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SYNTHÈSE DE L*IMAGE

mergé par ces fantômes moraux -corporel s, qui se corroborent les uns par les autres. Une exostose, une hernie, un strabisme, une déformation ou une difformité congénitales signifient que, dans le moral, veille et agit une personimage adhésîve, qui peut céder la place à une autre (auquel cas les stigmates physiques disparaîtront), qui peut aussi s'installer à demeure, et nuire ou servir.

Si nous interrogeons la pathologie (grossissement caricatural de la physiologie) nous trouvons, dans l'hérédité syphilitique, pai fois sur trois ou quatre générations, un aiguillon morbide des i^etsonimages. J'ai insisté, dans Vllérédo, sur les magnifiques travaux d'Alfred Fournier, qui fut un des plus grands et perspicaces savants français, on ne saurait trop le redire. Son fils, mon ami et condisciple Edmond Fournier, a continué les recherches paternelles et il serait à souhaiter, si Edmond Fournier a un fils, que ce petit-fils du professeur Alfred Fournier prolongeât lui aussi son grand-père et son père. Nous aurions ainsi, grâce à ces trois Fournier, des observations de familles syphilitiques, poursuivies pendant un siècle environ. Ces observations d'hérédismes et de personimages héréditaires seraient d*un prix inestimable. Elles nous donneraient la clé de beaucoup de phénomènes anormaux et normaux, dont l'étude nous permettrait ensuite d'agir sur la volonté par l'imagination et sur l'organisme par la volonté. Car le remède aux maux les plus profonds de l'homme est dans

riionime, non dans les palliatifs chimiques ou les séruins. Ce qu'il nous faut maintenant, ce que le lemps appelle, c'est un Pasteur de rintrospection et de l'introaclion volontaire. J'écris ces livres pour faciliter, dans la mesure de mes moyens, sa xcenue, pour déblayer le terrain devant lui, pour dissiper la timidité et la routine, qui inhibent Tétude de l'esprit humain.

Organiquement, donc, le bacille de la syphilis, qui est pénétrant et explosif, contracte alliance avec le spermatozoïde, a Quel monstre est-c« — disait Montaigne — que cette goutte de semence » ... et je ne continue pas la citation. Mais quel double monstre, quand elle charrie, ladite goutte, cet autre explosif : le tréponèçie! La gravitation des personimages dans la personnalité du produit de la conception va en être complètement bouleversée. A la seconde génération, elle en sera encore troublée, et encore même à la troisième. ModiBée encore à la quatrième. Il faudja un siècle, et au delà, pour que le calme et l'harmonie de la double santé morale et physique reparaissent. Ce n'est certes pas une petite affaire. Le procès s'élargit davantage si l'on examine historiquement, et non plus familialement, si l'on considère les maux incalculables qui peuvent sortir d'une fournée de souverains, d'hommes d'Etat, de politiciens, de financiers,- de littérateurs, de chefs militaires spécialement « poivrés », comme on dit en salle de garde, et agissant sur leurs congénères. L'hérédo-

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syphilis est certaine et évidente chez Jean-Jacques Rousseau, par exemple, qui a imposé ses pcrsonimages redoutables à toute son époque, et déclenché ainsi, pour une bonne part, la Révolution française. Cette Révolution elle-même, qu'on nous dit avoir été l'œuvre du Tiers et des philosophes, l'a été plus encore des tréponèmes, fourmillant au milieu d'excès de toute sorte, suscitant les orateurs et les tribuns, lesquels suscitaient les massacreurs et les conquérants. Qu'est-ce que Bonaparte, je vous le demande, avec son pouls lent, ses attaques syncopales, son arithmomanie et ses brusques colères, sinon un hérédo syphilitique de premier choix et qui a mené, à travers l'Europe, la sarabande de ses personimages, maîtresses et dispensatrices de son génie dévastateur, juridique et militaire! Je m'arrête, pour ne pas recommencer, avec le spirochète pâle, le raisonnement excessif dit- « de la fistule de Louis XIV » dans Michclet. Mais, un jout, quelque historien médecin poursuivra les méfaits et la gloire de la redoutable spirille à travers les convulsions de la guerre, les renaissances et les décadences de ces grands corps que sont les peuples, et le monde en demeurera épouvanté.

Tuba mirum spargens soiiiim...

11 y aura ainsi plus d'un jugement clinique et bactériologique, avant le jugement dernier...

