‹ Le monde des images: suite de L'hérédoChapitre 23 sur 37 · I,E MOT ET CB QU IL EVOQUE · texte numérisé non relu

I,E MOT ET CB QU IL EVOQUE

les a baptisées quelquefois psitlacismes. Le terme (le ({ neurone », et les prétendues déductions qui en découlent, sont autant de psittacismcs; avec cotte différence, à l'honneur du perroquet, qu'il ne fait pas de son « bonjour, Jacquot » une doctrine englobant tout le puissant et délicat mécanisme" do la pensée humaine. J'ai raconta ailleurs l'histoire d'un aliéné, qui attribuait tous les maux dont souffre rhumanité au dessèchement invisible et progressif du lac Léman. Cette doctrine scientifique était intitulée par lui le Sortège (sans doute pour « sortilège ))) du Lémana. Beaucoup de verbomanes, qui ne sont pas fous, se contentent cependant d'explications analogues au Sortège du Lémana.

La synonymie est une opération mentale, par laquelle la mémoire individuelle, cherchant un mot précis dans la mémoire héréditaire, en ren contre et en saisit un autre de sens analogue, voisin, ou presque identique. La synonymie est une approximation d'image, quelque chose comme un écho déformé. L'homme de lettres, le brillant causeur, l'orateur connaissent également bien cette substitution soudaine du terme à peu près juste au terme tout à fait juste, à la suite d'une hésitation dans l 'avant-mot. Mais il est un cas singulier, et assez fréquent, qui est celui où l'absence momentanée du mot nous pousse à en choisir un autre, de sens exactement contraire, et à nous engager ainsi dans un raisonnement, ou dans une affirmation antinomiques à* notre première intention. Un pareil faux-pas, re-

iiuiivelé, coudiiil a Tétat do contrariété uilellecluolle, qui aboutit lui-mêrno, soit h la contradiction systématique, extériorisée cette fois, soit au scepticisme transcendant.

Exemple, afin de fixer les idées : cherchant le mot « achevé » pour caractériser une œuvre quelconque, je ne le trouve pas au« bout de ma langue ou de ma plume; je trouve le mot « inachevé « et, plutôt que de corriger cette petite erreur verbale, je porte, sur Tceuvre en question, un jugement au rebours de celui que j'avais primitivement Tin tention de porter. Une telle erreur, réitérée pour d'autres termes, dans les mêmes conditions, amène à un état de contrariété subjective, qui finit par s'objectiver en contradiction systématique. Ici intervient l'orgueil humain, lequel fait peu à peu, de cette contradiction, une règle de vie intellectuelle. C'est ainsi qu'une hésitation ou un faux pas dans le choix des mots peut esclavager à la longue, ou amoindrir une pensée par ailleurs vigoureuse et féconde.

Renan parait être un des écrivains de notre langue chez qui la déviation synonymique, puis antinomique, a été la plus déterminante, quant au flottement des idées. Son style, d'ailleurs délicieux, l'amuse lui-même, comme la ballerine s'amuse de ses entrechats. Il joue sur les mots, tel un habile jongleur qui choisit ses boules dans des cases préparées. Tout à coup, il se trompe de case et prend la boule noire au lieu de la boule blanche. Qu'à cola ne tienne, il fera le tour de la même façon,

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