‹ Le monde des coquinsChapitre 35 sur 61 · C. II · texte numérisé non relu

C. II

Plus poh, Lavater dit simplement que de très-gros yeux saillants sont, en général, im signe de médio- ^ïité intellectuelle.

Plus vrai, Gall découvre, sous cette saiUie des yeux, l'organe de la mémoire, surtout de la mémoire clés mots.

Des yeux ronds, petits et perçants marquent de la finesse, de la ruse, parfois de la malice et des dispositions à la satire.

Très-clairs et transparents, les yeux annoncent un esprit timide et faible.

Quand les paupières sont épaisses, lourdes et peu ouvertes, elles dénotent en général im esprit pesant et grossier.

Quand les paupières sont très-ouvertes et le blanc de l'œil très-apparent autour de la prunelle, l'esprit ordinairement est origmal et bizarre.

Des yeux largement fendus, voilés et humides- sont Tindice d'une profonde sensibilité.

L'homme dont les yeux ne sont jamais mouillés de lamies, est un être sans cœur, incapable d'aimer.

L'homme dont l'œil reste toujours terne et glacé, est un être sans intelligence, incapable d'être remué par une émotion.

L'œil qui s'anime au moindre sujet, qui brille, étincelle ou foudroie sans cesse , appartient à un mime, à un esprit superficiel, ou à un petit esprit qui vise à l'effet.

L'œil, au contraire, dont l'expression reste constante et ne se modifie que sous l'impression de circonstances graves, indique la constance, la fixité dans les idées, la solidité, l'énergie de caractère.

Noirs ou bruns, les yeux annoncent, de même, une àme courageuse et ferme, à l'inverse des i)ieus.

Verdâtres, ils sont souvent un signe de vivacité, d'emportement, de courage.

L'œil noir, dont le blanc est bleu obscur, l'œil qui jette des éclairs comme celui des femmes du Midi, n'est pas toujours un signe d'intelligence; le regard, d'ailleurs, n'est plus le même; le plus souvent il exprime l'avidité, surtout quand la figure est pâle. C'est; en un mot, l'œil des Bohémiens. Que de coquins ont cet œil-là I

Un œil vif, mais limpide, qui sourit comme un diamant, est bon. Mais l'œil tout noir, (blanc de l'œil et prunelle) qui brille comme un charbon ardent, indique un être cupide et malicieux dont il faut se défier.

SIGNES PHYSIOGNOMONIQUES m

Défiez-vous des femmes pâles, à dit Balzac. Défiezvous des yeux sombres et brillants à la fois, dit Desl>arolles.

IjÎBZ. — Quoique le nez, naturellement impassible et muet, soit moins susceptible de se mouvoir que les autres parties de la face, il n'en contribue pas moins, en certains cas, par quelques mouvements qui lui sont propres, à l'expression physionomique des sentiments de l'âme. Ainsi il concourt, en se fronçant, 4 peindre f horreur, la répugnance, le dédain, etc.; ainsi, ses narines, en se gonflant ou en se resserrant, expriment la haine, le ressentiment, la eolère.

Alème dans son état normal de repos, alors que, comme une montagne qui sépare deux vallées opposées, il semble planté là pour faire contraste avec ce qui Teutoure, le nez tout en ne contribuant que peu à exprimer les passions actuelles dont Éftoae est agi- ^, nq dénote pas moins avec assez de vérité ce qu'il y a de fondamental dans les dispositions morales et dans le caractère.

Outre qu'il est le trait le plus saillant de la physionomie, celui qui, dans la figure humaine, eontiibue le plus à l'expression générale, sans en excepter les yeux, le nez met un ensemble à tous les traits du visage, et donne à chacun d'eux un relief et une signification que, sans lui, ils n'auraient pas.

lin i^ez continu avec le front, sans trace d'enfoncement, d'inclination à sa racinç, n'annonce ni Candeur d'esprit, ni noblesse de sentiments.

Mai3, sans cette défectuosité, un nez presque per-

!U A QUELS SIGNES KECOXXATTKE FX COQtTN

pendicnlaîre est regardé comme le signe d'une mâle constance.

Aqnilin. le nez indique la force de caractère, k poissance de la volonté et de la pensée.

Courbé ou non, un nez dont la racine .est large, annonce toujours des qualités supérieures. Cette forme est rare, même chez les hommes célèbres; mais selon Lavater, son infaillibilité est incontestable.

Un nez épaté, incliné sur la bouche, appartient à la gourmandise, à la luxure.

Obtus et court, le nez appartient à un esprit simple et facile à duper.

Petit, maigre et mobile, il annonce le penchant à la moquerie.

