‹ Le monde des prisonsChapitre 102 sur 171 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Après réflexion, J... décida qu'il ne partirait pas pour le Canada. J'en prévins aussitôt mon confrère de P...

Le temps de la libération de J... était proche. Ses dispositions paraissaient toujours excellentes, j'écrivis de nouveau à l'abbé... de vouloir bien intercéder en sa faveur auprès de sa sœur. Quelques jours après, sa sœur m'écrivait la lettre suivante :

« P..., le 21 mai 188..

« Monsieur l'abbé,

« Connaissant votre bonté pourmon frère, je prends la respectueuse liberté de m'adresser à vous, espérant que vous voudrez bien vous charger de faire parvenir à mon frère la somme de 150 fr. que j'ai versée à la poste aujourd'hui. Merci mille fois de toutes vos bontés pour mon frère, monsieur l'abbé.

« Je suis votre très humble servante.

Je remis à mon auxiliaire cette somme et des vêtements la veille du jour où il quittait la prison, et je lui fis promettre de m'écrire dès qu'il aurait trouvé une place.

Il y avait juste dix jours qu'il avait quitté la Grande- Roquette, lorsqu'un homme de mauvaise mine se présente chez moi.

« — Monsieur l'aumônier? demande-t-il au concierge.

« — Il est sorti.

« — Comment sorti? C'est l'heure de son déjeuner, il va rentrer?

« — Je l'ignore.

« — Remettez-lui cette lettre; je reviendrai chercher la réponse tantôt. »

« Paris, le 17 juin 188..

« Monsieur l'aumônier,

a Connaissant votre bonté, je viens faire appel à votre clémence, et vous faire connaître l'état de ma situation, qui est en ce moment bien critique.

« Je suis toujours sans travail, je me suis présenté partout : compagnies des voitures., marchands de chevaux, hôtels, cafés. Dans tous ces endroits, mes démarches ont été vaines ; je ne me serais jamais figuré qu'il existât une si grande misère.

« Hélas! que vais-je devenir?

« Me voilà aujourd'hui même à bout de ressources, monsieur l'aumônier, je viens humblement vous supplier de vouloir bien me faire une avance de 20 francs que je vous ferai rembourser par mes parents d'ici huit jours ; vous seriez réellement charitable de me rendre ce service aujourd'hui. Vous n'avez qu'à les déposer chez votre concierge, je passerai les prendre dans la journée.

« Il m'est impossible de vous donner mon adresse : je suis congédié ce matin de mon logement.

« Pardonnez-moi mon audace et mon importunité, mais soyez assuré, monsieur l'abbé, que je vous rem

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