TRAITS COMPARÉS DE L*ANIMALITÉ
^uffon est le premier qui, en comparant les prin- ^^paux traits de la face hmnaine avec ceux des ani-
maux, a trouvé que ces derniers avaient aussi leur physionomie, que cette physionomie leur donnait une sorte de ressemblance avec la physionomie humaine. Quelque grossière que soit cette ressemblance, elle est suffisante, selon le célèbre naturaliste, pour nous rappeler, en voyant la face des animaux, les idées de finesse, de courage, de douceur, de férocité, que nous donnent les physionomies analogues de certains hommes.
C'est sur cette simple observation que Lavater a prétendu faire une science tout entière.
Lavater a posé en principe que tout homme avait une ressemblance, plus ou moins prononcée, avec quelque animal, dont le caractère primitif influait sur le sien ; à tel point que a si les âmes étaient visibles aux yeux, on verrait distinctement cette chose étrange, que chacun des invidus de Fespèce humaine correspond à quelqu'une des espèces de la création animale ; — si bien que l'on pourrait reconnaître aisément cette vérité, à peine entrevue par le penseur^ que, depuis Thuitre jusqu'à l'aigle, depuis le porc jus — qu'au tigre, tous les animaux sont dans l'homme, fe-^ que chacun d'eux est dans im homme, quelquefois même plusieurs d'entre eux à la fois. »
Sans vouloir préconiser ce système comme incorzi.testable , je crois pouvoir dire qu'il est loin d'ètxre aussi chimérique en soi qu'on l'a prétendu.
J'ajoute que La Fontaine et Granville , ces de-eix grands morahstes, ces deux grands peintres, se sont faits ses plus éloquents, ses plus irréfutables avoc3i.is, en se rendant les plus éloquents, les plus fidèles iuterprètes de la natiu*e animale ;
La Fontaine, en prêtant aux bétes le langage des hommes; —
Granville, en prêtant aux hommes le visage des bêtes; —
Et cela, avec la variété d'expressions que comporte la variété de passions, d'intelligences, de mœurs, de caractères des diverses espèces ou des diverses individuaUtés animales que tous deux avaient à pemdre. Qui peut mer, en effet, que notre monde soit composé de moutons et de loups, de tigres, de lions, de vautours, de pies, de renards, de coqs, de chiens, de colombes, d'ânes, de porcs, de dindons à forme humaine, avec les instincts et les signes cai*actéristiques de douceur et de cruauté, de bêtise, et de ruse, de vanité et de modestie, de caudeur et de cynisme, etc., que la nature a attribués à chacun de ces animaux?
Ce qu'il y a de certain c'est que, en parcourant l'échelle des êtres, on y trouve de saisissantes analogies avec certaines physionomies hiunaines, et que toujours, chez l'homme dont les traits rappellent ceux d'un animal, se rencontrent des quaUtés, des inclinations, des nuances de caractère, analogues aux instincts de cet animal.
Dans l'étude de ces analogies, l'attention de l'observateur doit surtout se diriger sur la forme spéciale et la voussure du front, la position et la distance des y^^, et la Ugne centrale de la bouche.
Appliquons ces données à la physionomie que pré- ^ûtentles têtes des divers animaux, et nous verrons ^ Çuel point elles peuvent s'appUquer à celle de l'honjBie,
TÊTES DE UON. — c( Un homme avec le profi] front et du nez de lion, dit Lavater, ne serait ce] nement pas un homme ordinaire, quoique je d pas encore vu de profil d'homme aussi droit. Le du lion est, sans doute, bien loin d'égaler celui l'homme ; il est, cependant, plus proéminant que c aucun autre quadrupède. » Aussi le lion est-il, de 1 les animaux, après le singe, celui dont la face se i proche le plus de la physionomie humaine. Une f( énergique et hardie, accompagnée d'un aspect bonté digne dans les heures de calme, voilà ce se lit sur la physionomie du bon, comme siu» ceU l'homme, dont les traits offrent dans leur ensem une analogie reconnaissable avec les traits du roi animaux.