Gros et charnu, c'est un indice de constitution lymphatique.

Uni comme du marbre, avec ses ailes fixes, immobiles et peu écartées, il marque Tétroitesse de l'esjirit et la ûflheur du cœur. Si ses ailes sont écartées, . vibrantes et minces, elles présagent la volupté, la sensualité. *

Un nez retroussé est aussi l'indice d'un tempérament amoureux.

On sait que les Anciens regardaient le nez comme le siège de la colère. Ils l'appelaient aussi la partie la plus honnête du visage, parce que sa tuméfaction et sa rougeur trahissent habituellement les écarts de régime et de continence.

Mais la rougeur du nez, celle du nez bourgeonné desWTognes surtout, provient d'une cause toute physiologique, savoir : la congestion sanguine que déterminent les boissons fortes, dont l'effet s'éprouve

u cerveau et de là au nez, qui est la continuation du râne.

Bouche. — Nous voici à la partie inférieure de la ice humaine que Dieu a environnée d'un nuage, ans les mâles, sans doute pour voiler, chez l'homme, îs traits de sensualité qui se développent sur cette •artie du visage, La bouche en est la borne et le entre.

Un proverbe chinois dit : « Regarde le front d'un komme pour savoir ce qu'il deviendra; regarde sa Wche à l'état de repos, pour savoir ce qu'il est devenu. »

Éloquente, nçiême jusque dans le silence, la bouche ^) après les yeux, la plus expressive de toutes les parties du visage humain.

La bouche c'est le calice de la vérité, de l'amour, de l'amitié; mais c'est aussi la coupe du mensonge, <ie la trahison, de la méchanceté, en même temps que celle de l'avilissement moral et de la gourmandise.

Une bouche doucement fermée et dont le dessin est correct, indique un esprit ferme, réfléchi, judicieux.

Une bouche resserrée, dont la fente court en ligne droite, et sur laquelle le bord des lèvres ne parait [«s, est plus particulièrement l'indice du sang-froid et l'un esprit appHqué, ami de l'ordre, de l'exactitude, îtde la propreté.

Si la bouche remonte, en même temps, aux deux xtrémités, elle suppose un fond de prétention, de anité et de frivolité maUcieuse.

Si la bouche est toujours béante, elle appartieni la bêtise, à la stupidité.

Des lèvres grosses et bien proportionnées prés gent de la bonté, de la franchise.

Mais, charnues, épaisses, elles indiquent un pe chant prononcé à la sensualité et à la paresse.

Contractées, elles indiquent la suffisance, la ru parfois des penchants méchants ou cruels.

Rognées, elles inclinent à la parcimonie, à la eu dite, à l'avarice.

Chacun sait combien la lèvre supérieure carac rise le goût, Icfe penchants, les appétits, le sentimf de l'amour ; combien l'orgueil et la colère la coi bent, la finesse l'aiguise, la bonté l'arrondit, le lib tinage la flétrit et l'énervé ; jusqu'à quel point V mour et le désir s'y attachent par im inexprimat attrait.

Quand la lèvre supérieure déborde un peu, c'est marque d'une bonté affectueuse, — souvent auf d'une certaine faiblesse d'esprit.

Si c'est, au contraire, la lèvre inférieure qui d passe, on peut présumer le génie, la supérioril quand ce n'est pas une froide bonhomie.

Des lèvres inférieures, plus charnues d'un côté qi de l'autre, sont voluptueuses ; mais une bouche do les coins s'affaissent annoncent un homme dégrad

Lavater attache une importance particulière à partie de la lèvre supérieure qu'il nomme courtine ( pallium^ et qui commence à peu près à la moitié • l'intervalle entre le nez et la bouche. Quand le pj hum, qui le plus souvent est droit, est forteme creusé, comme il l'est à la bouche de Napoléon!

SIGNES PHYSlOGNOMONIQtlES 147

"Vn de profil, il indique toujours, soit en bien, soit en mal, des qualités d'ime rare énergie.

La bouche est le siège du sourire.

La grâce du sourire est la mesure de la bonté du cœur et de la noblesse des sentiments.

Celui qui rit toujours est d'ordinaire un homme d'un esprit lourd et épais.

Un rire éclatant part d'une grosse joie ou d'une grosse bêtise.

Le sourire appartient à l'homme d'esprit et de goût; c'est le rire de l'intelligence. Sjjuvent il tient à lalxmté, à la bonhomie, au bien-être de l'âme. Mais quelquefois aussi il sert de masque à la perfidie, à la rase...

Méfiez-Tous des gens qui ont constamment le sourire sur les lèvres, aussi bien que de ceux qui ont la bonche de travers.

