invoque dans l’explication ci-dessus, n’est aussi que la forme de notre représentation, c’està-dire l’enchaînement régulier d’une représentation avec une autre, et non pas l’enchaînement de la série entière, finie ou infinie, des représentations avec quelque chose qui ne serait pas représentation, et qu’on ne pourrait donc pas se représenter. — Nous avons parlé du reste, plus haut, des sceptiques et des idéalistes, quand nous avons traité de la discussion sur la réalité du monde extérieur.

Si, pour obtenir des éclaircissements sur la représentation intuitive, que nous ne connaissons jusqu’ici que d’une manière générale, quant à sa forme

seulement, nous nous tournons vers les mathématiques, elles ne nous parleront de ces représentations qu’en tant qu’elles occupent le temps et l’espace, autrement dit, en tant que ce sont des quantités. Elles nous montreront parfaitement leur nombre et leur grandeur ; mais, comme nombre et grandeur ne sont que relatifs, c’est-à-dire, comparaison d’une représentation avec d’autres, et cela uniquement au point de vue spécial de la quantité, ce ne sera pas là non plus l’explication que nous cherchons.

Si enfin, nous nous adressons au vaste et multiple domaine de la science de la nature, nous la voyons tout d’abord divisée en deux branches principales. L’une s’occupe de la description des formes, et je l’appelle la morphologie; l’autre explique les changements et je l’appelle V étiologie. La première étudie les formes permanentes ; la seconde la matière, variable selon les lois de son passage d’une forme à l’autre. L’une constitue ce qu’on appelle improprement l’histoire naturelle, dans toute son étendue ; comme botanique et zoologie, spécialement, elle nous apprend à reconnaître, au milieu du changement incessant des individus, les diverses formes organiques permanentes et fixes, qui composent la majeure partie du contenu de . la représentation intuitive : elle les classe, les sépare, les réunit, selon des systèmes naturels ou artificiels , les range sous des concepts qui permettent d’en avoir une vue et une connaissance d’ensemble. Elle y démontre aussi l’existence d’une analogie, infiniment nuancée, qui se continue à travers le tout et à travers ses parties, d’une „unité de plan“ (sic) qui la fait ressembler à un ensemble de variations très diverses sur un thème qui manque. La transition de la matière à ces formes, ou formation des individus, n’est pas la partie principale

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