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LE PRINCIPE DE FRATERNITÉ APPLIQUÉ AUX CONDITIONS SOCIALES

Je désire m’étendre, ce soir, sur l’application du principe de Fraternité dans la vie humaine, sur la façon dont il nous faudra employer ce principe pour résoudre les problèmes qui nous préoccupent actuellement, sur les moyens à employer pour passer, sans trop brusque transition, à un degré supérieur de civilisation, en procédant avec calme plutôt que par la haine et la révolution. Une révolution ne peut d'ailleurs provoquer qu’une paix relative, peu durable, bientôt troublée par de nouvelles luttes qui encouragent et réveillent les mauvais instincts tout en aggravant et en prolongeant la misère.

Si le principe de Fraternité doit nous être de quelque secours pour aplanir les difficultés que nous traversons, il est avant tout nécessaire de s'entendre sur le mot : Fraternité, et

de saisir une fois pour toutes ce qu'il implique.

En premier lieu, Fraternité ne signifie nullement : Égalité . Pour vous en convaincre, il vous suffira d’observer la nature ; le principe de Fraternité s’en dégage mais vous ne sauriez y voir d’Egalité.

En fait, cette question doit plutôt vous faire songer à la constitution même d’une famille où le principe d’inégalité est notoire. Vous y trouvez effectivement Fainé et le cadet, l’expérimenté et l’inexpérimenté, ceux qui guident et ceux qui obéissent.

Si donc l’on aspire à l’avènement d’une société n’ayant pour toute devise que le mot : Égalité, le principe de Fraternité doit être alors entièrement rejeté. En effet, aussi longtemps que vous prétendrez édifier un système, ou déchaîner la guerre sociale pour obtenir FEgalité, vous enfreignez les lois de la nature et poursuivez une chimère au lieu d’un but réel et raisonnable.

Rien de plus frappant, autour de nous, que toutes ces inégalités qui, dans la nature, contribuent à l’harmonie même des choses. Mieux encore, si, détournant votre attention de ce vaste domaine que la variété des objets et

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des êtres caractérise, vous vous restreignez à l’étude de l’homme, là, comme ailleurs, le principe d’inégalité s’impose.

Les différences d’âges, dans une famille, ne sont pas seules à prendre en considération; il y a encore les différences de capacités, de pouvoirs, d’aptitudes, de qualités. De quelle égalité pourrait-il être question entre le malade et l'homme en parfaite santé, entre un simple infirme ayant conservé l'usage de la plupart de ses membres et le paralytique, entre l’aveugle et celui qui voit, entre le génie et le borné ou l’idiot ?

L'inégalité des conditions est une loi de nature ; l’égalité ne peut être considérée comme telle. C'est gaspiller ses forces que de chercher à édifier un système bàsé sur des fictions empruntées aux enseignements des utopistes, fictions qui s'évanouissent quand arrive le moment de les appliquer à la vie humaine.

« L'homme est né libre », fût-il déclaré en Amérique, et l’on interprète cette déclaration comme si elle englobait le principe d’égalité, sans s’apercevoir qu'en réalité elle est absolument en contradiction avec toutes les choses de la vie humaine. L'homme, à sa naissance, n'est qu’un tout petit enfant impuissant et

dépendant ; cela est si vrai que s'il était abandonné aux joies de la Liberté, sa croissance serait rapidement compromise. Un enfant ne naît pas libre : il dépend de tout ce qui, autour de lui, doit contribuer à son développement.

Si, en venant au monde, il n'était pas entouré d'affection et de soins spéciaux, il ne tarderait pas à s'éteindre quelques heures à peine après avoir vu le jour.

Les deux Sociétés qui, dans le monde, ont adopté le principe de Fraternité Universelle, admettent toutes deux

La nécessité d'une Hiérarchie .

C’est là un fait des plus significatifs.

Prenez la grande Fraternité Maçonnique !

Ceux qui y sont affiliés proclament la Fraternité Universelle sur toute la surface du globe, et pourtant l’autorité des officiers d'une Loge est respectée avec la plus grande rigueur, la Hiérarchie y étant considérée comme la condition suie qua non de la Liberté.

Dans la Société théosophique qui, elle aussi.

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a choisi, pour l’un de ses buts, la Fraternité universelle, il en est de même. Les membres admettent et reconnaissent l'existence d’une Hiérarchie qui guide les destinées de l’humanité, préside au développement graduel de l’homme, puissante Hiérarchie dont la sagesse est si grande qu’elle a, de ce fait, le droit de diriger.

Les ordres que cette Hiérarchie dicte sont joyeusement accomplis par les membres les moins importants de la Société qui, tous, reconnaissent l’autorité de Ceux qu'ils savent leur être supérieurs.

