CHAPITRE IX
la sphericite des personim a.ges, l'omission, l'oubli et l'amnésie.
Le moment est venu de rechercher quelle peut être la forme des person images, des figures héréditaires, qui prolongent en nous la vie des ascendants, et que nous léguerons à nos enfants. Car il n'existe point d'idée, ni de support d'idée, sans forme et sans contour; autrement le monde, fils de l'idée, serait inconcevable.
Le raisonnement suffirait à nous indiquer que cette forme ne peut être qu'une combinaison de cercles et de sphères, étant donné que la sphère est le cercle en mouvement. Le cercle lui-même est l'image du mouvement, lequel est le principe de la vie. Or, il n'y a point de mouvement sans image du mouvement. Nous pouvons en conclure que les personimages sont des sphères idéales.
\ y regarder de près, tout ce qui constitue l'esprit corps est, chez l'humain (création, je le
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répète, particulière, et résumé de la nature) circulaire et sphérique, ou ovoïde. L'œil, notre principale communication avec l'univers, est sphérique. Le cœur est une sphère à peine déformée, d'où part et auquel aboutit un cercle vasculaire. Le liquide, qui circule dans ce cercle, contient des éléments figurés de forme circulaire, empilés ainsi que des jetons : les globules du sang. Le crâne, contenant le cerveau, est une sphère, ainsi que son contenu. Les barreaux de la cage costale sont circulaires. Les cellules différenciées, qui constituent nos principaux organes, sont des sphères, dont la compression mutuelle altère géométriquement la forme; et le schéma célèbre de Kiernan sur la structure du foie s'appliquerait aussi bien à la rate ou au poumon. L'ovaire est sphérique, le testicule aussi. Plus Tanatoraie et l'histologie interprétatives, telles que les concevait Bichat, reprendront le pas sur l'anatomie et l'histologie, simplement constatantes, d'un Farabeuf ou d*un Ranvier, plus se dégagera cette vérité que l'organisme humain, structure-fonctionnel , est une inclusion de sphères parfaites ou déformées. Il en est de même de l'esprit humain, et c'est cette conception qui m'a permis, dans l'Hérédoj de parler, sans métaphore, de la gravitation des images devant le soi.
De mêmequelecœur, «punctum saliens «de l'embryon, joue le rôle d'une sorte de régulateur central, qui propulse et reçoit ses satellites, les globules du sang, de même le soi attire, repousse et
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gouverne, à la façon d'un soleil intérieur, ces satellites, invisibles mais sensibles, que sont les hérédofigures ou personimages. Incandescent et lumineux, le SOI projette sa lumière sur certaines d'entre elles, alors que les autres sont plongées dans Tombre, sur certaines parties de certaines d'entre elles, alors que les autres parties sont plongées dans l'ombre. Nous n'avons pas tous nos souvenirs à la fois. Nous n'évoquons périodiquenrent que quelques-uns d'entre eux parmi beaucoup d'autres, qui demeurent cependant à la disposition d'un efTorl de notre mémoire. Il est des souvenirs, des imag(*s perdus à jamais. D'où trois degrés dans l'ombre intérieure : l'omission, l'oubli, l'amnésie. L'esprit humain est comparable a une vive lumière, projetée sur des sphères en mouvement (les personimages), elles- mêmes douées de prolongements sphériques et organiques, qui obéissent aux lois de la circulation et de la gravitation intérieures, et qui constituent notre corps. Il n'est rien de plus fragile, ni de plus solide à la fois que cet ensemble, et Pascal est sans doute l'écrivain qui a le mieux senti et rendu celte imprécision de fragilité, jftnte à cette impression de solidité.