TÊTES DE PORC. — Commc contraste saisisse considérez la physionomie du porc, vu de profil regard d'un homme ayant avec le pourceau une e logie prononcée, vous reconnaîtrez tous le signe! la bassesse , surtout dans l'espace compris ei l'oreille et le coin de la bouche. La base de la b che désigne la sensuabté la plus grossière, la plus dmière ; l'œil indique la fausseté ; le grouin et V verture totale de la gueule, la basse méchanc< Étudiez bien l'homme qui ressemble extérieurein au porc, tout cela doit s'y retrouver à divers deg
TÊTES DE BREBIS. — Quoiquc bien peu de physic mies humaines rappellent celle de la brebis, il cependant certains visages qui s'en rapprochent. I caractère général est celui d'une stupidité toute
âve, toute inactive ; la tète, arrondie par le haut, annonce l'incapacité pour tout ce qui tient à la sagacité, à la vigueur, en même temps que la ligne de la bouche, la forme et la position des dents dénotent Vabsence de toute disposition, de toute possibilité à opposer la force à la force. George Sand a tracé d'elle ce portrait « Le haut de la tête d'une Grecque, le bas d'un mouton du Berry. » Cerveau fort, cœur faible.
TÉTES DE CHIEN. — Lcs analogies des visages humains avec les chiens sont fréquentes. Cela tient surtout à cette particularité que très-peu d'animaux ont au dessus des yeux autant de front que le chien. Le caractère des figures analogues au cliien, comprend la sagacité de l'esprit de recherche, unis aune ^position naturelle à l'abnégation et au dévouement. Ce dernier trait est surtout saillant dans les figures d'hommes qui rappellent plus ou moins les chiens à oreilles pendantes.
Têtes de loup. — Si petite que soit la différence ^tre le loup et le chien, cette différence ne laisse pas Çie d'être très-marquée. Elle consiste smi;out dans l'inclinaison du sommet du crâne, et dans les hgnes '^des, qui, des côtés du front, descendent vers le "fuseau, signes très-prononcés chez l'homme qui ^^ssemble au loup, et qui contribuent, autant que le '^ de ses traits, à rendre cette analogie saillante, ï^ans la mâchoire inférieure de ces figures, de même ^^ dans celle du loup, se dessme l'absence de toute "^^Position aux affections aimantes, dispositions si
158 A QUELS SIGNES BBCX)NNAITBE UN COQUIN
bien tracées sur tout visage analogue au chien. D la sympathie qu'on ressent pour celui-ci, et Thoy; qu'inspire l'autre.
TsTis d'oiseau. — Les analogies des visages mains avec divers oiseaux, spécialement avec oiseaux à bec court, la poule, la caille, la colon; sont fréquentes, chez la femme surtout; elles dé tent un très-grand développement des sentiuu affectueux et l'amour de la famille porté à son j haut degré.
Chez l'homme, les analogies avec les oiseaux proie ne sont pas rares; elles annoncent la hardies l'élévation de la pensée, mais aussi, peu de dispi tions aux affections tendres; et ces analogies s surtout frappantes quand on observe les figures d< caractère, en faisant abstraction du bas du visag( de la bouche.
On trouve fréquemment le penchant à la cupi et les caractères de l'avarice empreints sur les figi humaines des deux sexes qui, par Tceil rond et i bile, le nez mince et effilé, le front fuyant et la poi du menton rentrante et effacée, offrent ime anale saisissante avec la pie. Oh sait, sans qu'on puisse l'expliquer, l'instinct prononcé qui porte cet oisea voler, et à cacher tous les objets brillants, meta ques et de valeur, qu'il peut dérober sans être vu
TÉTES DE reptile. — Il y a des gens à tète de ( paud, à tète de grenouille, à tète de serpent. Com le serpent a les yeux très-saillants, et que l'un des gnes de la ruse chez l'homme est la petitessç des yi
et leur enfoncement profond sous les sourcils, Tanalo^e d'une figure humaine avec le serpent ne se découvre pas toujours à première vue. Mais rapprochez la bouche de la gueule. La gueule du serpent, dépourvue de lèvres, est fendue droit et décrit simple- Dient un arc derrière l'œil. « Je n'en fais pas l'application, dit Lavater, elle s'ofl^e d'elle-même. » Lisez, d'ailleurs, le singulier Uvre de Henry Lasserre, intitulé les Serpents^ et vous y verrez bien d'autres ressemblances.
