‹ Le monde de demainChapitre 7 sur 28 · Bhagavad-Gità(N. D. T · texte numérisé non relu

Bhagavad-Gità(N. D. T

LE MONDF ')E DEMAIN

janvier 1909. C’est peut-être l’un des plus beaux qui aient paru sur la question. Il porte un titre étrange qui dénote bien sur quelle énigme s’acharnent nombre de penseurs actuels.

Jésus ou le Christ?

Tel est le titre. Non pas Jésus-Christ, ni Jésus et le Christ mais bien Jésus ou le Christ? Cela ne surprendrait pas de la part d’un théosophe, mais l’article est écrit par un ministre de l’Église chrétienne. Celui-ci reconnaît, avec une franchise et une audace dignes d’éloges, les difficultés que rencontreront toujours ceux qui envisagent l’idéal spirituel et l’homme comme deux principes distincts. L’auteur demande si les revendications de l’Église sont émises au nom d’un idéal spirituel auquel on pourrait, provisoirement, donner le nom de Christ, ou si elles sont faites au nom de Jésus. Il examine ensuite un certain nombre de difficultés (et vous feriez bien de lire l’article), en faisant remarquer que, dans l’étude du Nouveau Testament, l’on so trouve souvent en présence de restrictions, de certaines opinions de l’époque et de nombreux points qui ne concordent

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pas avec Vidée que Jésus-Christ était le véritable Dieu émané du seul Dieu 1 .

Il nous montre que, dans le sermon sur la •montagne, * on ne flétrit nullement cette cruelle loi relative au débiteur et au créancier, et il ajoute qu'on ne saurait trouver, dans les paroles attribuées au Maître en cette circonstance, aucun encouragement tendant à réformer la loi en question. Le précepte de Jésus, en ce qui concerne la soumission et la prestation de serment est absolu, et pourtant le Christianisme Va ouvertement violé au cours de son histoire. »

L’auteur envisage ensuite les rapports de l’homme et de la femme et parle « de ce principe inique concernant l’infériorité du sexe féminin, principe qui fut la cause d'innombra-

1. Les théosophes font une distinction entre le Christ, incarnation divine, et Jésus,le disciple qui incarna le Christ. Jésus donc était homme, et le Christ est considéré comme étant l’incarnation d’un Dieu participant à la conscience divine. Pour plus amples explications nous prions nos lecteurs de se reporter au début de la conférence sur « Le Christ futur » et à la conférence sur « La Nature du Christ ». Nous leur conseillons également la lecture du Christianisme Ésotérique . Ils comprendront alors qu’il peut exister, dans les Écritures, certains passages attribués à tort au Christ et dont Jésus fut l’auteur, et vice versa (N. D. T.).

blés souffrances pour la majorité des individus.

L’auteur poursuit de la sorte son étude, point par point, pour aboutir à cette conclusion, qu’il juge inévitable : « Identifier Jésus avec le Christ, c’est faire de Dieu un être omnipotent et cependant limité en Puissance, omniscient et cependant limité en Connaissance, infiniment bon et refusant cependant de communiquer sa Science divine à P homme. Appeler cela un mystère serait un abus de langage, c’est de la pure contradiction. »

Dès lors qu’un pasteur fait de pareilles assertions, dans une publication qui s’adresse presque exclusivement aux classes supérieures, l’on se rend compte de la nature des obstacles rencontrés par la pensée moderne au sujet de la personne de Jésus et de la révélation, plus vaste, du Christ.

Il est impossible que des questions de ce genre restent sans réponse, que de semblables problèmes puissent être soulevés pour demeurer sans solutions. Inévitablement, péniblement, le Christianisme devra trouver une solution rationnelle et déterminer qu’une révélation divine eut réellement lieu par l’intermédiaire de cette merveilleuse personnalité que fut Jésus,

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chose que les hommes ont toujours acceptée et attendue ; le Christianisme devra avouer qu’une réponse doit être donnée, réponse que Forthodoxie n/est peut-être pas prête encore à fournir.

Si, de la religion proprement dite, nous pas¬

sons au vaste domaine qui lui est intimement lié :

La Morale ,

nous voyons que la situation adoptée à cet égard est des plus embarrassantes.

Depuis mon dernier séjour à Londres, vous avez eu ici le Congrès de FÉducation morale où pas moins de vingt-deux gouvernements européens envoyèrent leurs représentants. On se préoccupa fort de savoir si Féducation était, ou non, indépendante de la religion. Il s’agit là d'une question sociale de la plus haute importance parmi toutes celles qui sont aujourd’hui à l’ordre du jour ; la société devra la résoudre.