Hachchres. — Dents. — Isolées de la partie intelligente de la face, les mâchoires sont l'image du positivisme, du matérialisme à son dernier période. « Les lèvres sont sensuelles, dit Desbarrolles, elles goûtent, elles dégustent, elles aiment le plaisir. Aux gens de plaisir il faut des compagnons de plaisir. » les mâchoires sont ces compagnons, mais égoïstes, avides, obéissant aveuglément à leur instinct, celui de broyer tout ce qu'on leur donne à broyer.

Plus la mâchoire est large, et plus l'instinct matériel domine.

* On particularise l'homme sot, loiu-d, balourd, par ■ce mot : C'est une mâchoire.

F De longues dents, implantées dans les mâchoires,

sont un indice certain de faiblesse et de timidité.

Petites et rentrantes, les dents dénotent de la finesse, sans méchanceté; quelquefois, pourtant, un caractère vindicatif et difficile.

Celles qui, très-saillantes, semblent reposer sur la lèvre inférieure, annoncent peu d'énergie, mais un esprit caustique et toujours disposé à mordre.

Toutes les fois, d'ailleurs, qu'à l'ouverture de la bouche, les gencives supérieures paraissent en plein, comme chez les Anglais, on peut diagnostiquer beaucoup de flegme et de froideur dans le caractère*

On attache, en général, peu d'importance aux indications physiognomoniques qui peuvent résulter de l'observation de la mâchoire et des dents. C'est un tort, comme je le prouverai dans l'article ci-après relatif aux tendances animales. Car, comme l'a dit un observateur non moins spirituel que profond: J-«ta « Si la nature a été sage en donnant de larges machoires, armées de crocs, aux animaux carnassiers,^ elle a été sage aussi en donnant de larges mâchoires, . et des dents assorties, aux gens avides, afin qa'e&j leur mettant eu la face le caractère principal de Ul bête féroce, on dût nécessairement se défier d'eux. t{

Donc, évitez les mâchoires larges, évitez-les fois; surtout si, ce' qui arrive presque toujours, front offre un crâne rétréci à son sommet.

Joues. — C'est sous les joues que se meuvent! s'articulent les mâchoires.

Que de beauté ou que de laideur physique et raie dans la conformation des joues I

Les joues sont, en quelque sorte, le fond du

bleau et la surface sur laquelle viennent se dessiner les autres traits de la physionomie.

Les souffrances et le chagrin les creusent, mais les laissent dans le relâchement.

La rudesse et la bêtise leur impriment des sillons grossiers.

La tempérance et la culture de l'esprit les entrecoupent de traces légères et agréablement ondulées. Les joues charnues annoncent, en général, une propension aux appétits sensuels.

Les joues maigres, au contraire, les joues rétrédes, sont un signe de sécheresse de tempérament et dliumeur.

Un léger tressaillement vers la partie de la joue placée immédiatement au-dessous de Toeil, désigne on cœur naturellement sensible et droit. Cette disposition des joues concoiui; à la grâce du sourire, ce thermomètre d'un caractère noble et bon.

Certains enfoncements triangulaires, fortement dessinés sur les joues, sont le signe infaillible de Tambition, de la jalousie et de l'envie, surtout s'ils coïncident avec un teint jaune ou plombé.

Des pommettes légèrement marquées sont un indice de froideur.

Des pommettes saillantes, au contraire, en sont un de chaleur d'esprit, en même temps que de voracité, sortout quand les masticateurs se dessinent vigoureusement et font corde sous la peau.

Oreilles. — Les oreilles sont comme l'ornement obligé des joues.

Bien qu'elles soient les parties de la tète qui font

le moins à la physionomie et à Taîr du visage, an dire de Buflfon, et, bien que mobiles chez la pluimit des animaux, elles soient immobiles chez l'homme, . les oreilles, malgré cela, ont une signification physiognomonique qu'on ne peut méconnaître.

La forme extérieure ou intérieure de l'oreille, sa cayité, sa position détachée de la tète ou appliquée contre sa paroi, sont, en effet, autant de particularités qui diffèrent, comme les autres traits, selon les physionomies individuelles.

- Par exemple, de grandes oreiQes plates et charnues vont d'ordinaire avec im esprit obtus.

Lisses et immobiles, les oreiQes sont un signe habituel de fix)ideur et d'égoïsme.

Légèrement séparées de la tète, mobiles et minces, elles annoncent généralement une inteUigence déhée, du courage, l'amour de Tindépandance et de la spontanéité dans le caractère.