Têtes de poisson. — Étranger à tout esprit de famille, ne prenant aucun soin, aucun souci des petits qui doivent perp'Stuer sa race, privé de voix poiuc communiquer à d'autres des sentiments dont il est dépourvu, le poisson ne peut avoir d'autre expression de physionomie que celle de l'absence de toute pensée. C'est cette expression de nuUité que présentent certaines gens à tête de carpe, de brochet, de raie ou de saumon.
« n y adu veau etdu renard dans cette tête, mais le veau domine, » disait im physionomiste du dernier siècle, après avoir examiné de face et de profil le visage d'un homme d'État. Ces analogies doubles se lûontrent sur plus d'une physionomie himiaine.
La physionomie humaine ne fait donc souvent que '^fléter les instincts, les inclipations qui lui viennent "Cfion analogie avec certains types d'animahté.
fl importe, à cet égard, de remarquer que les ani-
maux les moins intelligents, les moins capables sentiments qui se rapprochent des nôtres, sont é§ ment et invariablement ceux dont la structure ( physionomie s'éloignent le plus des types hxxmi
Rapprochez , par exemple. Tune de l'autre,^ d'une écrevisse, celle d'un éléphant et celle < homme, et cette vérité deviendra frappante au mier aspect.
Au surplus, ce qui, en tout ceci, n'était dan système du pasteur Lavater, qu'un problème, est venu, dans le système crânioscopique du doc GaU, une solution; —
Solution qu'ont rendue encore plus concluante démonstrations nouvelles du docteur Lauvergne, ( les excursions scientifiques en Corse, en Grèce Egypte, au Brésil,etc., jointes à sa longue expéri» des forçats du bagne de Toulon, sont pour nous « enseignement si précieux, en cette matière.
Suivant le docteur Lauvergne, les limites du veau, dans l'homme comme dans l'animal, ne se nent pas à sa portion agglomérée ou intra-cràniei
Elles embrassent tout le système nerveux des extérieurs, dont les cavités deviennent ainsi des nexes de la boite cérébrale, cavités dont le déve pement se rapporte à la perfection de l'instinct '. plus qu'à celle de l'intelUgence.
C'est même la suprématie d'un ou plusieurs qui fonde la prédestination d'im être en ce mond
A l'aide d'un appareil visuel parfait, l'aigle exemple, plane dans les airs, s'arrête au ;; culminant, tourne sa tête vers les points -cardir juge la distance ou le Heu qu'il veut atteindl
prend son vol. La conformation de son œil est une admirable lunette d'approche, et l'énergique absorption visuelle de cet animal, comparée avec ses nobles instincts, ou déduite de ceux-ci, a donné au regard d'aigle une signification qu'une simple démonstration anatomique suffirait pour rallier à la doctrine de GaU.
a Dans les espèces au-dessous de l'homme, dit le savant docteur, dans l'orang-outang qui commence la série décroissante, voire même dans le makœa, qui est l'homme le plus descendu, vous verrez toujours ces portions de cerveau étalées en membranes dans les cavités, ou appelée^ sens, conmiander, par leur importance et leur atrophie, la forme de la tête, et, par celle-ci, laisser pressentir la nature des penchants et des affections. »
Qu'est-il besoin d'étaycr cette assertion par d'autres preuves ? Il suffit de rappeler celles qui nous sont le plus famihères : le nez du chien chasseur et les sinus olfactifs des herbivores ; la perfection ou mieux la grandeur et la force des appareils de l'odorat et du goût des grands carnassiers : celle de Youïe dans le Bèvre, etc.
Les dents sont aussi, d'après le docteur Lauvergne, un signe caractéristique de telle ou telle prédomiiMuice, dans l'homme comme dans la bête.
Voici, en abrégé, comment le savant médecin toulonnais développe sa curieuse théorie dentaire.
Une dent^ avec ^a pulpe, est-eUe moms une extension de la masse cérébrale qu'un nerf optique fondu ^une rétine?
