‹ Le monde des images: suite de L'hérédoChapitre 18 sur 37 · LE MOT BT CE QU IL EVOQUE · texte numérisé non relu

LE MOT BT CE QU IL EVOQUE

nations et ses acccatuatiuns hallucioanlcs. Au lieu que la voix d'uu autre graad écrivain, tel que Pascal, mais surtout abstrait, est loiaUine et malaiaée à reconstituer. Cet essai, que j'appellerai de reviviscence auditive, peut êlre tenté avec un Rabelais, un Montaigne, un Molière, un Diderot, elc...

Entendons -nous bien. Il ne s'agit pas de les lire à haute voix, ce qui consiste à subsliluer notrt voix à la leur. 11 s'agit de les lire avec nos yeux, mais eu, écoutent en nous la prolongation auditive de celte lecture, par un pcLil effort d'attention spécial. J'ai remarqué qu'on pénétrait aiusi plus profondément dans la pensée ou dans le sentiment de l'écnvain el que l'amitié de lecture en était augmentée. De mâme certains musiciens nés préfèrent lire ia musique, plutôt que l'exécuter ou que l'enlendic exécuter. De môme certains préfèrent lire une pièce de théâtre, plutôt que la voir représenter,

Le mot évoque le mot et la phrase, avec l'état moral et physique qui les nccompagne. La magie de la lecture et son immense bienfait consi.-tent à nous arracher moinenlanément à notre pei^sonnalité, pour entrer dans celle d'aulrui. puis à nous ramomir à la aôlre; soîl que nous nous intéressions au.\ aventures racontées ou aux pensées exprimées ; soit que, derrière ces aventures et ces pensées, nous cherchions la personnalité de l'auteur; soit enfin que nous étudiioUa l'inQuence. immédiate ou seconde, de cette personnalité sur la nôtre.

Le premier stade est bien connu et je n'y insiste

lOO LE MONDE DEg IMAGES.

pas. C'est une substitution de mémoire personnelle.

Le deuxième stade est de critique et de psychologie pure; c'est celui d'un Sainte-Beuve, d'un Taine, d'un Renan, d'un Lemaitre, d'un Bourget.

Le troisième est critique, psychologique et moral. Maurras l'atteint dans les Amants de Venise ' et l'Avenir de r Intelligence. Il pose le problème de l'influence rétroactive de la mémoire personnelle sur la mémoire héréditaire. Ce problème sera étudié à part, dans le chapitre du présent ouvrage consacré à l'oubli, interférence de mémoires.

Le grand défaut, en général, de la critique, même impartiale et savante, c'est la timidité. Elle hésite à replacer l'imprimé sur le plan de la vie et l'auteur sur le plan de l'homme, avec ses petitesses et ses grandeurs, ses vertus et ses vices. Elle hésite à confesser ce qui, dans un ouvrage ou dans un auteur, a eu, sur nous critiques, telle ou telle influence. Il en résulte une sorte d'inhibition, qui fait conclure aux gens peu clairvoyants (et, parmi eux aux auteurs critiqués) que critique signifie impuissance. Or, critique, au contraire, signifie puissance : conception nette de la valeur des mots, de l'ampleur et de la profondeur du style, de l'action mentale et corporelle de tel ou tel style, de l'aide apportée ou soustraite, par telle ou telle œuvre, au perfectionnement du lecteur, à son enrichissement psychologique. Il y a des ouvrages qui sont des ponts hardiment lancés entre les époques, et des ondes de

LE MOT BT CE QU IL ÉVOQUE. l5i

compréhension d'âge en âge. Il y en a d'autres qui creusent des abîmes. Il y en a qui augmentent en nous la sincérité. Il y en a qui favorisent l'état de duplicité intérieure ou de mensonge permanent, qui est une altération grave de Tesprit-corps et que nous devrons examiner.

Page 1