L'omission est donc la règle de l'esprit humain, pour toutes les parties, ou segments, des hérédofigures el pour toutes les hérédofigures plongées dans l'ombre, ou dans la pénombre. Cette omission s'applique, bien entendu, aux idées et aux sentiments, aux paysages et aux circonstances, ainsi
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qu'aux mots qui les représentent. Les esprits les plus actifs n'ont présents, en général, qu'un très petit nombre de segments éclairés d'hérédofigures à la fois, ce qui évite la confusion mentale. Ce nombre se restreint encore dans le cas de l'intention, du projet, puis de la décision volontaire, qui accompagne l'impulsion créatrice du soi. D'où cet aphorisme : plus notre volonté est forte et claire ^ plus le champ de notre souvenir est restreint. Une concentration préalable de la mémoire est nécessaire à la détermination et à l'acte, quel que soit d'ailleurs le champ idéal sur lequel cet acte doit retentir. Le rêve, stimulant de l'action quand il se concentre, ralentit puis éteint celle-ci, quand il s'éparpille, pour une cause ou pour une autre, notamment sous l'influence de l'opium. Hâtonsnous d'ajouter que la méditation n'est pas le rêve. Elle en est même, d'un certain point de vue, tout l'opposé. Puisqu'elle a un objet, alors que la rêverie n'en a pas. C'est pourquoi les mystiques, méditatifs par excellence, sont aussi très souvent sur le plan de l'action. Flxemples : Sainte Thérèse, saint Ignace de Loyola, saint François d'Assise, etc. . . Il est surprenant de constater sur quel petit nombre de personimages, (que nous savons maintenant être des hérédosphères), s'appuie la vie humaine courante. Moins sensible quant aux idées, l'impor tance de l'omission l'est davantage quant aux personnes. Le souvenir du mort le plus cher, au bout de quelques mois, u'est plus que rarement présent
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à notre esprit. Il entre, de plus en plus, dans le cùne d'ombre de romission. Le prénom correspondant à celte personne — comme le mot correspond à l'objet — et qui était, pour nous, chargé de toutes les saveurs du sentiment, devient peu à peu terne, inerte, inagissant sur le cœur, sinon insipide. C*est ainsi que la plus cuisante des douleurs, la séparation par la mort, finit heureusement par s'atténuer, si elle n'a pas d'abord conduit au suicide. Quand ' l'omission devient totale et constante, quand l'ombre projetée est presque définitive, elle s'appelle l'oubli, lequel est à la mémoire ce que l'inertie est au mouvement.
La joie, en général, s'oublie vite — quoique Nietzsche en ait prétendu — et ses circonstances sont encore dans l'omission, qu'elle-même est déjà dans l'oubli. Nous avons eu deT ce fait un exemple en commun très saisissant, lors d^ l'armistice du II novembre 1918, qui mettait fin à la guerre européenne, laquelle durait depuis cinquante et un mois. Il y eut un débordement d'allégresse populaire et familiale. Puis, au bout de quinze jours, tout le monde avait pris son parti de cet immense bonheur, la cessation des hostilités, accompagné de cet autre immense bonheur, la victoire, parachevé par cet autre immense bonheur, le retour del'Alsace-Lorraine, attendu depuis quarante* huit ans. Après avoir été un dieu, dont chaque syllabe donnait le fricson, ce mot « l'armistice » redevenait un homme, sujet à discussions et à reproches.
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La douleur égaleaieat s'oublie vite, et d'autant plus vite qu'elle est plus physique et plus physiquement reliée à telle ou telle partie du corps. Les deux plus grandes et taraudantes douleurs connues (parmi celles qui n'entraînent pas nécessairement la mort), celle de l'accouchement et celle de la démorphinisation rapide, laissent peu de souvenirs dans l'esprit. Leur stade d'omission est court et elles tombent promptement dans l'oubli. Les douleurs morales, bien que diffuses, non localisées, sont plus persistantes et sujettes à réapparitions. Elles reviennent, parfois périodiquement, sur le plan de la sphère héréditaire, que frappe la lumière incandescente du soi. De sorte que le mot de la prière de Jules Lemaître n'est pas tout à fait vrai : « Seigneur, débarrassez-moi des souffrances physiques. Quant aux morales, j'en fais mon affaire. » Il n'est pas toujours possible, hélas, d'en faire son affaire I
Mon père, que j'adorais, est mort le i6 décembre 1897. ^^^ ^^^ après, en 1907, alors que ma douleur de sa perte était atténuée, bien que le regret persistât, j'allai en Bretagne, à Piriac, avec ma femme, et je retrouvai le vestige d'une auberge où nous avions séjourné, en 1873, mon père, ma mère et moi. Cette auberge est située au bord tle la mer, en face d'une petite cabane de garde-côte, en terre battue. La mémoire me revint aussitôt de cette période de mon enfance, associée à la survivance de mon père en moi, et provoqua aussitôt une recrudescence violente de mon chagrin. Ce fut, pendant
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quelques minutes, comme si je perdais Alphonse 1 Daudet une seconde fois et uu renouveau déchirant ; de la grande séparation. Il n'est aucun de nous qui \ ne pourrait citer quelque cas semblable, et où la douleur (qui fait partie de la mémoire héréditaire) s'éveille à l'appel d'une hérédofigure, devant le flamboiement du soi.