La forme des dents et leur placement sur une ma-
lOZ A QUELS 8IGKB8 BECOXNAITBE UN COQUIN
choirc, sont aussi bien ordonnés par le cervean qae l'est la calotte du crène dans tout ce qui est pourvu d'une tète.
Les dentistes qui, dans leur spédalîté, apportentun esprit philosophique, ont dû souvent remarquer ce rapport de la forme et du placement des dents, cdm de la prépondérance d'un système sur l'autre, avec le caractère, l'esprit, même les passions des individus.
Les grands peintres, dans l'observation de leius modèles, ont souvent rendu avec bonheur le caractère physiognomonique d'un système maxillaire trop ou trop peu développé.
Le fait d'un système dentaire entrant pour mie part dans une appréciation phrénologique n'est donc point aussi indifférent qu'une pensée dédaigneuse pourrait le foire supposer.
Les dents, qui vont chercher et choisir dans un corps nutritif l'élément de la réparation de l'être, sont liées à la nature de son instinct. L'instinct, chez tous les hommes, préexiste à l'intelligence ; il sufQt même à un grand nombre de peuplades pour parcourir, à l'aide de ses seules volitions, le cercle de leur durée.
Les peuplades sauvages sont celles qui répondent le mieux à l'explication de ces idées sur les dents.
Chez celles de ces peuplades qui vivent de chair, qui mangent leurs ennemis, qui font la guerre pour satisfaire à Tinnéité de leurs deux penchants, — le vol et la cruauté, — l'instinct carnassier se dessine dans leur bouche par des canines qui sont de véritables crocs.
Chez celles, au contraire, qui vivent des produits de
IsL teire, de finiits, de racines féculentes, et dont Tinst:lnct paisible ne conçoit une migration d'un lieu atrdde que lorsqu'il cesse de substanter leur faim, leur I>oacbe étale, sur les bords des maxilliaires élargies, d^ blanches et grosses dents à trituration.
C'est ainsi qu'on fait voir, dans le musée anatomiqxie du bagne de Toulon, une tête moutonne de forçat, qxie pourrait particulièrement définir le seul examen de ses arcades dentaires à parabole allongée, laissant saillir, comme à dessein, les dents de l'herbivore à (^té de rudiments des canines.
Le caractère des tendances animales se peut donc lire dans la conformation des organes des sens, et dans la conformation squelettologique de la face, tout aussi bien, mieux peut-être, que dans les reliefs partiels et les contours du crâne.
C'est ce qu'ont vu, avant nous, avec tant d'intelligence, les statuaires de l'ancienne Grèce, pour qui l'anatomie du cerveau était un livre inconnu, — au naoyen seulement de l'observation des lignes de l'an- Sle facial.
On appelle angle facial l'angle que forment deux lignes droites, — l'une tirée du point le plus saillant du front et se terminant au bord des dents incisives supérieures ; — l'autre partant de ce point et passant par le conduit auditif.
Plus l'angle formé par ces deux lignes est aigu, plus le cerveau est censé petit, et moins l'intelligence est développée.
La tète de l'homme, le plus intelligent des êtres «a^és, ofite l'angle facial le plus ouvert.
^ de rhoQuue on passe aux animaux, on trouve
que cet angle diminue d'ouverture à mesure qa'^^ descendant l'échelle des êtres, on arrive à ceux q}^ en occupent les derniers échelons.
Partant de là, les artistes grecs, pour étudier \es rapports physiologiques de l'homme avec ses habitudes extérieures, se sont toujours placés au point de vue commun de l'animalité.
Dès lors qu'un penchant décidé, une aflfection irrésistible fondent le caractère avoué d'un animal, on voit qu'ils ont toujours cherché à les exprimer sur la figure d'im homme ou d'une divinité, lorsqu'ils oat voulu les représenter fidèles et aimants comme Le chien, sagaces et brutaux comme le singe, nobles &^ forts comme le lion.
Avant donc que les modernes, — Camper, Blumerxbach et autres, — eussent théorisé les règles de l'angle facial , les grands artistes grecs s'en étaient révélé l'importance.
