LIVRE IV. LE MONDE COMME VOLONTÉ
ed. Berol.). Stobée rapporte : ol ôs Zrjvcova tqo-
Ttixcoç' rjd-oç sGtl Tcr\yr\ fiiov, ag? rjü ai xara / leooç Ttça'Çsiç qsov(H (Stoici autem, Zenonis castra sequentes, metaphorice ethos definiunt vitæ fontem, e quo singulæ manant actiones.) II, chap. 7. — Dans la religion chrétienne le dogme de la prédestination, conséquence de l’élection à la grâce et à la disgrâce (Ep. aux Rom. 9, 11 — 24), dérive évidemment de la croyance que l’homme ne change pas ; que sa vie et sa conduite, c’est-à-dire son caractère empirique, ne sont que la manifestation de son caractère intelligible, le développement de dispositions décidées et invariables, reconnaissables déjà dans l’enfant ; que, par conséquent, sa conduite est, pour ainsi dire, bien déterminée dès sa naissance et reste égale jusqu’à la fin dans ses traits essentiels. Je suis parfaitement d’accord avec tout cela ; mais quant aux conséquences qui résultèrent de l’union de ces vues si justes avec les dogmes existant déjà dans la religion judaïque, et qui donnèrent naissance alors aux plus grosses difficultés et produisirent cet inextricable nœud gordien autour duquel roulent la plupart des discussions de l’Eglise, — ces conséquences certes, je n’entreprends pas de les défendre, puisque l’apôtre Paul lui-même n’y a guère réussi dans son apologue du potier, spécialement composé par lui dans ce but ; car alors le résultat ne serait autre que celui qu’indiquent les vers suivants :
„Es fürchte die Gôtter Das Menschengeschlecht !
Sie halten die Herrschaft In ewigen Hânden :
Und kônnen sie brauchen AYie ’s ihnen gefâllt." —
(Que la race humaine — craigne les Dieux ! — Ils tien-
AFFIRMATION ET NÉGATION DE LA VOLONTÉ
nent le pouvoir — dans leurs mains éternelles ; — et peuvent en user — comme il leur plaît.)
Mais, à vrai dire, de semblables considérations sont étrangères à notre sujet. Passons donc à quelque chose de plus utile, et examinons le rapport qui existe entre le caractère et la connaissance qui lui fournit tous ses motifs.
Les motifs, qui sont ce qui détermine la manifestation du caractère, la conduite, agissent par l’intermédiaire de la connaissance : or, celle-ci est modifiable ; elle oscille fréquemment entre l’erreur et la vérité, se corrigeant, en règle générale, de plus en plus dans le cours de la vie, mais à des degrés très differents : il s’ensuit que la conduite d’un homme peut changer notablement, sans qu’on en puisse inférer une modification de son caractère. Ce que l’homme veut réellement et principalement, la tendance de son être intime, et le but qu’en conséquence il poursuit, ce sont là des choses qu’aucune influence extérieure, aucun enseignement ne peut jamais modifier : sans quoi nous pourrions le régénérer. Sénèque dit admirablement : velle non discitur ; et en le disant il prouve qu’il aimait encore mieux la vérité qu’il n’aimait ses Stoïciens, lesquels enseignaient que vôiâaKTrjv sivcu trjv c<QSTr]vu (doceri posse virtutem). Les motifs seuls peuvent agir du dehors sur la volonté. Mais il ne peuvent jamais la changer, car ils n’ont de pouvoir sur elle qu’à la condition qu’elle soit précisément telle qu’elle est. Tout ce qu’ils peuvent faire, c’est donc de changer la direction de son aspiration, c’est-à-dire la porter à chercher ce qu’elle ne cessera de chercher, par une autre voie que celle qu’elle a suivie jusque là. Aussi des enseignements, une connaissance plus parfaite, donc des influences extérieures, pourront bien lui apprendre qu’elle