L'amnésie, c'est Toubli permanent et complet. Alors que l'omission correspond à l'éloignement momentané des constellations héréditaires, alors que l'oubli correspond à l'éclipse, l'amnésie c'est la disparition de ces constellations hors du ciel intérieur. Elles peuvent, il est vrai, revenir après un long intervalle et nous donner alors l'illusion d'un monde nouveau. Mais aucun efibrt de mémoire ne nous permet de surmonter l'amnésie, et le retour inespéiré de segments de la mémoire perdue échappe à notre volonté investigatrice. Il dépend du bonheur intime, lequel existe comme le malheur intime, d'autant plus providentiel et miraculeux qu'il est plus intime. Le jargon médical a récemment baptisé u lacunaires » ceux chez qui le domaine de l'amnésie est anormalement étendu. Quel qu'il soit, il ne Test jamais autant que celui de l'omission, chez les mieux doués, et de l'oubli chez les individus normaux. La mémoire est une faculté chiche, sinon avare. Les meilleurs écrivains, les plus riches en pensées, n'ont à leur disposition que quelques centaines de mots et de combinaisons intellectuelles et sentimentales. Ce qui est grand et vaste en eux, c'est la puissance
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d'évocation : de même que c'est la conjecture, non le spectacle, qui fait l'immensité sans bornes du ciel étoile.
Il est une forme d'oubli spéciale, qu'il serait impossible de déceler sans notre distinction préalable entre la mémoire personnelle et la mémoire héréditaire : c'est celle qui tient à l'interférence de deux rayons ou émanations semblables de ces deux mémoires. Je m'explique : violemment éprouvée par un de nos ascendants directs, une émotion a son siège, sa place, son segment dans la mémoire héréditaire, avec l'aptitude verbale correspondante. Le rythme rotatif de la mémoire héréditaire ramène périodiquement en nous cette émotion et cette aptitude verbale, de telle sorte qu'elle pourra coïncider avec une émotion du même ordre et de même qualité, sinon de même intensité, provoquée en nous par le spectacle de la vie. Si le soi (qui joue le rôle de soleil intérieur) est actif et vigilant, ces deux émotions se surajouteront et donneront un cri, un mot, ou un écrit d'une grande profondeur. Dans le cas contraire, elles s'interféreront, et le résultat sera Toubli presqu'immédiat. Cela s'observe notamment dans les cas où l'attention fixe et tendue, bien loin de réveiller un fait de mémoire, semble épaissir autour de soi les ténèbres. Car l'attention est la volonté de la mémoire, et l'application de cette volonté défaillante fait fuir le souvenir qu'on recherche.
Le repos est l'omission de gestes ; la parésie est l'oubli d'un geste ou d'un groupe de gestes et des
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mots correspondant à ce geste. La paralysie est Tamnésie d'un geste ou d'un groupe de gestes. L'aphasie, l'anarthrie sont des éclipses entre les hérédofigures, leurs segments verbaux, et le soi. Selon le segment sur lequel porte l'éclipsé, il y a cécité verbale, surdité verbale, ou agrapbie. Nous voici loin, conmie on le voit, de l'absurde conception matérialiste de Broca, même rectifiée par Charcot et son école.