Comparez les bustes qu'ils nous ont laissés de leurs grands hommes, — ceux de Néron et de Caracalla, par exemple, avec ceux de Zenon et de Sénèque, — et vous verrez que la différence de conformation et d'expression de leurs têtes et de leurs visages, est précisément celle que l'histoire nous a transmise de leurs mœurs et de leurs caractères.
Ce n'est pas à dire que leurs œuvres sont toutes irréprochables, sous ce rapport, — témoin la tète de leur Vénus, dont les proportions cérébrales sont telles qu'une femme ainsi organisée serait une idiote.
Mais, à part cette exception, la seule peut-être, — après ça, on peut être la reine des belles et, en même temps, la reine des sottes — les têtes de leurs dieux?
par le développement des organes de Fintelligence, pj:*ouvent que l'observation leur avait fait deviner la soience.
Quelles différences, en effet, entre la tête d'un athlète et celle d'un Apollon ! Entre la tète d'un Silène G% celle d'un Jupiter 1
Différences, remarquez-le bien, qui n'empêchent jsunais les têtes divines, comme les têtes humaines, d*incliner toutes vers tel ou tel type d'animal connu. La tendance animale, parfaitement saisie, forme ci*3dlleurs le caractère essentiel de tous les dieux du E^siganisme, comme la plus naturelle interprétation d^ leurs attributs.
L'Egypte, la première, nous a foiuoii le modèle ^*iin dieu-animal. 11 faut dire que son dieu Apis n'ét«tît que le reflet des faces bovines de sa population. C>xi en retrouve encore le type, à ce qu'il parait, dans l^s familles de Cophtes, éparses dans le Sennaar.
Ce type du genre ruminant se rencontre beaucoup ^suis les bagnes. On reconnaît les meurtriers, qui en t^ortent le caractère, à un grand écartement des globes oculaires, à de larges narines, à de vrais mandibules ^Vec d'énormes molaires, le tout avec un cerveau tout ^li base, ce qui annonce la stupidité et ime grande *oice musculaire.
C'est de ces condamnés qu'on entend souvent les S^rdiens dire : « C'est ime bonne bête ; fort comme ^ii bœuf; quand il n'est pas en colère, il ne touche- **^it pas un enfant. »
Nonl Mais quand il est irrité, gare les coups de ^c^me du Minotaure 1 .
Si j'ai autant insisté sur les rapports physiques et
166 A QUELS SIGNES RECONNAITBE tJN COQUIN
moraux de l'homine avec certains types d'animalif^, c'est que les caractères crâniologiques et physionomiques, déduits de Fensemble de ceux qui sont épars sur les têtes et sur les visages des espèces animales, dont les reliefs et les traits sont restés tels qu'ils étaient en sortant des mains de la nature, me paraissent, Comme au docteur Lauvergne, de plus sûres indications poiu* arriver à la connaissance de rhomme moral, que les reliefs et les traits comparés de la tête et du visage de Thomme physique seul, tel qu'il est sorti des mains de la civilisation.
Et que notre orgueil de caste ne se révolte p^ trop de cette assimilation 1 ^
. Car, enfin, qu'est-ce que l'homme, dans l'ordre ^^ séries animales de la création, sinon un anU^^^ achevé?
SIGNES CHIROGNOMONIQUES.
On lit dans le livre de Job (xxxvn, 7) : In maf^^ omnium Deus signa posuit ut noverint stnguli opéra sua. Dieu mit des signes dans les mains des honmies, afin que tous pussent connadtre ses œuvres.
De là, la chirognomonie ; de là, la chiromancie^ — double science d'observation, à laquelle a donné naissance l'étude de la main,
La chirognomonie^ dont M. d'Arpentigny est le révélateur, a pour objet la forme des mains et les signes
SIGNES CHIROGNOMONIQUES 167
ctaractéristiqaes que cette fonne y imprime, — forme et signes transmis par l'hérédité (1).
La chiromancie^ dont M. Desbarolles nous a dévoilé les mystères, a pour objet de reconnaître les instincts et la destinée de rhomme, d'après les dispositions des monts de la main et les lignes qui en sillonnent la paume, — signes ptovenant, par intuition, d.es influences' des astres (2) ; ce qui constitue cette science occulte que les anciens philosophes appelaient magie et kabbale (3).
