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CHAPITRE IX

CONCLUSION MORALE DES FAITS ORGANIQUES ET DES SIGNES MENTIONNÉS DANS LES DEUX CHAPITRES PRÉ- CÉDENTS.

En supposant vraie, et mathématiquement prouvée, la signification morale que j'ai attribuée à chacim des divers signes physiques que présente Torganisation anatomique de Tliomme, et spécialement la configuration de son cerveau, — doit-on, peut-on induh-e de là, que Tliomme est rhistriunent aveugle et passif d'une fatalité à laquelle rien ne peut le soustraire, et que, ses actions étant les efi'ets nécessaires d'une cause dont le fondement réside dans son organisation même, il parcourt inévitablement une ligne tracée d'avance, et dont rien ne lui permet de s'écarter?

Cette question physiologique est de la plus haute gravité, — d'autant qu'elle se complique d'une autre, qui n'est pas moins grave : la question tliéologiqne de la chute originelle, qui a rendu l'homme « serf du péché. »

Cette double questiou^ qui n'est autre que ceUe du lilMre arbitre, eoxuporte des développemeuts qui ue peuvent trouver leur place ici. Je l'ai approjfoudie et traitée sous ses deux aspects, dans l'ouvrage que je me proposa de publier prochainement, sous ce titre : Orr gcnolosie des Passiomy — ouvrage dans lequel le lecteur trouvera, je Tespère, la solution du grave problème posé.

Ici, je ne puis que me ï>omer à dire qu'on se tromperait doublement si, abusant du principe de causalité, oft en concluait que l'homme n'a aucun pouvoir sur la direction de ses actions, par ce motif qu'elles sont la conséquence forcée et inévitable, soit de la servitude héréditaire du péché, soit d'un mode donné d'organisation.

Poux ne parler, ea ce moment, que de l'organisation, nous naissons, sans contredit, avec un typ^ origixiel doût il n'est point en notre pouvoir d'arrêter les évolutions. Grand, moyen, petit, gros ou fluet, iojrt ou faible, chacun a sa forme, son tempérament;: et ce qui s'entend du corps en général s'applique égor lement à l'organe cérébral en particulier, dit fort bien le docteur de Lasiauve.

Mais, si la formation de nos parties obéit ainsi

forcément à un plan primitif résultant des lois géné-

âqufis, est-ce à dire, pour cela, que la violence de nos

passions devra forcément toujours faire fléchir nos

déterminations sous leur joug?

Nuiement.

Et la première raison à en donner, c'est que les f<»ce8 d^attaque des passions sont proportionnées ^'ordinaire à nos forces dic résistance. les forces

d'attaque, c'est-à-dire les impressions, sont molles chez les sujets faibles de tempérament et de caractère. Si eUes arrivent violentes, impétueuses, au siège de l'entendement, dans ime constitution énergique, elles y rencontreront une volonté également forte contre laquelle il sera possible qu'elles se brisent. La réaction sera proportionnée à l'action ; le même fluide nerveux en sera là mesm*e.

Dans ce cas, la volonté pourra modifier et change^:? complètement le caractère natal, de la même manière qu'un acide peut changer une couleur et la remplacftx* par ime autre, soit primitive, soit mélangée.

D'un autre côté, l'expérience prouve que l'organisation de rhomme est d'une souplesse à se prêter à toutes les modifications, physiques et morales, que peuvent lui faire subir les infiuences auxquelles on Ja soumet.

Ne voit-on pas, par exemple, les meilleiu'es constitutions s'appauvrir au sein des villes et du repos, et, par contre, les plus chètives se fortifier par une bonne nourriture, le grand air et le travail des campagnes?

Ne voit-on pas souvent le tempérament naturel^ \ c'est-à-dire celui qui naît avec les individus ou dont ils apportent les dispositions en venant au jour, se transformer en im tempérament acquis^ c'est-à-dire en celui qui se forme, chez les individus, par la longue . persistance des impressions accidentelles auxquelles ■ ils sont exposés?

Ne voit-on pas, enfin, le système musculaire se développer, se modifier, se redresser par les exercices gymnastiques auxquels on soumet le corps et ses membres? Pourquoi la manière dont on use de la

ymnastique intellectuelle et morale n'aurait-elle pas î même pouvoir sm» le cer\eau?

A cette dernière question on répond que la gymastique intellectuelle et morale, autrement dite Féucation, ne peut efficacement agir sur une boite oseuse dont la consistance s'oppose nécessairement à 'influence de cette action ; — ou que, si cette influence ►eut s'exercer, jusqu'à un certain point, sur le crâne le l'enfant ou de l'adolescent, alors qu'il n'est pas încore entièrement formé, elle ne peut qu'être absoument nulle ou sans efiet sur le crâne de l'homme ûûr, de l'homme fort, alors qu'il a acquis le degré le développement et de sohdité qui doit désormais lemeurer invariable.