Parmi les conséquences de la syphilis, la* paralysie générale est, au point do vue qui nous

LB MO!(DB DtS lUÀQCS. 4

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occupe, la plus iniporlante. Elle nous montre, du début à la phase ullime du gâtisme, une suractivité et une mulliplicallon des personimages (délire des ^^randeurs), accompagnées et suivies d'effacements brusques et soudains (délire mélancolique), le tout accompagné d'ballucinalions véritables et d'une usure et décomposition dos supports nerveux, d'une fonte bacillaire des méninges et du cerveau. Encore une ibis, cette diathèse terrible ne crée rien ; elle détraque et grossit les phénomènes normaux. En les détraquant, en les grossissant, elle les décèle ou les signale.

La force et le nombre des personimages héréditaires causent l'orgueil et le nourrissent. La disparition, l'effacement de ces personimages créent la mélancolie et l'alimentent. L'èlre le plus sain connaît ces alternatives et soubresauts, ces hauts et ces bas.

Celui qui commande à beaucoup d'hommes conçoit de lui-même une haute idée, s'il n'est un prophète ou un saint. Celui qui sent vivre et frémir en lui un peuple d'images cherche à les imposer à autrui. Hors du cas divin et unique, il n'est apôtre que de soi-même. Parfois ces images se solidifient en marottes, qui sont des chimères arrêtées, obsédantes et dévastatrices de tout ce qu'elles ne peuvent absorber. Il y aurait un important ouvrage d'ensemble à écrire sur les (t marottiers », qui sont des doctrinaires d'innovations risquées, et s'attachent d'autant plus à leurs vaines conceptions qu'elles sont moins réalisables. Celui-ci a inventé un nouveau mode de scrutin, destiné à améliorer le

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système électoral. Celui-là détient un procédé physico-chimique, qui remplacera avantageusement la chaleur et l'électricité. Tel médecin considère que toutes les maladies dépendent de l'intestin, ou du nez, ou de la rate, tel autre qu'elles tiennent au vin et ^ l'alcool. J'ai vu laver des estomacs — opération inutile et dangereuse, — couper des amygdales et des ovaires sans raison, pendre des ataxiques par le menton. J'ai vu soumettre de malheureux malades à des régimes absurdes et débilitants, hydratés, végétariens, macaroniques, en vertu de théories fausses, de conceptions a priori et stupides. J'ai vu un grand homme comme Charcot soutenir mordicus une explication de l'hystérie et du somnambulisme qui ne tenait pas debout, uniquement parce qu'elle était de lui et qu'elle lui avait semblé commode à un moment donné. J'ai lu des ouvrages menteurs consacrés aux localisations cérébrales qui ne localisent rien du tout, aux problématiques neurones, à l'inexistant ralentissement de la nutrition. J'ai constaté, chez certains « marotliers », un entêtement susceptible d'aller jusqu'à la sauvagerie et au cannibalisme; car celui qui en tient pour une idée fausse, et qu'il pressent caduque, s'y attache désespérément, comme à un enfant condamné ou paralytique. Heureux encore quand le constructeur de marottes, placé sur le plus haut théâtre du monde, n'intervient pas dans les ajDfaires publiques, son tableau noir à la main, pour les compliquer et les pervertir!

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Un cas compliqu»^ est celui qui fait coexister, chez un mi^ine individu, le génie et la marotte. Il devient alors très malaisé de démêler le premier de la seconde, de faire la part du sot et de l'excellent, du dangereux et de l'utile. Je dirai, dans le langage qui nous est maintenant familier, que la plénitude et la domination du soi confèrent le génie, que l'obscurcissement du soi par les personimages et la domination de celles-ci provoquent le marottisme. Le philosophe, qui vient d'édifier une théorie séduisante, s'aperçoit tout à coup que cette théorie ne s'accorde pas avec tel fait d'expérience. Au lieu de modifier son point de vue, il va, par entêtement, nier le fait d'expérience, ou essayer de le dissimuler, à l'aide de toutes sortes de roueries intellectuelles^ comme le voleur fait du fruit de son larcin. Ce grand piège de l'obstination scientifique en dépit de tout est une conséquence des personimages. Car, encore une fois, il n'y a pas dans Tesprit humain d'idée détachée, suspendue dans le vide de l'espace et du temps. Toute conception fait partie d'une forme d'ensemble, qui est elle-même une forme hérédi. taire, un souple ou rigide r^annequin congénital, • installé dans notre chair et notre pensée, consubstantiel à l'une et à l'autre, dont les modifications retentissent sur nos tissus, comme sur notre espriti

Les marottiei-s sont très proches dos mythomanes ou, plus familièrement, des raconteurs d'histoires, qui embellissent et déforment la réalité, forgent, quelquefois de toutes pièces, des aventures surpre-