La morale aura-t-elle la religion pour hase et sera-t-elle sanctionnée par cette dernière, ou peut-e^e s’en séparer et vivre, isolée, indé-

pendante, sur le terrain qu’elle aura choisi ?

La réponse la plus courante, la plus en vogue, est en faveur de la seconde alternative ; d’après celle-ci, la morale doit exister sur son propre terrain, indépendamment de toute sanction religieuse. Cela n’a rien qui puisse nom surprendre, car les querelles entre les gens appartenant à des fois différentes t les violentes polémiques qui ont été faites au sujet de l’éducation, ont lassé les esprits en Angleterre |où hommes et femmes s’impatientent en présence de ces luttes. Cette impatience est-elle fondée alors qu’il s’agit de l’éducation morale de milliers d’enfants, citoyens de l’avenir?

Au Congrès, la question fut catégoriquement posée, et d’une façon si précise qu’aucune an; biguïté n’en permettait des interprétations variées. Or, nous trouvons dans un numéro du même Hibbei't Journal, cité tout à l’heure, un bref aperçu traitant des rapports de l’éducation avec la religion. L’auteur de l’article parle d’un remarquable discours fait au Congrès, dans lequel il est dit : « que si l’on veut enseigner aux enfants le respect dû à l’idée de religion..., il faut aussi leur apprendre que la meilleure manière d’honorer Dieu consiste à

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faire chacun son devoir selon sa conscience et selon sa raison. * Voilà une affirmation que, de nos jours, on serait prêt à accepter, et pourtant, sa valeur, comme aussi son manque de valeur, dépendent des deux mots : conscience et raison qu’elle renferme.

Si la conscience n’est pas éclairée, les jeunes gens qui lui obéiront rendront peu de services à l’humanité.

La conscience éclairée est vraiment la base d’un État ; une conscience ignorante et aveugle peut conduire les hommes à tous les vices, à tous les crimes. L’inquisiteur n’obéissait-il pas à sa conscience lorsqu’il livrait l’hérétique à la torture avant de l’envoyer au bûcher?

Land n’obéissait-il pas à sa conscience lorsqu’il persécutait, torturait et mutilait les Puritains qui refusaient de s’incliner devant lui?

La conscience est responsable de tous les c,rimes dont les nations et les individus ont été les victimes. Elle a besoin d’être éclairée avant de pouvoir servir de point d’appui.

Et il en est de même pour la raison.

Si la raison est développée, illuminée, cultivée, exercée, elle peut alors être écoutée, car elle conduira vers la lumière; si elle n’est pas entraînée au bien, selon les lois de la logique

et de la pensée droite, elle sera tout aussi irrationnelle que si le nom de raison ne lui était pas appliqué.

Il ne suffit pas déconseiller aux hommes de suivre leur conscience et leur raison si tous ne tentez rien pour les illuminer. Mais comment y parviendrons-nous ?

La religion autrefois, et dans une grande mesure, s’acquittait de cette tâche.

La société peut-elle, oui ou non, enseigner une morale, qui soit indépendante de toute religion? demande-t-on, et voici que les difficultés surgissent.

L’évêque de Tasmanie a très courageusement attiré l’attention de l’Empire Britannique sur les problèmes en présence desquels se trouve renseignement religieux. Il montre que l’Ancien Testament ne peut être, en général, utilisé pour donner aux enfants chrétiens les bases d’une instruction morale. Peut-on, dit-il, se servir de l’Ancien Testament pour l’éducation? et sa réponse est négative. Il ajoute qu’il est possible de trouver dans l’Ancien Testament de magnifiques passages, et des plus; moraux, mais à condition toutefois de procéder par élimination, en appliquant, à ce choix, la conscience morale. Sa qualité d’évêque ne

l’eiupêche pas de déclarer courageusement que l’Ancien Testament ne saurait, en thèse générale, trouver place dansTéducation de l’enfant.

Supposez maintenant que nous admettions, — et beaucoup de personnes intelligentes seraient disposées à le faire, — supposez, dis-je, que nous admettions la nécessité de procéder par élimination, en choisissant ; cela encore ne répond pas suffisamment bien à. l’importante question. Comment croyez-vous pouvoir enseigner la morale à l’enfant sans recourir à la religionJ^Ëtes-vous disposés à penser qu’il est possible d’enseigner certaines vertus indépendamment de toute sanction religieuse, non pas toutefois ces vertus fort en honneur à notre époque de luttes perpétuelles et de concurrence ô outrance? Certes, vous pouvez apprendre à l’enfant : la prudence, l’économie, la circonspection; vous pouvez lui apprendre l’utilité qu’il peut y avoir, pour lui, d’acquérir certaines choses, lui faire ressortir qu’il est de son devoir d’économiser pour parer aux éventualités de l’avenir. Il vous est possible d'enseigner cela, en vous plaçant, selon le terme consacré, sur le terrain purement utilitaire ; mais, ainsi que le fait observer un autre article, fort remarquable aussi, sur * La cous-

cience sociale de l’avenir », certaines qualités, autrefois considérées comine des vertus, sont aujourd’hui démodées et qualifiées de défauts ou de vices.