Menton. — Le plus grand nombre des mentons parait arrondi, à la première vue. Les mentons carrés ^ aplatis ou pointus sont des exceptions. Ouvrez vingt passe-ports; sur dix-neuf signalement, vous lirez i menton rond : du moins en France.

Quand le menton, sensiblement rond, est acconxpagné d'une fossette au centre, il est généralemeixt un signe de bonté.

Lorsqu'il est mou, charnu, double ou triple, il ât^note la sensualité, surtout chez les individus peu avafc3ices en âge.

Un menton aplati indique, chez les femmes

tout, la Modeur et la sécheresse de tempérament ; par

conséquent l'égoisme. C'est comme les lèvres plates. Les mentons anguleux appartiennent, en général,

à des gens prudents ou adroits, ou quelque chose de

plus.

Un mentbn gros et épais indique une intelligence

pesante. L'expression figurée de mâchoire s'applique

particulièrement à cette lourde conformation. Retiré en arrière, le menton dénote des qualités

morales très-effacées ; il recule.

Saillant, au contraire, ou pointu, il dénote un esprit avancé, un esprit sarcastique et railleur ; c*est le mmton de galoche.

Osseux et desséché, et avançant en pointe, il annonce ou la vieillesse ou une jeunesse flétrie dans sa fleur, et consmnée par la sécheresse de l'avarice ou de l'ambition.

Terminés en pointe, les mentons indiquent aussi la ruse, la finesse; et quand ils appartiennent à des individus très-bons et très-obligeants, leur bonté, leur obligeance est toujours marquée au coin de la saga- Qté. C'est le discernement et l'adresse dans le bien. C'est le savoir-faire dans le bien faire.

Dt:

En résumé, dans le système physiognomonique de Water, il en est des traits du visage, comme des lûuscles du corps, comme des proéminences du crâne : avï cestrà-dire que plus un organe est développé en P^^^ssance, et plus il y a de qualités énergiques dans ^* sphère à laquelle il appartient.

Ainsi, dans la sphère intellectuelle, comprenani première partie de la face humaine, un front lar haut, saillant, annonce l'intelligence, les hautes cultes de l'âme.

Ainsi, dans la sphère morale, comprenant la pai médiane, un nez fort et arqué, des pommettes si lantes, une mâchoire large, dénotent Fambiti' l'orgueil, le désir de parvenir, et par suite, l'égoïs qui marche presque toujours à la suite des gran passions.

Ainsi, dans la sphère matérielle, comprenant la f tie inférieure, un menton long et large c'est sang-frc sagacité dans les choses positives ; un menton saill et arrondi, c'est puissance dans la matière et au ] soin sur la matière; un menton très-volunmM chargé de graisse, c'est, au contraire, influence éc gique delà matière sur l'organisation.

Ainsi, si le nez est court et le menton long, c'esl matière qui l'emporte sur la raison. Si les parties périeures sont plus développées que le menton, c' la raison qui l'emporte sur la matière. Si la pai supérieure est très-développée, et que la partie férieure le soit aussi, alors, il y a lutte entre l'inte gence et la matière, et, de ces deux puissances di\ ses, qui apportent chacune une force différente, r souvent une grande énergie, mais où l'amour plaisirs sensuels a toujours une large part (1).

A ces indications, d'une observation si fine € profonde, ajoutez celles que nous produirons c l'article suivant, et vous aurez touché du doigt e:

(1) Desbarrolles, les Mystères de la main, p. 36o et 431—

Yasil à peu près toutes les notes de la gamme du clavier physiognomonique que mettent en jeu les divers caractères, les diverses passions, les divers penchants de l'âme humaine.

Un poète physionomiste a donné à ce sujet de bons conseils aux peintres : .

Pein9 sous un air pensif Tardente ambition ;

Donne à Teffroi l'œil trouble, et que son front pâlisse;

Mets comme un double fond dans l'œil de l'artifice;

Que le front de l'espoir paraisse s'éclaircir;

Fais pétiller l'ardeur dans les yeux du désir;

Compose le visage et Tair de l'hypocrite;

Que l'œil de l'envieux s'enfonce en son orbile;

Élève le sourcil de l'indomptable orgueil ;

Abaisse le regard de la tristesse en deuil;

Peins la colère en feu, la surprise immobile.

Et la douce innocence avec un front tranquille.

Mais, tout ceci n'est que l'étude de l'homme intétérieur et moral, par l'observation de l'homme extérieur et physique.

Or, ceci n'est pas encore de la physiognomonie proprement dite, laquelle n'est autre que la science qui enseigne à connaître le caractère de l'homme, par l'inspection des traits de son visage comparés à ^cux des animaux.

C'est cette étude comparative que nous allons faire.

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