C'est dire que la première de ces deux sciences me parait seule digne de quelque attention, sans vouloir dire, pour cela, qu'on doit rejetertout à fait lademière.
A. FORMB DE LA MAIN. — CHIROGNOllOinB.
Chaque homme porte avec lui l'histoire de sa vie, lisible pour l'initié. La nature, pour nous faire distinguer le coquin de l'honnête homme, ne cesse de n.ous en présenter le tableau sous mille formes différentes, semblable en cela au diamant, dont les facettes jettent mille lueurs diverses, qui partent toutes ^e la même pierre.
(1) y. La Science de la main, par M. D'Arpentigny, ouyragc analysé dans le suivant.
(2) V. Les Mystères de la main, par Ad. DôsbarroUes, 4^ édion, 1862, chez Dentu, i vol. grand in-i8 de 624 pages. — Tout ' <nû est exposé dans le présent paragraphe est extrait des deux ^vrages ci-dessus, principalement du dernier.
(3) Un savant, d'une érudition immense, Ëliphas Lévi (Al- )Qse- Louis-Constant), est auteur d'un livre que M. Desbarrolles
elle t admirable : » Dogme et rituel de la haute magie, chez ïier Baillière.
La nature a aussi écrit cette histoire dans la main. Ouvrons-en les pages :
Doigts. — La chirognomonie distingue les doigts e la main en : doigts pointus; doigts carrés; doigts spatules^ c'est-à-dire, offrant au bout la forme d'une spatule, plus ou moins évasée.
Elle distingue, en outre, ces trois sortes de doigts, en doigts lisses et en doigts noueux^ c'est-à-dire, ayant es nœudfi soit à la première jointure, soit à la seconde, soit aux deux jointures.
Sous c'es diverses formes, les doigts indiquent, savoir :
/^om/w5 / religion, imagination, idéalisme, arts, poésie ; — et avec excès : erreur, mensonge, exagération de l'imagination, lyrisme échevelé, tendresse folles, fanatisme religieux.
Carrés : raison, ordre, réflexion, pensée, obéissance aux choses convenues ; — et avec excès : prudhomie, manie, despotisme étroit, intolérance pour tout ce qui n'est pas convenu.
Spatules : activité, mouvement, travail du corps, action quand même,, sentiment de la vie positive, intérêts matériels, recherche du confortable; — et avec excès : pétulance, audace, besoin de se faire voir, tyrannie de l'activité, tracasserie.
Lisses : impressionnabihté, premier mouvement, tact, intuition, inspiration momentanée qui remplace le calcul, faculté de juger à première vue; — et avec excès : étoiu^derie, caprice.
Noueux : raisonnement, calcul, aptitude aux chiffres et sciences exactes ; — et avec excès : égoïsme.
SIGNES CHIROGNOMONIQUES 169
Phalanges. — Les doigts sont divisés en trois ^Aalanges bien distinctes :
La ]^Temière phalange^ celle gui porte Vongk^ donne le signe de la volonté, de l'invention, de Tinitiative. Longue et forte, elle indique une volonté puissante, énergique ; une grande confiance en soi, un désir extrême de mettre la perfection dans ses œuvres. Si cette phalange est trop longue, la volonté ira jusqu'à la domination et à la tyrannie. Si elle est très-courte, il y aura impossibilité de résistance, insouciance, découragement, etc. Si elle est moyenne, il y' aura pondération, contrebalancement de ces divers sentiments.
La seconde phalange^ celle qui vient après, est le signe de la logique c'est-à-dire de la perception, du jugement, du raisonnement, de la justesse, du coup d'œil. Si elle est longue et forte, la logique et la raison serontpuissantes ; si elle est courte, elles seront faibles.
La troisième phalange^ celle qui lie les doigts à la paume, est le siège du penchant à Tamom» sensuel. Si elle est épaisse, très-épaisse et très-longue, surtout dans le pouce, dont elle est plutôt la racine, l'homme sera dominé par la passion brutale ; si elle est médiocre et en harmonie avec toute la main, l'homme sera amoureux, mais sans excès; si elle est faible, plate, peu apparente , l'homme aura peu d'appétits sensuels. En général, les doigts enflés ou très-épais à leur base, indiquent toujours le goût des plaisirs sensuels, soit luxure, soit gourmandise.