Là, en vérité, gît la source de la Liberté. Sans cet ordre hiérarchique, suivant lequel la loi et la sagesse gouvernent et l’ignorant obéit, il est impossible d’entreprendre quoi que ce soit qui puisse être digne d’être baptisé du nom de liberté.

Comme j’espère vous le prouver par ce que je compte vous dire encore, nous n*avons jamais vu la liberté sur terre en dehors des rangs de cette grande Hiérarchie humaine ; nous n'avons vu que les droits de différentes classes, les droits d’un groupe sur l'autre ; jamais nous n’avons vu de liberté, l'homme n’étant pas suffisamment évolué pour comprendre les condi-

tions en dehors desquelles la liberté ne saurait exister.

Ne perdant pas de vue ce fait étrange que deux sociétés seulement, tout en proclamant la Fraternité universelle, admettent en outre un ordre hiérarchique, essayons de voir jusqu'à quel point une hiérarchie peut être établie dans la grande fraternité humaine. J’abandonne, quant à présent, cette glorieuse Hiérarchie occulte à laquelle je faisais allusion tout à l’heure, pour l’humanité ordinaire telle que nous la connaissons tous. Nous pouvons nous faire à peu près l’image de ce que devrait être un État en envisageant une famille où le principe de fraternité est reconnu, où les devoirs et les responsabilités sont proportionnels àl’âge et au savoir.

Mais de quelle façon l’âge peut-il entrer en ligne de compte en ce qui concerne l’humanité ? A moins qu’on ne trouve, dans la race humaine, un élément au moins analogue à l’âge d’un individu dans une famille, nous éprouverons quelque difficulté à justifier la fraternité et à faire de celle-ci une pierre angulaire pour les sciècles à venir.

Ce qui existe pour les membres d’une même famille, existe aussi pour l’humanité ; d’un

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côté comme de l’autre, il y a des différences d’âges •

Les membres d’une famille naissent les uns après les autres et constituent le foyer familial

composé de personnes et d enfantsd agesdi'ii.-;

il en est de même pour la grande famille humaine. Les esprits humains et pourvus d’intelligence, qui forment la vaste famille que nous connaissons, n’ont pas tous le même âge; ils n’ont pas, dans le même temps,manifesté une existence individuelle. A l’idée de Fraternité s’adjoint donc la suprême

Loi de Réincarnation

qui entraîne des différences d’âges pour les âmes elles-mêmes et d’après laquelle il existe, dans l’humanité, des aînés et des cadets. Ces différences d’âges ne s’appliquent pas nécessairement aux castes ou classes qui, dans notre société moderne, se distinguent les unes des autres, bien que le système de castes dans 1 Inde antique ait été basé précisément sur les âges divers des égos en réincarnation. Ce dernier système a depuis longtemps sombré dans 1 oubli, et vous ne retrouverez plus sur terre cet ordre défini de nos ancêtres Aryens au début

de Tliistoire. Il nous est néanmoins possible de discerner la jeunesse ou la maturité d'une âme en examinant les caractéristiques que l'homme apporte au moment de sa naissance.

En étudiant le caractère, les marques de jeunesse ou de maturité apparaissent distinctement.

Les âmes incapables d’acquérir une certaine somme de connaissances, les âmes dont la moralité est faible, qui sont égoïstes, qui pensent avec avidité au plaisir du moment sans s'inquiéter des inconvénients qui en résultent par la suite ; l’homme trivial, superficiel ; celui qui cherche la vie facile, se laisse guider par ses caprices ; celui dont les pensées sont faibles dont la volonté est telle qu’il est impossible de jamais compter sur lui ; celui qui est changeant, frivole, facilement entraîné par les circonstances : telles sont les caractéristiques des âmes jeunes qui, dans le passé, n’ont traversé qu’un nombre très limité d'expériences, expériences grâce auxquelles le caractère se forme, grâce auxquelles la volonté s’entraîne.

Si, au contraire, vous rencontrez des individus au jugement calme et dont les capacités intellectuelles sont grandes, qui ont acquis le pouvoir de transmuer leur savoir en sagesse, qui sont inébranlables daïis leurs convictions

LE PRINCIPE DE FRATERNITE

prêts à regarder vers l’avenir sans se soucier des attractions éphémères du présent, disposés à sacrifier un peu de leur bien-être actuel pour augmenter le bien-être général, vous vous trouverez alors en présence d’hommes, ou de femmes, dont les âmes sont âgées et ont passé par de nombreuses expériences, ayant ainsi, et graduellement,développé leurs capacités en apportant avec elles les résultats d’une moisson récoltée depuis longtemps.

Cette grande

Loi de la Réincarnation

est inséparable du principe de Fraternité si l’on veut appliquer celui-ci et le vivre dans la vie ordinaire. Seule l’acceptation de ces différences d’âges contribuera à édifier une société sagement organisée et heureuse.

