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LIVRE IV. LE MONDE COMME VOLONTE

à nous calmer, que de considérer tous les évènements au point de vue de la nécessité, c’est-à-dire, comme les instruments d’un destin souverain, et le malheur présent comme la conséquence inévitable d’un concours de circonstances intérieures et extérieures: c'est le fatalisme. Aussi, à vrai dire, nous ne gémissons et ne crions qu’aussi longtemps que nous espérons agir par là sur les autres, ou nous exciter nous-mêmes à des efforts extrêmes. Mais, enfants ou hommes faits, nous savons très bien nous résigner, dès qu’il devient clair pour nous que rien ne peut-être changé à ce qui est arrivé:

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(Animo in pectoribus nostro domito necessitate).

Nous ressemblons aux éléphants captifs, qui se débattent avec rage pendant quelques jours, et qui, lorsqu’ils ont reconnu l’inutilité de leur fureur, acceptent tout à coup tranquillement le joug, domptés à jamais. Nous faisons comme le roi David, qui tant que son fils malade respirait encore, ne cessait d’implorer Jéhovah et de se désespérer ; et qui n’y pensa plus dès que l’autre fût mort. C’est pour la même raison que tant de gens supportent avec indifférence une foule de maux, tels que des difformités, la misère, une basse condition, la laideur, un logement répugnant; ils ne s’en ressentent pas plus que de plaies cicatrisées, uniquement parce qu’ils savent qu’une nécessité interne ou externe ne permet d’y rien changer, tandis que de plus fortunés ne comprennent pas comment on peut supporter tout cela. Comme pour la nécessité extérieure, rien ne nous réconcilie mieux avec une nécessité intérieure que de la reconnaître bien nettement. Quand nous avons appris, une fois

AFFIRMATION ET NÉGATION DE LA VOLONTÉ

pour toutes, à connaître parfaitement nos bonnes et nos mauvaises qualités, nos forces et nos faiblesses ; quand lions avons arrangé notre vie en conséquence, et que nous avons pris notre parti de ce qui nous est inaccessible, nous échappons sûrement, autant que le permet notre propre individualité, à la plus amère des souffrances, au mécontentement de soi-même, qui est la conséquence inévitable de l’ignorance ou de la fausse opinion de nous-même et de la présomption qui en résulte. Les vers suivants d’Ovide s’appliquent à merveille à ce chapitre amer de la connaissance de soi-même que nous recommandons ici :

„Optimus ille animi vindex lædentia pectus Vincula qui rupit, dedoluitque semel.“

Voilà pour le caractère acquis , lequel a plus d’importance pour la vie sociale qu’en morale proprement dite, mais dont l’exposé a sa place néanmoins à côté de celui du caractère intelligible et du caractère empirique, comme formant une troisième espèce: nous avons dû étudier les deux premières avec quelque détail, pour arriver à comprendre clairement comment la volonté se trouve soumise à la nécessité dans tous ses phénomènes, tandis que par elle-même elle est libre et même toute-puissante.

Cette liberté, cette toute-puissance, dont l’ensemble du monde visible est le phénomène, la manifestation, l’image, se développant progressivement selon les lois que comporte le mode de la connaissance, — peut

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