Les débauchés, les femmes de mauvaise vie, ont nécessairement les deux premières phalanges courtes et faibles, et la troisième très-développée.
Les trois phalanges représentent, en chiromancie,
les tf^ois mondes des kabbaJistes ; la première, le monde divin; la. seconde le monde abstractif; la troisième le monde matérieL
Les deux nœuds^ qui séparent les trois phalanges, forment la transition entre les trois mondes.
Le premier nœud, celui qui lie la première phalange, celle qui porte l'ongle, à la seconde, s'appelle nœud philosophique.
Le second nœud, celui qui lie la seconde phalange à la troisième, s'appelle noeud d'ordre matérieL
Le n€Bud philosophique, quand il est saillant, implique Tordre dans les idées ; de même que le noeud d'ordre matériel implique l'ordre qui lui a donné son nom.
Pouce. — C'est surtout dans le pouce que les signes ci-dessus ont une influence marquée.
« A défaut d'autres preuves, le pouce me convaincrait de l'existence de Dieu, » disait Newton.
« L'animal supérieur est dans la main, l'homme est dans le pouce, » disait M. d'Axpentigny.
Les chefs de secte, les dominateurs, leè ambitieux quand même, les hommes de persévérance, les pwfectionneurs, les initiateurs.
G. Danton, Galilée, Descartes, Newton, Leibnitz, Saint-Simon (le réformateur), avaient de très-grands pouces.
Voltah^e, Thomme du monde dont le cœur fut le plus assujetti au cerveau, avait, ainsi que le prouve sa statue au Théâtre-Français, des pouces énormes.
Albert Durer, artiste naïf tyrannisé par sa femme, ' Shakspeare, Montaigne, le douteur La Fontaine,
SIGNES CHIBOGNOMONIQUES 171
Sterne, Louis XVI, avaient la première phalange, ou phalange onglée, du pouce, très-courte.
La première phalange du pouce, large, presque ronde, en forme de bille, annonce toujours Tentêtement; si la logique manque, l'entêtement est in\dncible. Si, avec cela, la phalange est courte, l'entêtement peut aller jusqu'à la colère, jusqu'au suicide, jusqu'à l'assassinat.
Ongles. — Les ongles petits et couverts de chairs, les ongles courts, plutôt larges que longs, sur lesquels la peau des doigts monte très-haut, annoncent toujours un caractère batailleur, une hiuneur taquine et querelleuse.
En outre dès signes ci-dessus, la chirognomonie en attribue d'autres aux mains courtes ou longues; aux mains dures ou molles et aux mains déplaisir.
Main coukte. — Main longue. — Aux grandes mains l'esprit de minutie et de détail. Balzac, l'homme de la description minutieuse, avait de grandes mains pointues. Les Anglais qui, ont généralement les doigts longs, excellent dans la peinture minutieuse. Les Flamands et les Allemands avaient, et ont encore, les doigts très-longs.
Les gens à doigts longs^ avec des nœuds, sont des gens à précautions et à manies.
Une main longue^ avec de forts nœuds et un grand
ponce, appartient généralement aux gens de chicane.
i Le génie ergoteur et subtil, l'amour de la polémique,
I llnstinct de la controverse, se rencontrent, fréquem*
172 A QUELS SIGNES BECOXXATTSE TJX COQUIN
ment, daiisla perscHuie dont la grande main offire des doigts nooeax à phalanges carrées.
Les doigts courts^ surtont qoand ils sont lisses, appartiennent aux gens qui jugent instantanément, et n'ont le temps d'examiner qne les masses. Ils ne s'occupent pas des détails qnUs ne penrent même pas apercevoir.
Les doigts gros et dénués de souplesse, avec un ponce tronqué et souvent retroussé, joint à une paume d'une ampleur, d'une épaisseur et d'une dirreté excessives, sont le signe de la matière dominant l'intelligence.
Les doigts courts^ avec une paume très-longue, se rapprochent de la brutaUté.
