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CHAPITRE

LK DEREGLEMENT DES PERSONIMAGES

Diverses influences, venues du dehors sous forme de poisons, ou dérivant de l'instinct génésique (qui semble être, en nous, une inclusion élémentaire et plastique du feu, comme le sang une inclusion élémentaire de l'eau), dérèglent, au dedans de nous, les personimages.

Les poisons, dont le plus et le mieux connu est l'opium, sous toutes ses formes, commencent en général par activer et faire foisonner ces figures intérieures. C'est la période euphorique, où Teuphorie et la sensation de vigueur intellectuelle tiennent précisément à la multiplicité des évocations héréditaires. Le concours empressé des auxiliaires intérieurs fait que tout travail. nous semble facile, et comme accompli, pour nous, par un hôte ou plusieurs hôtes mystérieux. Mais, assez rapidement, l'état euphorique cède à son contraire, à la mélancolie, à la fatigue cérébrale, à Tangoisse, au tœdium

LE DÉRÈGLEMENT DES PKHSONIM AGE8. ti3

vitœ. Les persoaiiiiages se ralentissent, elles de viennent imprécises et vagues, elles s'embrouillent, se confondent, se contredisent, imienant en nous un Iroume profond. Une impression de foule incohérente, de dispute interne, succède à l'impression d'harmonie et de sécurité. Comme chaque fois que le taux de la vie diminue et que le soi restreint son contrôle, la propension au vol, au mensonge, aux combinaisons malsaines et criminelles peut se dessiner de plus en plus, avec une intensité qui varie selon le poison et la dose du poison absorbé.

La morphine rend sournois et menteur; l'alcool, la cocaïne, l'absinthe rendent persécuté et furieux. Je renvoie aux traités spéciaux, me contentant d'étudier ici l'influence de ces substances dangereuses sur les personimages héréditaires, au moral et au physique.

L'action de la morphine et de la cocaïne, par la voie sous-cutanée, est très rapide. La première procure une activité intellectuelle intense, la seconde une délicieuse fraîcheur. L'effort de ces substances porte immédiatement et à la fois sur les grands récepteurs et transformateurs nerveux des figures héréditaires ; le Cerveau et le grand sympathique. Elles les bombardent de parcelles infinitésimales, ayant elles-mêmes des affinités avec nos images internes, intellectuelles et organiques. C'est alors, devant la conscience, une pluie d'aspirations vagues, de souvenirs, d'états d'esprit, d'aperçus de caractère et de tempérament, bref d'hérédismes détachés

^^'i Lr: MONDE DES IMAGES.

du moi, de mots correspondants k ces hérédismes, le tout baigné d'une satisfaction profonde, accompagne d'une chaleur douce et de fourmillements, de mouvements de déglutition voluptueux et d'excitcitions sensuelles encore plus directes. D'oii la propension à intensifier l'amour h l'aide des piqûres de morphine, de cocaïne, d'ingestion d'alcool, qui se remarque chez de nombreux débauchés. D'une façon générale, ces poisons stimulants altèrent profondément la personnalité, par l'altération progressive des psrsonimages. Ils rompent la gravitation des images, des signes d'images et des signes de signes d'images, ils décoordonnent le rouleau (aux mille rouages complexes et délicats) de la pensée et de la volonté.

Puis, si la manie dure, à la richesse exubérante el incoordonnée succèdent la pauvreté, le ralentissement, la permanence de certaines figures, c'està-dire l'hallucination et l'obsession. Le champ éclairé de la conscience est encombré de quelques fantômes grimaçants, décourageants ou terribles, dont il devient impossible de se délivrer, sauf pendant l'afflux, de plus en plus pressé et exigeant, d'une dose nouvelle de toxique. Il est infiniment rare que le mal ne s'accélère pas ainsi diaboliquement, emprisonnant l'esprit et le corps de sa victime dans un rêve de plus en plus limité et redoutable. Le 50/, bien entendu, n'est pas détruit, mais il n'a presque plus de prise sur le moi, dont les éléments raréfiés tournent et se heurtent en tous

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