LE DÉRÈGLEMENT DES PEKSON IMAGES
ftètiS, proroquant les troubles les plus^ivers. On connaît de sinîsttes exemples d'amoindrissement, de destruction de beauï génies par le poison chronique î Un Quincey, \in Baudelaire, un Edgar Poë, uii Gférard de Nerval. Malheureusement, les études que leur ont consacrées des dames protestantes, ou dès carabins effervescents, manquent d'envergure et dt coiîipréhension. Elles ont embrouillé le problème, par l'intervention de considérations morales secondaires où étrangères, au lieu de le simplifier, et ajouté ainsi rittcompréhension au romantisme.
Edgar Poë, par ejcemple, semble avoir été un des poètes et écrivains les mieux doués Ici-bas, pour la puissance et la hiérarchie souple des personimages. Son œUvré lyrique, narrative, philosophique, est comme un ballet bien réglé, parcouru par ces grandes ondes mélancoliques qui accompagnent les templacettlôntS de figures héréditaires les unes par les autres, avec leurs atmosphères alternées de joie et de peine. La dite mélancolie étant un liséré entre la volupté et la douleur, une sorte d'oscillation continuelle, de balancement entre le regret du plaisir enfui et l'apptéhension de la souffrance qui vient. Poë a profondément senti et subi ses personimages, ainsi qu'il appert de la pièce le Corbeau^ o\\ la nostalgie atteint à un paroxysme presque gustalif, et de cet autre poème, Ulalume, tout embué des brumes de l'automne, jointes à Celles de l'introspection.
Toi qu'en lui-mérnc eiiKii 1 cleiiiitc le change!
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a dit de lui le subtil Mallarmé. Rien de plus exact. IjC soi d'Edgar Poë a été recouvert, obstrué par un dérèglement d'images héréditaires, dû à 1 alcool, qui ont fini par dilacérer et . écharpiller son beau génie. 11 en est de même pour Nerval, écrivain délicieux, rêveur aigu, chez qui, sous l'influence maligne de l'alcool et, sans doute aussi; de Thérédosyphilis (mais la plupart des intoxiqués ne sontils pas des hérédosyphilitiques?) les filles du feu deviennent lamentablement des filles du tréponème et de la bouteille. Lisez, à ce point de vue, Anyéliqae ou le Rêve et la vie, et vous y trouverez une remarquable superposition de quelques aperçus du dehors, de plus en plus rares et ténus, et d'une imagerie intérieure en pleine décomposition. C'est l'état hallucinatoire type, c'est-à-dire où le dérèglement du rythme intérieur, qui gouverne la succession des personimages, ne permet plus au soi de disti'nguer celles-ci des personnes extérieures, réelles, que nous coudoyons. L'être sain, lui aussi, est parcouru de figures, hallucinatoires, mais sa raison ne lui permet pas de les confondre avec les visages des passants, ou de ses amis. L'alcool, l'opium, la cocaïne jettent un voile entre la raison et l'imagerie intérieure, de telle façon que celle-ci se substitue au monde extérieur. La hantise prend la place de la vie. L'équilibre entre la fantasmagorie intime et le spectacle du monde est rompu au bénéfice de la première, qui, après un enrichissement éphémère, s'appauvrit.