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LIVRE IV. LE MONDE COMME VOLONTÉ

chaîner les matières semblables ou homogènes; néanmoins, la nature du sujet n’admettait pas une marche en ligne droite, telle qu’est celle de l’histoire, et elle m’a imposé un ordre plus compliqué : de là résulte cette obligatiou de lire mon livre plusieurs fois, car c’est le seul moyen de saisir l’enchaînement de chaque partie avec chacune des autres, et c’est alors seulement que, les quatre livres s’éclairant réciproquement, leur ensemble pourra se montrer dans toute sa clarté *).

Que la volonté, comme telle, est libre, cela ressort déjà de ce que, telle que nons la considérons, elle est la chose en soi, la substance du phénomène. Celuici, nous le savons, est entierèment soumis au principe de raison sous ses quatre catégories; et comme nous savons aussi que „être nécessaire “ est identique avec être l’effet d’une cause donnée, que ces deux notions sont réciproques, il en résulte que tout ce qui appartient au phénomène, c’est-à-dire tout ce qui est objet pour le sujet connaissant comme individu, est d’une part cause, d’autre part effet, et en cette dernière qualité déterminé nécessairement et ne pouvant d’aucune manière être autrement qu’il n’est. Tout ce que renferme la nature, l’ensemble de ses phénomènes, est absolument nécessaire, et la nécessité de chaque partie, de chaque phénomène, de chaque évenèment,

*) Voir ici les chap. 41—44 du 2d volume.

AFFIRMATION ET NÉGATION DE LA VOLONTÉ

peut chaque fois être démontrée, car on doit pouvoir trouver la cause dont ils dépendent comme une consé quence. Cela ne souffre aucune exception et résulte de l’autorité illimitée du principe de raison. D’autre part ce monde, dans tous ses phénomènes, est l’objectité de la volonté, laquelle, n’étant elle-même ni phénomène, ni représentation, ni objet, mais chose en soi, n’est pas soumise non plus au principe de raison, qui est la forme de tout objet : elle n’est donc pas l’effet d’une cause, elle n’est donc pas nécessaire; cela veut dire, elle est Libre. Le concept de liberté est donc plutôt un concept négatif, puisqu’il renferme uniquement la négation de la nécessité, c’est-à-dire du rapport d’effet à cause selon le principe de raison. — Nous trouvons ici, bien prononcé, l’aplanissement de ce grand contraste, l’union de la liberté avec la nécessité, dont on tant parlé dans ces derniers temps, mais sur lequel on n’a encore, que je sache, rien dit de clair et de sensé. Toute chose, comme phénomène, comme objet, est absolument nécessaire : en soi elle est volonté, laquelle est entièrement et éternellement libre. Le phénomène, l’objet, est nécessairement et immuablement déterminé dans l’enchaînement des causes et effets, qui ne comporte pas d’interruption. Mais l’existence en général de cet objet, et son mode d’existence, c’est-à-dire l’Idée qui se manifeste en lui, ou en d’autres termes, son caractère est phénomène immédiat de la volonté. Celle-ci étant libre, celui-là pourrait ne pas exister du tout, ou aussi être originairement et essentiellement autre; mais alors aussi toute la chaîne, dont il est un anneau, et qui elle-même est phénomène de la volonté, serait toute différente : mais une fois réalisé, il a pris dans la série des causes et effets une place nécessairement déterminée, et ne peut plus ni devenir

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