‹ Le monde des prisonsChapitre 104 sur 171 · DEUXIÈME PARTIE ffl · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE ffl

Je fis appeler J. L...

C'était un homme jeune encore, bien découplé, à la figure expressive, ouverte, intelligente, se présentant convenablement. Rien qu'à sa manière de saluer je vis que je n'avais pas affaire à un détenu vulgaire. Il appartenait, en effet, à une très honnête famille de la Vendée, qui l'avait fait élever dans un collège ecclésiastique, où il avait brillamment terminé ses études. Il était resté pendant quelques années auprès de ses parents, avec lesquels il vivait à Taise, en gentilhomme campagnard. Jeune encore il fit un mariage d'amour. Ce mariage fut pour lui une déception. Il quitta la Vendée et se mit à courir le monde. Paris l'attirait, il voulut y faire figure. Il était sans ressources. Il se fît escroc. Quand je le vis, il purgeait sa troisième condamnation. En me quittant, il me pria de le faire appeler de temps en temps. Il sentait que cela lui ferait du bien.

Le 26 février, il m'écrivait :

« Paris, 26 février.

, « Monsieur l'aumônier,

« ... Vous seriez fort aimable de me faire appeler. Je suis légèrement indisposé et serai peut-être sorti de l'infirmerie lors de votre prochaine visite. Je vous remercie d'avance de votre amabilité et vous prie de recevoir mes excuses pour le dérangement que je vous occasionne et l'assurance de mon profond respect.

L... me conta combien il souffrait à la Grande- Roquette, m'édifia sur certains détails intérieurs de la prison et acheva de m'attacher à lui par la confiance qu'il me témoignait. Je lui offris de lui prêter quelques livres, entre autres Chateaubriand, et l'engageai à écrire ses impressions.

Quelques jours après, il m'adressait le billet suivant :

« Monsieur * l'aumônier,

« Vous avez été si bon pour moi, en me proposant de me prêter ces quelques livres, qui mieux que tout autre chose adouciront les rigueurs de ma détention, que je me risque à vous demander un nouveau service dont j'ai complètement oublié de vous parler. Je vous prierais de me procurer une demi-main ou une main de papier écolier. On ne nous vend à la cantine que du papier ministre à raison de 0,02 la feuille et mes pauvres finances sont épouvantées de cette formidable dépense.

« J'ose espérer que vous voudrez bien me rendre ce service et suis vraiment confus de mon importunité.

« Votre très humble... »

Je fus pendant quelques jours sans revoir J. L... Il s'était fait mettre au cachot.

Le sous-brigadier l'avait pris en haine... J. L. avait plus d'esprit qu'il ne convient d'en avoir à la Roquette. Comme il était assez mauvais ouvrier, il était facile de le prendre en faute. 11 alla donc passer quatrejours au pain et à l'eau dans les in-pace

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