Le regard, considéré non plus comme récepteur, mais comme émetteur, est une issue des images, intermédiaire entre le geste et le mot. Le monde extérieur se peint sur lui et il nous dépeint le monde intérieur, l'état d'âme, avec une éloquence qui va parfois. jusqu'à la précisioui Chez le tout jeune enfant, le regard, dans la frayeur, dans le désir, le reproche, la joie et la honte, signifie déjà des sen- 1 timents qui ne projettent pas encore leurs mots. Le regard terne, las, soupçonneux, des mélancoliques, permet de poser le diagnostic à distance. Il en va de même de celui de certains invertis, hommes ou femmes, chez qui une acuité trouble du regard, dans la région circumpupillaire, trahit un malaise indicible et sexuel. Il en est de même, avec une légère différence, dans l'intoxication chronique. La fausseté, la duplicité, le mensonge, l 'arrière-pensée se lisent aisément dans les yeux des hommes, plus malaisément dans ceux des femmes, accoutumées à feindre par l'état de demi-servitude. Enfin la mémoire héréditaire peut donner aux regards
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d'êtres jeunes une précocité qui s'allie avec la candeur, pour le plus étonnant des mélanges. On sait que cette disposition est celle du courage intellectuel intérieur, de celui qui consiste à ne pas craindre d'aller jusqu'au bout d'un raisonnement, d'une observation ou d'une hypothèse.
Les spécialisations de la mémoire, selon les personnes, correspondent à autant de spécialisations dans l'oubli. Celui-ci ne se rappelle plus les noms, ou les dates, ou les circonstances, ou les contours, ou les couleurs, ou les airs de musique. L'ingratitude n'est si répandue que parce qu'elle est une conséquence de l'oubli. La vraie rancune est rare, pour la même raison. Le plaisir physique, notamment celui de la possession, ne laisse que de faibles vestiges dans l'esprit, à moins que la mémoire n'en soit réveillée par la contrariété de la jalousie, auquel cas elle peut devenir presque, intolérable. Le sentiment de la honte est très persistant chez les jeunes gens, ainsi que celui de la gêne, et des circonstances où leur personnalité s'est trouvée amoindrie devant un tiers, surtout féminin. Il est d'observation courante que les actes excessifs, les circonstances tragiques ou critiques, laissent parfois une impression moins forte dans la mémoFre, et prêtant plus à l'oubli, que certains états mélancoliques ou intermédiair.es de l'émotion, dans des décors appropriés. L'oubli a une préférence pour le principal et ménage souvent le secondaire ou l'accessoire. De minimisi non carat. . .
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En général les abstractions s'oublient plus vite et plus complètement que les notions concrètes. Ce que nous traduirons, dans notre système, en disant que lescdnes d'ombre, projetés sur les segments, rejoints ou conjoints, d'hérédofigures différentes, ont plus d'amplitude et de mobilité que ceux projetés sur un seul segment d'une seule hérédofigure. .
L'oubli peut être contagieux et collectif. Le phénomène de l'oubli en commun, qui s'observe dans les réunions, les académies et les assemblées (votes de textes de loi contredisant des textes antérieurs, jugements rapides et inconséquents, etc..) a, quant aux sciences notamment, une importance considérable. Il fait que certains travaux originaux, ayant exercé une influence sur les conceptions d'une génération donnée, n'ont plus de prise mnémonique sur la génération suivante, laquelle vit ainsi, de confiance, sur une doctrine Jont les bases Itii échappent. D'où l'écroulement soudain de cette doctrine et de ses annexes, au milieu de la stupeur générale. C'est une des conséquences de l'oubli en commun. Il y en a d'autres, et l'on peut dire qu'en général les archives, dont la fonction théorique est de réveiller la mémoire, sont des conservatoires de l'oubli.