Main duke. — Main molle. — La main dure aiine l'action corporelle, le mouvement, les efforts, tous les exercices. Elle se repose d'un travail par un autre, et ne peut rester oisive.
Mahomet avait la main dure ; il balayait sa tente, ressemelait, lui-même, ses sandales, et n'était jamais en repos.
Si la main dure est spatulée, elle deviendra, s'il se peut, plus active encore. La main pointue sera active aussi si elle est dure ; seulement elle mettra dans ses exercices une élégance instinctive ; à la force elle joindra la grâce.
Une main trop dure est une marque certaine d'inintelligence ou, du moins, de lourdeur d'esprit.
Le caractère de la main molle, est la paresse. L^ personne à main molle spatulée, est paresseuse de corps, mais les instincts de la spatule existent ton-
SIGNES CHIEOGNOMONIQUES 173
jours, et, à la moindre occasion, elle se lancera dans le mouvement qui lui est propre, en le poussant même jusqu'à l'excès.
Main de plaisir. — Il y a une main essentiellement voluptueuse, paresseuse avec délices, mais ardente pour les plaisirs, et apte à les goûter tous.
Elle est potelée, comme enflée, les doigts sont lisses et pointus, sans nœuds et gonflés à la base de la troisième phalange. La peau en est blanche, unie, et semble ne pas se salir. Cette main a des fossettes; la paume en est forte, charnue; la racine du pouce est surtout développée. Le pouce est ordinairement très-court.
Les femmes qui ont les mains de plaisir, magnétisent les hommes aux bons instincts ; elles les attirent comme attirait le gouffre de Charybde, le gouffre de Scylla. Les faibles se brisent à leur contact. Les forts y acquièrent Texpérience du mal et le mépris du vice.
La main de plaisir, mise au rang des plus belles, est l'apanage de cette classe de femmes que l'on appelle filles de marbre^
La peau, d'un blanc mat, ne se rougit pas à l'air, et semble insensible à l'action du chaud et du froid. Ce qui fait leurs mains si blanches et si belles, c'est leur égoïsme.
La signification caractérielle, relevant des diverses fonnes de la main, a sa raison d'être dans l'influence ou'exerce, sur tous les corps de la nature, le grand
agent magique, le fluide universel qui se révèle à nous par quatre sortes de phénomènes, sous les noms de calorique, lumière, électricité, magnétisme; — J
Influence qui se faijt^jurtout sentir sur les mains dont les doigts, pointus tti'extrémité, appellent l'électricité, comme les pointes aimantées des paratonnerres. 1 '
Les ongles ne sont que le fluide solidifié à Tair, les intermédiaires entre le fluide et la carnation.
Si les doigts pointus sont lisses et offrent ainsi un conduit facile et sans obstacle, l'impression fluidique est immédiate.
De là, les prêtres à extase, les vrais croyants, les gens convaincus, les prédicateurs sublimes. De là, lès poètes inspirés : Milton, Shakspeare, Schiller, Gœthe, Swedenborg, Chateaubriand, Victor Hugo, George Sand.
Le doigt carré ^ par sa forme large, arrête im moment le fluide et laisse à la raison le temps de peser les inspirations et de les comprendre. Aussi les doigts carrés et lisses représenten1>-ils le monde abstractif, dans la poésie et dans Tart. Molière, Regnard, La Fontaine, Voltaire, le Poussin, Louis XIV, Turenne, Vauban, avaient les doigts carrés.
Les doigts spatules^ par leur largeur, ofiâ^ent un obstacle plus grand encore.
Cependant, si les doigts, soit pointus, soit carrés, soit en spatule, sont sans nœuds^ le fluide reprend son cours, sans obstacle, comme un fleuve qui traverse une plaine.
Alors, les doigts spatules donneront RubeQs,.Ren)^
SIGNES CHIROGNOMONIQUES 175
brandt, Jordaens et les Flamands, peintres matériels de figures charnues.
Les ncBuds^ comme on voit, modifient les aptitudes de chacune des trois catégories de doigts, pointus, carrés ou en spatule.
Mais, de bien autres modifications sont apportées par les monts et les lignes de la païune, comme nous allons le voir en chiromancie.