ET LES CAMORISTES DE NAPLES
Toute insulte, agression ou condamnation au préjudice d'un camorriste, est portée à la connaissance du conseil par les référendaires, et inscrite au registre des créances de la société. Et malheur au débiteur 1
La camorra a sa hiérarchie : le néophyte s'appelle tamurro ; il devient ensuite piccioto, puis piccioto di sgarra, puis camorrista, et enfin, s'il a du talent, camorrista proprietariOy et même capo di società.
Chaque grade s'acquiert à la pointe du couteau, pour ainsi dire : un tamurro peut devenir capo di società en tuant un supérieur en duel. Un profane peut s'élever aux plus hautes dignités par quelque coup d'éclat.
La discrétion est pour les camorristes une loi qu'ils ne violent jamais. Plusieurs d'entre eux, blessés par des confrères, ont reçu cent et même deux cents coups de bâton, plutôt que de dénoncer le coupable.
La camorre est une société immense qui a des affiliations et trouve protection jusque dans les hautes classes ; elle enveloppe Naples comme d'un réseau, dans toutes les directions.
Le gouvernement, jusqu'à ce jour, a été impuissant à détruire cette secte. C'est contre elle, aussi bien que contre le brigandage, qu'a été invoqué et établi l'état de siège. (1863).
La camorre naturellement a son argot, son langage à part. Et l'argot français lui emprunte, depuis longtemps, sans que la haute pègre parisienne s'en doute, plus d'un vocable, plu§ d'une locution, iiiiportés jadis chez nous par les coupeurs de bourses de l'Italie. (V. à ce sujet Études de philologie comparée sur Vargot, par Francisque Michel, lutrod., p.25.)