LE MOT BT CE QV IL EVOQUE
bien que dans une série de raisons exactement contraires. Puis, comme il a une haute idée de luimême (qu'il prend pour une haute idée de Thumain en lui), il affirmera que tout ça est voulu et qu'il a choisi ia boule noire exprès. Ceci revient à dire que souvent les écrivains sont conduits par lesmots, plus qu'ils ne conduisent les mots. C'est une des caractéristiques du romantisme, et qui permet de le reconnaître soua ses déguisements philosophiques.
Le synonyme est un tâtonnement, qui finit par contaminer les certitudes.
L'intensité verbale, au contraire, est un signe de vigueur d'esprit et de clairvoyance. Elle est en horreur à beaucoup de personnes, qui la prennent pour de la grossièreté, et à tous les gens timorés. Dans les milieux populaires, où l'ignorance est cause de malaise craintif, on ne dit jamais d'un spectacle qu'il est émouvant ou magnifique, . on dit qu'il est <( gentil ». De même, devant un accident ou une catastrophe, on ne s'écrie pas a c'est affreux I » on dit : (( c'est malheureux de voir ça I » L'antimot est fréquent, comme l'antiphrase, chez les êtres qui craignent les déterminations hardies et prennent toujours le parti le plus timide, avec la peur de se compromettre.
Le romantisme, en se développant au début du XIX® siècle, a abouti, chez plusieurs écrivains, poètes et surtout poétesses, à un véritable état de pléthore verbale, do surabondance dé vocables pour
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peu de pensée. Chez ces trop riches en numéraire verbal, et très pauvres eu sensibilité vraie, comme en raisonnement; on remarque ainsi une véritable dcmonélisatiou du langage. Vingt synonymes, éclatants et truculents, donnent à l'esprit du lecteur une impression de faiblesse et d'égarement. De loin c'est quelque chose et de près ce n'est rien. Le modèle de ces néants ornés est fourni par les poèmes dramatiques de feu Edmond Rostand, d'une si grande vogue, où un moignon de sujet disparait sous les bandelettes multicolores des mots. L'extraordinaire fragilité de ces châteaux de vocables apparaît en ceci qu'ils s'éboulent instantanément dans la mémoire, laissant une déception proportionnelle au charme incontestable de la première surprise. Il y a comme cela de fins causeurs, qui vous tiennent pendant toute une soirée sous le flot de leur éloquence. Mais réfléchissez, le lendemain, au résidu de ce fçu d'artifice : un fumeron sur un bout de bois.
La littérature descriptive, où tant de mots et de mots sont juxtaposés en vue d'exprimer la couleur, l'odeur, la forme d'un paysage, laisse, elle aussi, un terrible déchet. Rien n'est désuet comme la sensation, quand elle est indéfiniment renouvelée par une accumulation de termes rares et chatoyants. A force de pincer toutes les cordes sym phoniques, on aboutit à une sorte de couac. Chateaubriand, avec toute sa pompe, avait commencé à galvauder l'univers : ses forêts, ses fleuves, ses solitudes. Hélas>
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il a eu des imitateurs. En art, la prolixité est un fléau.
Elle en est un aussi en histoire, et je n'en connais pas de plus saisissant exemple que la multitude de volumes consacrés par Frédéric Mas son à Napoléon Bonaparte et à son entourage. Le tombeau des Inva- . lides est peu de chose, à côté des blocs de pierre pesante, sous lesquels le plus assidu des académiciens a écrasé, concassé, trituré la mémoire du grand hérédo dévastateur du début du jix*" siècle. Quand on a seulement parcouru ces carnets de blanchissage, notes de vidange, mémoires d'entrepreneurs, bilans de législation et de batailles, répertoires de coucheries et autres, on ne distingue pliis rien de l'amant de Joséphine, du vainqueur d'Austerlitz, ni de l'exilé de Sainte- Hélène. Il est redevenu un bonhomme quelconque.
Ci-gît à nouveau Bonaparte, assassiné par son historiographe.
Le talent m'apparaît ainsi comme un équilibre entre les mots, images d'images, et ces images intérieures que nous appelons les idées, elles-mêmes empruntées à nos personimages.
Le génie est une intuition (observation à travers une personimage, observation à la seconde puissance) ^ qui nous porte à la racine des mots (mémoire héréditaire), en même temps qu'à la racine des choses.
Le mot, véhicule de la pensée, est aussi véhicule de la force, de toute énergie émanant de l'homme.
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Comme Tor, il se discrédite par Taboadance et rinilation. Il se galvaude dans la rêverie et se conceatie dans la réflexion. Les formules claires sont des ensembles et groupements de mots, des prélèvements faits sur diverses personimages, qui tendent à prendre valeur de mots. Toutes inventions littéraires, toutes découvertes scientiGques sont des for mules étendues et appliquées.