‹ Le monde des coquinsChapitre 47 sur 61 · LA MAIN DE LACENAIRE · texte numérisé non relu

LA MAIN DE LACENAIRE

Tout près de moi, la main coupée De Lacenaire, l'assassin.

Dans des baumes puissants trempe'e, Est gisante sur un coussin.

Curiosité dépravée !

J'ai touché,, malgré mes dégoAls, Du supplice encore mal lavée, Cette chair froide au duvet roux.

Momifiée et toute jaune, Comme la main d'un Pharaon, Elle allonge ses doigts de faune Crispés par la tentation.

Un prurit d'or et de chair vive Semble titiller de ses doigts L'immobilité convulsive," Et les tordre comme autrefois.

Tous les vices, avec leurs griffes, Ont, dans les plis de cette peau, Tracé d'affreux hiéroglyphes, Lus couramment par le bourreau.

On y voit les œuvres mauvaises Écrites en fauves sillons.

Et les brûlures des fournaises Où bouillent les corruptions,

Les débauches, dans les Caprées Des Iripots et des lupannrs.

De vin et de san^^ diaprées, Comme l'ennui des vieux Césars !

En même temps, molle et féroce, Sa forme a, pour l'observateur, Je ne sais quelle grâce atroce :

La grâce du gladiateur;

Criminelle aristocratie.

Par Ja variope ou le marteau Sa pulpe n*est pas endurcie, Car son outil fut un couteau.

Saints calus du travail honnête, On y cherche en vain votre sceau; Vrai meurtrier et faux poëte.

Il fut le Manfred du ruisseau.

238 CONCLUSKXN MORALE

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