Pour repousser cet argument qui, de prime abord, parait presque irréfutable, il suffit de se bien pénétrer du résultat acquis à la science par deux démonstrations physiologiques, que je vais essayer de bien ^ comprendre au commun de mes lecteurs.

La première est relative à la formation môme du Pràne et du cerveau, et à leurs modifications sueces- ^ves suivant les âges.

Avant la naissance, l'enveloppe du cerveau n'a pas le solidité : quelques points seulement, sur chacune les pièces qui seront les os du crâne, se soUdifient îi rayonnant.

Au moment de la naissance, l'ossification du crâne Dmmence à marcher rapidement. Jusqu'au complet éveloppement de l'individu, le crâne manque, jusl'à un certain point, d'épaisseur ; plusieurs de ses irties restent extrêmement minces, et ne s'endmiseni qu'avec l'âge...

Pendant ce temps-là, que fait le cervean, renfermi dans cette boite osseuse? Le cerveau croit et se dév< loppe successivement, et, en croissant et se dévelo] pant ainsi, il imprime sa forme à la surface de h boite qui se trouve en contaet avec lui^

De sorte que ce n'est pas te cerveau qui se mouil e

sur te crâne, comme on le croît eonmnmémenty m^ bien le crâne qui se moule sur le eerveaii^ — Ti malgré sa dureté, cédant au:x efiSort» ineessants d'ur^:::^ substance moUe et fibreuse, te dipioéj qu'il renfen^zie entre ses deux lames; ce substance • spoi%teuse (^^ reçoit une alimentation du cœur et rend le crasse animé, ainsi que Ta constaté Guvier, etc» » (Béraud.J

Après la naissance, le crâne continue à eécter amsi progressivement au cerveau^ jusqu'à ee qae celui-ci ait cessé de grossir, et tes parois, jusqa^ahMrs trèsminces, de la boite osseuse du crâne, Gontimient de j même à se mouler exactement et sems effort stff le cerveau. 11 y a là continuellement, comme Gaïl a pu le constater, usure, sécrétion, nutrition, décomposition, recomposition. A mesiu*e que les molécules osseuses du crâne sont absorbées, d'autres sont sécrétées et viennent prendre leur place ; tant que ^ure le grossissement parallèle du crâne et du cerveau, la sécrétion remporte sur l'absorption; le- erême et le cerveau cèdent moins qu'ils ne reçoivent... (Ysabeaiî.)

Mais, quand le grossissement a cessé, qu'arrive-t-il? Qu'arrive-t-il, quand l'homme, parvenu à l'âge de -;. maturité, possède un crâne et un cerveau complets et y ^ invariables l'un et l'autre désormais ? ^ .

Ici se produit la seconde démonstration physiolo- L j gique que j'ai annoncée plus haut. j .

Cette démonstration est relative à un autre phénomène plus généralement encore ignoré que le premier, à savoir : le grand fait physiologique du renouvellement incessant, depuis la naissance jusqu'à la mort, de toutes les parties dont se composent les êtres animés, Thomme de même que les animaux.

Par la nutrition, d'une part, — par la transpiration et les autres fonctions vitales, de l'autre, — lliomme physique reçoit et perd, à chaque instant de son existence, des parcelles de lui-même. La rénovation est complète, périodique, — ce que je prouve jusqu'à l'évidence, par des autorités irréfragables, dans mon Organologie /les Passions.,,

De là, les modifications, si souvent remarquées, dans la manière de voir et d'agir de presque tous les hommes, dans le cours de leiu* carrière, — modifications qu'on attribue à la versatilité des opinions individuelles ou des circonstances politiques, alors que, le plus souvent, elles ne sont que le produit des changements apportés dans l'humeur, le caractère, le tempérament, par le renouvellement incessant du crâne et du cerveau de chaque hidividu.

A mesure que des parcelles partent et que d'autres arrivent, soit au cerveau, soit au crâne, chacune de celles-ci prend sa place régulièrement, pour continuer la tête de l'être vivant ; celles qui composent le crâne doivent, par l'efiet natiu'el de cette rénovation de tous les instants, prendre et, par conséquent, i^véler la forme de la partie supérieure du cerveau en contact direct avec la surface interne du crâne. C'est la base de la phrénologie.

D suit de là, qu'au fur et à mesure que l'être hu-

nt OOOClXSiOX MOKAI£

maîii« — enCmL d'abord, adolescait csisoite, pms WjfmBMt* — «janfit et âp dêridc^pe, il se noanifeste en laides a{4itiides« des înefinatîmis^ bcMines oa man- Taîses. coRespandant anx eîraMnncdiitîfliis de soq ctrreaiu — indinatioiis* ôramTcrfiitÎMis, donl.le dévelopffement ânnUtané Tane. d'un individii à un antre, et (4ii5 encore ebez le même indirido, à dîvarses époques de 5c«i ensfence ; — d'où les formes extérieures â variées des crânes hnmains; — d'où les changements ^trfcmds que peut offiir le crâne da même indlTÎdo* observé à différentes périodes de sa vie.

