LE DÉRÈGLEMENT DES PERSONIM AGES
Voici un exemple singulier, et qui éclaire un -point demeuré obscur dans les traités spéciaux : J*ai connu un cocaïnomane, sédentaire, fils d'explorateur, qui, vers l'extrémité de sa déchéance, parvenu au stade hallucinatoire, voyait à ses côtés un tigre, toujours le m|me, dans une forêt qu'il décrivait avec pittoresque. Or, il était âgé de trois ans quand il avait perdu son père, et jamais sa mcre ne l'avait entretenu (ajoutait-il à ses moments lucides) de ces explorations, qu'elle avait toujours eues en horreur. 11 semble donc bien qu'il s'agissait, en ce cas, d'une personimage paternelle arrêtée et fixée par le poison, jusqu'à devenir une obsession. J'ai cité ce cas dans La Lutte, écrite en 1907, alors que je n'avais pas encore mis au point mes études sur la reviviscence en nous des grandes figures héréditaires, et sur leur morcellement en fragments d'images, ou en images d'images, c'est-à-dire en mots.
Une des filles du pasteur Brouté, Emily, a écrit un livre, Les Hauteurs battues paj* le vent, où la biographie psychologique de son frère alcoolique, et en proie aux hallucinations violentes, tient une grande place. C'est un ouvrage significatif, en ce sens que l'auteur lui-même témoigne d'une connaissance, en quelque façon congénitale, des abîmes du cœur humain. Cette vierge décrit la passion sensuelle avec une ardeur et une acuité inégalées. Les Witheriny hights constituent un étonnant témoignage d'hérédo, quant au dérèglement toxique des figures intérieures.
Je considère le delirium tremeû8> où les personimages acquièrent brusquement une force eiplosive, comme une greffe de TintOilcation alcoolique sur l'hérédosyphilis. Car il est bien évident que celte dernière ouvre largement là porte âUx manies, phobies et philies de toute sorte, notatnment à l'usage chronique des poisons mentaux et moraux.
Nous voici amenés à étudiôr, quant aux personimages et à leur dérèglement — allant jusqu'à l'aberration totale — ce que j*ai appelé ràliënatidn morale, dont le degré le plus modeste est Ift vicô solitaire et le plus haut la psychopâthie sexuelle, OU inversion. Les lignes qui vont suivte s'adfôssent aux psychologues, aux médecins et aussi aut malheureuses victimes de Ces maux encote ttial étudiés, mal analysés et mal connus. Le rertiède ért est dans la volonté, mais dans la volonté longtemps poursuivie et surtout, surtout, bien appliquée.
Un mal qui répand la terreur,., ainsi définirai-jô. le vice solitaire, fréquent dans Tenfance, très fréquent dans l'adolescence, et prolongé parfois jusque dans la maturité. On peut dire de lui qu'il est la source de tous les troubles Séxiiéls, qui plU6 tard dévieront et désoleront l'existence et feront, de leurs prisonniers, autant de parias anxieux et d'incoordonnés du sens moral. Il n'est personne de plus Sage, de plus raisonné, de plus perspicace que l'enfant entre cinq et dix ans. Cet âge est un des principaux moments de Tètre humain, par l'équilibre et l'harmonie des persônimâgea qui président
LE DÉRÈiQl^SMBNT Pi:S PERSONIH AGES. 69
k lA formation iptolleotuoHe, et le grand Pie X avait VU juste en y rétablissant le sacrement de la première eom^nunion. Je auis père de famille. J'aime profondément les tout jeunaa enfants, je les connais bien et jo les obaerve avec sollicitude, à la lumière de mea connaissances médicales et psycho^ logiques. De quatre et cinq ans h dix et douie ans, la foi domine et remporte sur le moi, La person^ nalité nouvelle se cherche et se trouve en gouvernant librement les images ancestrales. û où cette impression d'invention perpétuelle, de génie, qu't)nt notée tous lea observateurs. Chez les enfants à propension littéraire et artistique, un certain stylo apparaît déjà, avec ses caractéristiques et ses nuances, son imprévu, sa ductilité, pour s'effacer et disparattre ensuite dans Tige ingrat de la puberté. Cet ftge ingrat, est dominé par l'instinct génésique, sorte de feu propagateur de la race, héréditairement transmis, et qui vit, s'alimente et prospère par le développement des personimages. En effet, il les décoordonne, les enfle, les brise, les éparpille en une foule de sensations et do tableaux obscurs, aboutissant à une u aura ». De douze à dix^huit et vingt ans, l'âtre humain vit, selon la puissance de ce feu, dans l'aura sexuelle, sensuelle ou sensible. Gela se voit surtout chez les garçons et, è un moindre degré, chez les filles. L'hermaphrodisme, incomplet ou complet^ résulte de la coexistence, pendant la conception et la grossesse, de deux personimages de sexe différent, dominant
à la fois l'esprit et l'organisme ; puisque nous avons montré que la personimage est à la fois intellectuelle, morale et corporelle, et pousse ses prolongements dans tous les domaines.
Le vice solitaire (sur l'importance capitale duquel Tattenlion des médecins n'est attirée que depuis peu) part d'une représentation mentale, qui est ellemême liée à une personimage, pour aboutir, par l'assouvissement de l'instinct génésique, soit au gonflement et à Téparpillement, soit à la fixation de cette personimag^e. Le grand Charcot avait bien raison de dire que ce qu'il y a de redoutable dans ce ¥ice, ce n'est point la perte de substance essentielle qui en résulte, et qui est d'ailleurs une cause d'anémie, mais bien l'excitation et l'irritation imaginatives. Toutefois l'illustre clinicien ignorait le mécanisme de cette excitation, et considérait encore les images comme une succession arbitraire de tableaux variés, dépendant de l'association d'idées. Il n'avait pas eu la conception des figures ancestrales, soumises à des lois analogues à celles de la gravitation, que j'expose dans ce livre et dans VHérédOi et que je crois devoir mener, par étapes, à la guérison de toutes les maladies mentales et nerveuses, grâce à l'exercice gradué de la volonté.
Le gonflement et l'éparpillement de certaines images par l'instinct génésique amène, dans l'organisme, des troubles réflexes, d'une importance et d'une ténacité variables. La fixation d'une ou de plusieurs personîmages par le vice solitaire con-