S’il arrive que des âmes jeunes accèdent au pouvoir et à la richesse, la nation en souffrira, car, au lieu d’hommes, ce sont des enfants qui gouvernent. Par contre, il est bon pour un peuple de considérer la sagesse comme conférant de droit l’autorité, de se laisser conduire par le sage à la fois profond penseur et grand savant. Un peuple ne souffrira pas là

où pouvoir et savoir seront unis,où l’expérience délimitera les droits et préservera le drapeau de l’honneur de toute souillure.

Grâce seulement à ces idées, qui dérivent de la croyance à la réincarnation, grâce seulement à cette grande loi de la nature, il nous sera possible de poser, sans danger, les bases d’une nouvelle et forte société.

On objecte parfois à cela : si vous prétendez pouvoir édifier une société avec ces hauts principes pour bases, il vous faudra changer la nature humaine ; celle-ci est foncièrement égoïste, superficielle, esclave de ses habitudes. Or, comment créer une société vraiment forte et noble avec des éléments grossiers et superficiels? Les sages ne forment qu’une minorité, quels moyens emploierez-vous pour arriver à leur concéder le droit de gouverner ?

Il est vrai que la nature humaine aura beaucoup à faire pour atteindre un niveau plus élevé que celui qu’elle occupe aujourd’hui ; mais il ne faut pas oublier qu’elle change à tout instant ; on n’inaugure donc pas une méthode nouvelle en prétendant la changer. La nature humaine est en perpétuelle voie de changement au fur et à mesure que les siècles s’ajoutent aux siècles, que les civilisations se

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succèdent les unes aux autres. Si vous voulez vous donner, une fois pour toutes, la peine de lomprendre la loi de l’existence, si vous voucez enfin employer la pensée à la formation et au perfectionnement du caractère ; si vous voulez vous rappeler qu’il existe une inviolable loi de causalité que les théosophes appellent

Karma,

et qui agit dans tous les départements de la vie humaine sans exception ; si vous voulez placer votre confiance dans la loi de réincarnation, fonder votre espoir sur l’inviolabilité même de la loi de cause et d’effet, comme sur les certitudes qu'elle vous offre, vous 'mus rendrez compte que la nature humaine est extrêmement malléable, et, selon que vous comprendrez plus ou moins bien la loi, vos progrès seront plus ou moins rapides.

Croyez-vous que la pensée soit impuissante à combattre les sentiments d’égoïsme ? Laissez-moi vous donner deux exemples frappants en vous rappelant les noms des deux seules nations d’Europe qui aient obtenu l’unité nationale durant notre génération : l’Italie et

l'Allemagne. Je les indique comme exemples de nations qui, autrefois composées de plusieurs États que des questions d'intérêts divisaient, ont su pourtant atteindre l'unité en tant que nations. Comment le fait s’est-il produit ? Dans les deux contrées l'idéal de l'unité nationale fut exalté. Lorsque des poètes allemands, eurent, pendant des années, glorifié la patrie, lorsque l’amour de cette patrie se fut réveillé chez les jeunes, lorsque les poètes eurent longuement chanté cet idéal, le soldat s’unit au citoyen, ensemble ils se mirent à l’œuvre pour réunir tous les États en un seul grand.

Il en fut de même pour l'Italie. Longtemps avant qu'il n'eût été question de guerre ou de révolution, longtemps avant que l’idée vînt de recourir à l'épée, des penseurs italiens avaient parlé de l'unité italienne, des patriotes avaient glorifié l’idéal de l’unité d'Italie et, lorsque cet idéal eut enflammé les cœurs des jeunes, on trouva la force de se sacrifier, de suivre l’épée d’un Garibaldi et d'obtenir enfin un peuple uni en Italie.

L'enthousiasme est le 'produit de l'idéal; le sacrifice spontané des forces vives d'un individu est le résultat de l'idéal vers lequel on tend .

LE PRINCIPE DE FRATERNITE

Qu'avons-nous donc besoin de faire pour changer la nature humaine ? Il suffit simplement de présenter aux jeunes de notre temps de grands idéaux. Que ces jeunes enflamment leurs cœurs, y réveillent un enthousiasme communicatif jusqu’à ce que le sacrifice devienne une joie et non plus un sacrifice, jusqu'à ce qu'enfin le but qu'ils poursuivent se réalise sur terre !

C’est ainsi que la nature humaine changera, car n'oubliez pas que

la Nature humaine est divine ,

elle n'est pas démoniaque ; il y a un dieu dans le cœur de chaque homme, un dieu qui manifeste peu à peu ses pouvoirs divins. C’est pourquoi la puissance de l'idéal enflamme, c’est pourquoi la pensée construit le caractère.

Passons maintenant des principes au domaine des choses pratiques et voyons, parmi les problèmes sociaux, celui d'entre eux qui paraît être susceptible d’une prompte solution si nous y appliquons le principe de fraternité avec ses corollaires : la Réincarnation et le Karma.

Le

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