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nantds, compliquées. Ceci nous amène à considérer l'âge et le caraclère des personimages évoquées — le plus souvent par l'instinct génésique — et interposées dans le champ de la conscience. En eflfet, tous les enfants Sont mythomanes ; en dehoi^ des nécessités du mensonge ou de l'allération systématique, tous ont plus ou moins plaisir à inventer et énoncer des circonstances sans fondement réel. C'est donc soit la survivance de l'état d'esprit enfantin, soit l'évocation de personimages arrêtées au temps de Tenfance, qui provoquent ce penchant très fréquent. Si le véritable mythomane peut emprunter l'accent de la sincérité, au point de dérouter les plus sagaces, c'est parce qu'il parle par la bouche d'une personimage enfantine. On a remarqué d'ailleurs que le son de la voix, dans ces récits imaginaires, était altéré, comme s'il appartenait ù une personne différente, et souvent marqué de puérilisme. Des femmes de cinquante ans, en proie aux mythes et forgeries, s'expriment comme de toutes petites filles, et dégoisent leurs blagues en balbutiant et zézayant, avec des regards fixes de gosses effrayés, des menus gestes caractérisliques. Arrêtezles, interrogez- les, montrez-leur votre incrédulité, elles n'insisteront pas plus que des enfants.

Je connais un petit garçon (il avait sept ans à l'époque) d'une imagination normale, mais très développée. Revenant de sa première journée d'école, il déclara ceci : « Maman, le professeur no\Js a fait une leçon sur les serpents si belle qu'à la fin nous

nous sommes tons levés pour applaudir. » — « Ce n'est pis possible, tu inventes ça, » répondit la mère tranquillement. Alors le petit garçon fifr un (( ah » très posé, très comique aussi, qui avouait et constalail l'invention. Ainsi des mythomanes, quand une raison impérieuse ne les contraint pas à persévérer et s'obstiner dans leurs fables. En ce dernier cas, d'ailleurs, l'utilisation de la forgerie en mensonge fait intervenir, un élément nouveau, qui appelle des réflexions d'un autre ordre.

Ce que j'ai dit de Torgueil et de la fréquence, chez l'orgueilleux, des personimages, aide à comprendre la rapidité du chemin que font, à travers la société, certains ambitieux. Quelque chose de plus fort que l'instinct les conduit, comme par la main, à travers les obstacles divers accumulés devant l'homme entreprenant : ce quelque chose est l'adaptation constante de leurs personimages intérieures aux circonstances. Quand la hardiesse est nécessaire, ils évoquent en eux Tancêlre hardi. Quand c'est la prudence et la ruse, l'ancêtre prudent et rusé. Quand c'est l'éloquence, la persuasion, l'ancêtre disert et émouvant qui ne manque presque jamais à la lignée française. La violence bien appliquée — celle qui emporte tout -— ne les prend pas au dépourvu. Car il en est de la violence pour les individus comme pour les masses, ainsi que l'a démontré M. Georges Sorel, dans son beau livre Réflexions sur la violence. Elle a le grand avantage de fermer une situation pour on ouvrir une nouvelle et de

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renverser les termes d'un problèrae d'apparence insoluble, qui en devient aussitôt sol ubie. Le dilficile est de maintenir son taux, jusqu'à ce que la difficulté qu'elle veut trancher soit surmontée. On n'y parvient, l'ambitieux, le réformateur n'y parviennent, que par le secours continu de l'ascendance. Voir, à ce sujet, les mémoires du faux impétueux, ou, mieux, du profond calculateur de son impétuosité que fut Martin Luther... Rapiiint illad.,.

Il est bien connu des maîtres d'armes et des duellistes que celui qui l'emporte sur le terrain, à science égale, souvent même à science inégale, est celui qui a su déchaîner en soi la violence à point nommé, appeler à son aide une personimage animée par la colère. Chez un être au sang généreux, toute image d'offense réelle (c'est-à-dire à l'un des siens, que sa faiblesse met en infériorité) évoque aussitôt cette figure auxiliatrice, armée du glaive de feu et du bouclier de diamant. Dans les combats collectifs, il en est de même. Je me suis toujours représenté les ascendants des combattants présidant à la première bataille de la Marne, ren dant invincibles, puis victorieux leurs fils, petitsfils et petits-neveux. Le risque immense couru par le pays et profondément ressenti, une longue somme d'humiliations subies pendant près d'un demi-siècle, dépuis 1871, la rage de l'arrachement subit à la famille, à l'amour, au patelin, au labeur, tout cet ensemble accumulé déclencha, chez ceux de septembre 191 4» des légions de personimages guer-