C’est ainsi que la soumission, dit l’auteur, devient, de nos jours, de la lâcheté ; la douceur est faiblesse; le fait de ne pas se saucier du lendemain s’appelle de l’imprévoyance ; le détachement du monde est, le plus souvent, qualifié de fausse sentimentalité.

Tout cela est très vrai.

Comment donc allez-vous enseigner des vertus qui ont eu leurs racines dans la religion, vertus sans lesquelles un État ne peut être durable? Il vous est effectivement impossible d’enseigner les vertus civiques en vous basant sur l’égoïsme éclairé. C’est là un point que les éducateurs de la jeunesse ne doivent pas oublier. Sacrifice, compassion, dévouement, faire porter aux forts le fardeau des plus faibles, montrer et se rendre compte que le devoir est supérieur au droit et que le sentiment de responsabilité est de beaucoup plus important que la protection de soi-même,comment, ditesmoi, enseignerez-vous tout cela en vous basant sur l’égoïsme?

En ce qui me concerne, j’ai autrefois, au

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temps où j’étais sceptique, essayé de prouver qu’il serait relativement aisé d’amener les individus à l’esprit de sacrifice, au renoncement, en faisant appel à leur humanité même, en faisant appel à leur sentiment du devoir visà-vis de la race entière. Mais il se trouve que c’est précisément dans ces cas-là que la nécessité des vertus se fait le plus sentir et que de semblables appels échouent immédiatement.

Ce faisant, vous agissez comme si vous vous trouviez en présence de natures nobles, et celles-ci ne forment pas la majorité ;vous vous adressez aux désintéressés et aux âmes de héros, quand la plupart des hommes ne possèdent qu’un héroïsme médiocre et un désintéressement très limité. Par un tel appel, vous vous adressez à ceux mêmes qui n’ont aucunement besoin de vos conseils, laissant insensibles et impassibles ceux qui devraient les suivre, irezvous parler de la beauté du sacrifice, de la grandeur de l’abnégation, au millionnaire qui édifia son immense fortune en vouant à la ruine des centaines de familles?

« Pourquoi me sacrifierais-je et que m’importe l’avenir ? » Telle est la réponse des égoïstes.

Un Français spirituel disait : * Qu'a fait

pour moi la postérité pour que je me sacrifie à elle? »

Ce sont là, vous écrierez-vous, des sentiments très mesquins et fort égoïstes.C’est juste,mais ceux qui les adoptent sont précisément ceux qui ont besoin d’être aidés par une force mo raie qui s’impose à eux.

Où trouverez-vous cette force ?

Sans l’esprit de sacrifice, aucune nation n’c>» en sécurité ; sans la soumission volontaire des petits aux grands, de l’individualité à la coL lectivité,la vie nationale est impossible, aucun système social ne saurait durer.

Or, ces vertus nous viennent de la religion et nullement de ce que Von appelle , a tort , V utilitarisme.

Le système le plus utile, pour une nation, est celui qui comprend les rapports existant entre la partie et le tout, et ce point, seule la religion l’enseigne car elle seule connaît le « Moi supérieur » qui relie l’homme au tout, qui lui fait comprendre tous les rapports existants, lui fait savoir qu’il n'est pas une créature appartenant à un unique petit globe, mais un habitant de l’Univers, une vie cosmique et non pas une vie planétaire. La religion seule apprend cela, par l’intermédiaire de l’Esprit divin

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et immortel présent dans tous les cœurs Sans religion, pas de moralité ; vous faites une erreur qui sera funeste si, à cause des fautes momentanées des partisans des religions, vous séparez de l'Education cette Religion qui en est l'Inspiration et la Force. Tels sont les problèmes que vous avez à résoudre à cet égard.

Oui vraiment! Une nouvelle synthèse religieuse et morale vous est nécessaire, et vous ne la trouverez pas sans le secours de l'inspiration provenant du « Moi supérieur » que l'homme, en tâtonnant, recherche actuellement.

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