Surabondants en mémoire héréditaire, capables de réveiller la mémoire personnelle, à Taide de mots pénétrants et excessifs, les poètes sont les remèdes de l'oubli. C'est là leur fonction éminente, principale, et Ton peut admettre que, sans eux, certains sentiments humains, les plus délicats comme les
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plus forts, iraient s'amoindrissant et s'ételgDant. Les poètes ne sont pas des parures de luxe, dont pourrait se passer une nation. Ilà lui sont, sur cinq ou six générations, aussi indispensables que le pain ou que le feu. Ils la préservent d'une barbarie tonjours menaçante et dont l'oubli est le caractère dominant. Il n'y a pas une grande quantité de Français qui connaissent et goûtent Homère, Virgile, Corneille, Racine, La Fonlaine, Hugo, Lamartine, Beaudelaire ou Mistral ; mais cette élite préserve de Toubir et de la déshérence certaines émotions qui restent ainsi, par le prestige de l'instruction, accessibles à la masse et honorées, sinon pratiquées. Un peuple peut se passer d'électricité, d'automobiles, de grande industrie, comme il est vraisemblable que ces modalités de la vie courante tomberont, un jour ou l'autre, dans l'oubli collectif, par chute simple de mémoire, par lassitude, ou par remplacement. Un peuple ne peut se passer de générosité héroïque, sons peine de tomber dans l'abrutissement ou l'esclavage. Il ne peut se passer du sentiment de la mesure, sans céder aux farouches instincts toujours suicidaires. Flambeaux allumés sur des promontoires, les poètes préservent de cette amnésie ethnique, aussi redoutable que l'aphasie ethnique par la domination étrangère, qui est le signe de la déchéance. Ils ferment le cycle de la mémoire, depuis le momejit où elle a pris naissan(?e dans les profondeurs divines de l'espèce humaine, jusqu'au moment où elle transmet ses précieuses ,
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images, dans le récipient des mots et des rythmes.
Nous concevons ainsi qae les images, qui reviennent sans cesse dans les écrits des poètes supérieurs, sont, non point des fantaisies arbitraires ou éphémères, mais des présences au sein de Tesprit La mémoire est réellement un feu, ou, plus exactement, l'action d*un feu, le soi, sur les images héritées ou acquises. L'oubli est réellement une ombre, une inclusion de la mort dans Thomme. Je parle ici d'une réalité intelligible, plus forte qu'une réalité visible ou tangible. Si la vie a pu être définie Tensemble des forces qui résistent à la mort, la poésie peut l'être ainsi : l'ensemble des forces qui résistent à l'oubli. Il est plus sûr de graver sur les ftmes, à l'aide d'images, que sur l'airain. Contre la tendance générale de Thumanité au sommeil sans rêves, (sommeil dont l'oubli est le prélude), la poésie est une vigilance.
L'oubli et l'amnésie, comme la mémoire ellemême, ont des conséquences somatiques, fonctionnelles. Les travaux originaux du docteur Paul Sollier nous montrent, à l'origine des troubles musculaires et vaso-moteurs de l'hystérie et de Tépilepsie, de véritables endormements profonds de la personnalité, c'est-à-dire des enténèbrements de personi mages. Il est possible de guérir certains de ces malades, en déterminant, par un interrogatoire serré, ces points d'endormement ou d'ombre, et en ranimant, de façon progressive, leurs souvenirs éteints.
L'on peut se représenter la personnalité humaine
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comme une gravitation de sphères ancestrales (les personimages, la mémoire héréditaire) soumises au soleil du soi, qui tantôt éclaire certains segments de sphères (alors que d'autres sont plongés dans les •trois degrés de Tombre : omission, oubli, amnésie) tantôt éclaire certains groupes de sphères, ou de segments de sphères (abstractions). Ces sphères ancestrales ont chacune leur prolongement somatique en sphères, groupes de sphères et appareils circulaires organiques, qui constituent le corps humain. Le soi agit sur ces prolongements, comme il agît sur les sphères ancestrales. Il les gouverne librement, leur dispensant l'impulsion créatrice, la volonté et l'équilibre nécessaires à la vie et à la prolongation de la vie par la conception.
Il résulte de ce court exposé qu'il y aune mémoire des organes, comme il y a une mémoire mentale, et une omission, un oubli, une amnésie somatique et organique, comme il y a une omission, un oubli, une amnésie dans le domaine de l'entendement.
L'omission organique et fonctionnelle consiste en ceci que certains de nos tissus sont au repos, tandis que d'autres travaillent. L'exemple le plus immédiat en est celui des nombreux groupes musculaires, qui ne fonctionnent qu'à l'occasion de la marche, ou du saut, ou de la mastication, ou de la copulation, etc. L'oubli organique, ainsi que l'amnésie fonctionnelle, sont les causes premières de la plupart des maladies même microbiennes, en ce sens qu'ils laissent la porte ouverte à tous les agents