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rières. Chez beaucoup, Timpression caractéristique de somnambulisme, dehors de soi-même ou mieux (( d'uQ aatre, au-dedans et au-dessus de soi » fut très vive. J'ai interrogé là-dessus, sans leur montrer où je voulais en venir, un grand nombre de jeunes gens, indemnes ou blessés. Tous me parlèrent d'un état singulier, entre ciel et terre, état moral qui avait été celui des sept fameuses journées, et qui permettait de supporter la chaleur, la fatigue et la soif, comme si un autre les subissait. Autre raison, celle-ci physique : on retraitait depuis Charleroi, Or la marche, rapide et cadencée, est éminemment favorable k l'évocation intérieure. Les Français se battirent avec leurs pères et leurs grand«-pères, reviviscents en eux au plein de leur vigueur et de leur ressentiment, et ce fut une raison du prodigieux succès, obtenu dans des conditions imprévisibles.

L'aide, « l'auxilium », d'apparence surnaturelle, mais au contraire intranaturel, apportés par la personiniage stable et agissant en notre lieu et place, peuvent être quelque chose de saisissant. J*ai souvent parlé en public, quelquefois dans des occasions délicates, notamment à la Haute- Couf de justice au mois de juillet 1918, où je déposais contre un ancien ministre, accusé par moi de haute trahison. Je devais, au\ termes de la loi, déposer sans papier ni note, de mémoire, on me retrouvant au milieu d'une multitude de faits, de noms et de dates. Le ministre, du nom de Malvy, était en face de moi ; une partie des sénateurs juges m'était hostile, ou

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était prévenue, contre moi par les articles de jour-* naux adverses. Or, à partir du moment où je me fus installé à la barre des témoins, je sentis très distinctement en moi une personimage, froidement lucide, qui prenait ma place et argumentait, portant peu à peu la conviction chez mes auditeurs, détruisant leurs préventions. Pendant ce temps, j'examinais Tassistance et je faisais diverses réflexions, je songeais à la guerre, aux miens, à ma femme, à mes trois petits enfants demeurés en Touraine, au journal et à mes collaborateurs, à des choses indifiérentes et futiles. Pendant environ trois heures, le brave ancêtre, sûrement méridional, qui était venu à mon aide de façon si opportune, me remplaça et (it ma besogne ; et, quand il eut flni, je redevins moi-même pour répondre aux questions précises du président et du procureur général. Le lendemain matin, pour la suite de ma déposition, pendant trois heures encore, la même personimage m'assista, utilisant à fond la connaissance qu'elle avait de l'affaire et de mon dossier. Je sortis de là sans aucune impression d'effort, ni de fatigue, ni de tension d'esprit. A la lecture de mon topo sténographié, qui formait soixante- douze pages, en petit texte, d'un volume à 3 fr. 5o, je constatai que je n'avais pas fait une seule erreur, ou plutôt que mon cher ascendant n'avait pas fait une seule erreur.

C'est dire que tous les faits d'automatisme, do vertige ambulatoire, de somnambulisme, de dédoublement ou de détriplement de la personnalité^ qui

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emplissent la littérature médicale et philosophique des cinquante dernières années, me semblent devoir s'expliquer facilement par Tintervention des personi mages héréditaires. Ce sont autant de grossissements du phénomèue courant et constant, qui consiste dans l'évocation, Tapparition, la persistance en nous d'uu ou de plusieurs ascendants, sous Tin- Ihienco d'une circonstance extérieure, d'un accideut, d'uu poison, d'une émotion vive, principalement d'une émotion sexuelle. L'acte d'imagination

10 plus humble, le plus banal, comme le plusrelevé et le plus rare, résulte de cette évocation que je considère (voir Vllérédo) ainsi qu'une sorte de gravitation intime. D'après cette vue, le monde intérieur ne se comporterait pas autrement que le monde extérieur, avec cette différence que la catégorie du temps y remplacerait celle de l'espace. Mais, alors que l'astronomie est une science exacte et déjà fort avancée, l'introspection balbutie encore. Cela s'explique par le fait que l'esprit doit y faire retour sur lui-même.

