‹ Le monde comme volonté et comme représentationChapitre 7 sur 167 · LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTÉ

de la science, puisque chaque individu naît d’un individu semblable par procréation, laquelle, partout également mystérieuse, se soustrait jusqu’ici à la connaissance précise : le peu que l’on en sait se trouve dans la physiologie, qui appartient déjà à l’étiologie. C’est vers celle-ci que penche aussi, dans ses points les plus importants, cette branche de la morphologie appelée minéralogie, principalement là où elle devient géologie. Quant à l’étiologie proprement dite, elle comprend toutes les branches de la science naturelle, qui ont pour objet principal d’étudier les causes et les effets : elles nous apprennent comment, en vertu d’une règle infaillible, un certain état de la matière est suivi nécessairement d’un autre état déterminé, et comment une modification déterminée est la condition nécessaire d’une autre modification déterminée ; c’est cette démonstration que l’on appelle explication. Dans cette classe de sciences nous trouvons principalement la mécanique, la physique, la chimie et la physiologie.

Mais quand nous pénétrons dans leurs enseignements, nous nous apercevons bientôt que l’étiologie, pas plus que la morphologie, ne nous donne les éclairissements que nous poursuivons. La morphologie fait passer devant nous une infinie variété de figures, reliées pourtant entre elles par une ressemblance de famille très reconnaissable ; ce sont nos représentations, lesquelles, arrivant par cette voie, restent toujours étrangères pour nous, et ressemblent, vues sous cet unique aspect, à des hiéroglyphes indéchiffrés. — L’étiologie, par contre, nous apprend qu’en vertu du principe de cause et effet, tel état déterminé de la matière en amène tel autre ; et avec cela elle a expliqué et fourni tout ce qu’elle pouvait expliquer et fournir. Au fond elle ne fait rien autre que montrer l’ordre régulier

L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTÉ

suivant lequel les états se produisent dans l’espace et le temps, et nous apprendre, en toute occasion, quel phénomène doit nécessairement se produire à tel moment, en tel endroit ; elle leur assigne donc leur place dans le temps et dans l’espace, suivant une loi dont nous connaissons la teneur par l’expérience, mais dont la forme générale et la nécessité nous sont connues en dehors de l’expérience. Mais par là nous n’obtenons pas le moindre renseignement sur l’essence intime de l’un quelconque de ces phénomènes : cette essence dont l’explication n’entre pas dans le domaine de l’étiologie, reçoit le nom de force naturelle , et la constance immuable avec laquelle se produit la manifestation de cette force, aussi souvent que se présentent les conditions auxquelles elles obéit, on l’appelle loi naturelle. Mais cette loi naturelle, ces conditions, et cette production d’un phénomène en tel endroit et à tel moment déterminés, voilà tout ce qu’elle connaît et peut jamais connaître. La force même qui se manifeste, la nature intime de ces phénomènes constants et réguliers, est pour elle un secret inconnu, qui ne lui appartient pas, pas plus dans le cas le plus simple que dans le plus compliqué. Car quoique l’étiologie ait atteint ses résultats les plus parfaits dans la mécanique, et les plus imparfaits dans la physiologie, néanmoins la force qui fait tomber une pierre, ou qui pousse un corps contre un autre, n’est pas moins inconnue et mystérieuse pour nous, dans son essence, que celle qui produit les mouvements et la croissance de l’animal. La mécanique admet comme inexplicables la matière, la pesanteur, l’impénétrabilité, la communication du mouvement par le choc, la rigidité, etc.; elle les appelle des forces physiques, et leur apparition régulière, et nécessaire, dans de certaines conditions, une loi phy-

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