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LE MOT ET CR QU IL EVOQUE

mémoire individuelle et de la mémoire anceslrale est telle qu'elle produit une image d'image, c'est àdire un vocable afférent à telles et telles sensations, à telles et telles circonstances. Le chant de l'oiseau s'en rapproche. Les cris, sifflements, susurrements infiniment modifiés, diversifiés, modulés des animaux, correspondent à une mémoire circonstancielle, nullement à une mémoire congénitale. Celle-ci existe cependant chez eux, puisqu'ils héritent de mouvements et de mœurs complexes. Mais elle est limitée aux besoins du corps et ne s'allume pas dans l'esprit. On sait le rôle du chant dans l'amour, au monde des oiseaux, lesquels, à mon avis, se rapprochent beaucoup plus de l'homme que le singe. Car s'il y a des animaux éteints, comme il y a des astres éteints, le singe est un animal éteint, une simple survivance de réflexes et de grimaces, et il a fallu toute la débilité d'esprit de la seconde partie du »ix*' siècle pour ne pas s'en apercevoir. Or le rôle de la parole dans l'amour n'est pas moins considérable chez les humains. Douce, ou ardente, ou même rude, elle est un adjuvant du désir et un stimulant des images intérieures, qui maintiennent celui ci à un taux élevé. Quand cette parole se fait rythme et cadence, par la transmission de mouvements héréditaires que nous avons décrits, elle devient la poésie lyrique, laquelle oscille entre les deux hérédofigures conjointes du rapprochement et de la disparition des corps. L'amour porte en lui* l'idée de l'anéantissement, comme le soleil l'idée de la nuit.

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Il y a, dans Tristan et Iseult, de Wagner, un passage célèbre : celui où les deux amants s'appellent par leurs noms et ne se rassasient pas do s'appeler par lours noms Dans la déroute de leurs personnalités, qu'éparpille la grande bourrasque du désir, ils s'attachent désespérément à ce signe verbal et s'essaient il le fixer, comme le bonheur s'efforce en vain d'arrotor, de stabiliser l'instant qui passe. Je n'ai jamais pu considérer im calendrier, sans entendre tous ces noms d'hommes ou de femmes (j'en demande pardon à leurs saints et saintes) s'appeler à travers les obstacles, les ténèbres et la douleur, comme s'appelleraient des naufragés de l'immense extase amoureuse. C'est un répertoire de cris passionnels, ce calendrier, et nous pouvons lui prêter tontes les inflexions qui diversifient, à travers les âges, la même aspiration à la prolongation vers l'avenir. Se conjoindre afin de ne pas disparaître entièrement, tout est là.

Deux qualités donnent au mot son intensité particulière : sa couleur propre et sa place dans la phrase. La première qualité, la couleur, est une dépendance, partie de la mémoire personnelle, partie de la mémoire héréditaire. La seconde dépend exclusivement de la mémoire héréditaire. Étudiez à ce point de vue Saint-Simon, notre premier mémorialiste, chez qui le verbe fulgure toujours là où il faut, toile une torche éclairant tout un promontoire. Quand je dis étudiez : je veux dire : écoutez-le. Sa voix se retrouve à travers son style, avec ses into-

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