Le somnambule, le prétendu automate, l'ambulatoire, le dédoublé, etc.. c'est vous, c'est moi, c'est nous, à bien des moments de^notre existence. ,

11 s'agit de phénomènes banaux, qui ne deviennent exceptionnels que par un effacement presque complet du soi devant tel ou tel protagoniste du moi, que par une circonstance analogue à l'éclipsé. A esprit hanté, corps hanté. Quand un ascendant habite partiellement notre moral, il habite aussi

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partiellement notre organisme, ses gestes habituels sont mêlés à nos gestes, son accent à notre accent, et nos organes, invisibles ou peu visibles, se modèlent sournoisement à sa ressemblance.

Car le corps, il faut s'en rendre compte, est, ainsi que Tesprit, en perpétuel mouvement ; du point de vue héréditaire, qui est le nôtre, il constitue la pro longation, et comme la solidification, sans cesse transformée, de l'esprit. Mens agitât molem. Le développement de l'enfant en adolescent, puis en homme, puis en vieillard, c'est une multitude de pensées, c'est une multitude de formes héréditaires qui se développent, sous le gouvernement, bien entendu, du soi immortel et intransmissible. C'est un véritable système psycho-stellaire, d'une rapidité fulgurante, incalculable. Les mesures et repères nous manquent pour concevoir les vitesses infinies des bolides d'images à travers l'immensité humaine, comme pour calculer la force explosive de la cellule sexuelle qui propage la vie.

L'acte excessif qu'est le crime concerté, et le remords, avaient développé en lady Macbeth une personimage, à la voix changée, non plus altière et douce, mais soupirante, qui se frottait les mains, pour laver la tache ineffaçable. On sait le rôle des spectres dans Shakespeare. Ce grand homme était trop hanté lui-même par les figures héréditaires, dont il se délivrait dans ses drames, pour ne pas les avoir pressenties. Balzac, par contre, n'y fait aucune allusion. C'est qu'il était attentif à la projection

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romanesque, non à l'élabora lion menlale de son œuvre. Il est tourné vers le dehors, non vers le dedans, et son Louis Lambert lui-même est encore une affabulation. Quanta Seraphitus Serapkita^ c'est le délayage, en plusieurs chapitres, des insanités de Swedenborg. Rarissimes sont les écrivains qui ont ouvert ce que, faute de mieux, j'appellerai les yeux intérieurs, et qui se sont intéressés à l'immense fourmillement d'eux-mêmes, qui ont observé les mouvements et groupements de ces figures, émotives et intellectuelles, somatiques et organiques que sont les images. Eblouissant quant au dehors» Balzac est nuit quant au dedans; et, avec Balzac» Stendhal, Flaubert, combien d'autres 1 Quant à Renan, d'un art si nuancé, son inintelligence totale, quant à la substance même de l'esprit, n'a d'égale que sa prodigieuse intelligence quant aux produits de cet esprit. Le contraste en est effrayant. Par là il typifie le xix® siècle, qui demeurera le siècle des apparences et des faux semblants, dans tous les domaines.

Quelques-unes des remarquables leçons du mardi, données par Charcot à la Salpêtrière, ont trait au vertige ambulatoire. Il appelait ainsi, d'un terme inexact, l'état second d'un individu, qui part de Paris sans s'en douter, prend son billet, va en Bretagne, et se réveille à Brest, sur un pont, à la façon d'un somnambule désengourdi. Cet accident est le résultat de l'implétion quasi totale de la personnalité par une seule et même personimage, sauf

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une frange du soi extrêmement ténue, qui préside aux fonctions normales et naturelles de l'existence. Il arrive qu'en cours de route la personimage domi nante et dominatrice le cède à une autre personimage, qui prend une direction contraire, ou entre dans un ordre de mouvements et de préoccupations diflfcrent. La responsabilité peut être ici extrêmement atténuée. Elle n'est jamais complètement abolie, et la notion du licite et de l'illicite persiste à travers les figures intérieures, comme cela se remarque en lady Macbeth. Mais, s'il est vrai que l'arrivée d'une personimage, ou sa substitution à une autre, peuvent provoquer une sensation éphémère de ver tige, le vertige n'est nullement à Torigine de ce trouble.

L'opîomanie, la cocaïnomânie et, en général, les intoxications chroniques favorisent renvahissemenl de la conscience par les images et silhouettes héréditaires. A.insi ces manies peuvent venir en aide à l'introspection. Je rappelle ici, pour mémoire, les travaux classiques de Zambaco, de Sollicr, d'Erlenmeyer et de Jennings, concernant les poisons de l'intelligence et de la volonté. Il en est de même des habitudes vicieuses solitaires, de l'inversion et de la perversion sexuelles, pour le domaine de ce que j'appelle Taliénation morale de ce qu'ont étudié les Kraft Ebing, les Nystrom, les Havelock Ellis.

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