Lirrez l'être humain à loi-même^ sans guide, sans principes, il pourra lui airiver de s'abandcMiner à de mauvais instincts ; les circonvolutions du cerveau qui correspondent à ces mauvais instincts, deviendront prépondérantes ; s'il n'emploie pas la force de sa volonté à les dominer, ils le maîtriseront, alors qu'il y aura eu, qu'il y aura toujours, un moment où il ne tenait, ou il ne tiendra qu'à lui de les empêcher de le dominer, quand même son éducation n'aurait pas été dirigée dans ce sens. (Ysabeau.)

Donc, le champ de la liberté humaine n'est pas tellement empoisonné des mauvaises herbes que le I>éché ori^el ou les vices de notre organisation y ont semées, qu'un sarclage intelUgent et persévérant ne liuigse y faire place à quelque bonne et fructueuse plante.

11 suffit, pour cela, que la volonté y tienne le sarcloir d'une main infatigable.

Il est vrai que le principe potentiel, ou la faculté de pouvoir vouloir, et de vouloir toujours avec fermeté, qui est la plus haute expression de la force

morale, exige une solidité de nerfs, d'intelligence et de cœur, qui se rencontre rarement dans une même organisation. Mais la nature a pourvu à ses défaillanceS) par les trêves qu'elle a ménagées dans l'action même de l'organisme.

La plupart des fonctions s'exécutent, en effet, d'une manière intermittente et peuvent même demeurer inactives. La digestion, par exemple, n'est point incessante, la force musculaire n'est pas sans cesse mise en jeu, etc.

Eh bien I il en est de même des facultés morales et intellectuelles. Les passions, notamment, oflErent des intervalles pendant lesquelles l'homme est soustrait à leur tyrannie.

C'est dans ces moments de silence, dit le docteur de Lasiauve, qu'ayant le loisir de mesurer le danger des passions, l'homme peut, par de bonnes résolutions, se prémunir contre leur retour ou leur entraînement. Aussi, la religion fait-elle, à bon droit, un précepte d'une continuelle vigilance sur soi-même, de la fuite des tentations.

c( Ainsi, toujours, quoique souvent elle fléchisse sous le coup de leur impétuosité, la volonté Ubre apparaît au-dessus de passions, et indépendante de leur cause, c'est-à-dire de l'organisation. »

Une dernière remarque reste à faire siu* ce point capital, — c'est que la nature montre une prédilection marquée, on pourrait dire exclusive, pom* les facultés dont elle a doté l'universahté des êtres vivants, c'est-à-dire pom* les facultés animales, pom* les facultés qui assurent et conservent tout à la fois l'existence des espèces et des individus ; —

Prédilection que le docteur Voisin induit principalement de ce que les instincts, les penchants de la brute sont les premiers à paraitre dans la vie et à nous donner une existence analogue et conforme à eux-mêmes, dominateurs qu'ils sont encore presque toujours dans l'adolescence et la jeunesse. —

Tandis que ka facultés morales et intellectuelles, qui sont les demièires à paraître, sont, en même temps, les premières à s'affaiblir, par suite des progrès de rage, et peuvent, sans compromettre la vie, ne jamais avoir de manifestation, ainsi qu'on le voit chez les idiots, ou disparmtre momentanément, et quelquefois même complètement, ainsi qu'on le voit chez les aUénés, — alors que, au miheu des obstacles, n'importe de quel ordre, qui s'opposent à la formation d'une tète humaine, la nature parvient presque toujours à former l'homme animal.

D'où cette conséquence que, de toutes les facultés qui ont été données à l'homme, les facultés qu'il partage avec les animaux sont extraordinairement actives et vivantes par elles-mêmes, — tandis que les facultés morales et intellectuelles ont besoin de l'animation des objets extérieurs et, en quelque sorte, d'une seconde création, pour acquérir tout le développement dont elles sont susceptibles, pour devenir principes déterminants d'action. (Yoisin.)

D'où cette conclusion de la morale évangélique, qui a si bien reconnu les différents degrés de force du libre arbitre : a Que Dieu ouvre aux faibles les trésors de sa miséricorde, et que chacun de nous sera jugé moins d'après ses œuvres que suivant les dons qu'il aura reçus. »

D'où cette conclusion de la morale sociale, qui n'est que trop souvent, hélas I plus en théorie qu'en faits : que si la société est en droit de demander beaucoup à ceux qui ont reçu beaucoup, elle ne doit demander que peu à ceux qui n'ont reçu que peu :

Cui multum datum, multum quœrelur ab eo.

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