‹ Le monde des prisonsChapitre 109 sur 171 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

près de vou» me donnaient du courage pour supporter mon malheur.

« Mais assez causé de moi. Parlons de Poissy.

« Réveil à cinq heures et demie. Travail. Déjeuner à neuf heures. Promenade. Travail. — Dtner. Promenade. Travail. Coucher.

« Vous allez peut-être sourire en lisant : déjeûner et dîner. C'est pourtant le mot propre. La cantine nous permet d'ajouter à l'ordinaire de la maison : ragoûts, lait, salade, pomme, et le tout constitue un repas que plus d'un ouvrier envierait dans Paris.

a Le dimanche, messe en musique. Conférence.

Musique sur le préau. Bains. 11 ne nous manque que Je café et le tabac.

« Je vous serais reconnaissant de me donner dans votre bonne réponse — bien longue, n'est-ce pas? — les renseignements suivants :

« 1° Le Havre est-il ville de résidence pour les gens en surveillance?

« 2° Au cas où il ne le serait pas, comment faire pour obtenir l'autorisation d'y résider?

* 3° J'ai presque envie pour le mois de juillet de faire un recours en grâce pour obtenir la radiation de ma surveillance.

« 4° Aurai-je quelque chance de réussite? Inutile que j'encombre de ma prose les bureaux du ministère.

« Gomment avoir des nouvelles de mon fils sans que ma femme le sache? »

« Maison centrale de Poissy, le 7 décembre 188..

« Monsieur l'aumônier,

« Imaginez- vous que vous venez de m 'envoyer chercher; installez-vous dans votre grand fauteuil de mir. Attendez, on frappe, j'entre.

« — Bonjour, monsieur l'aumônier.

« — Ah! vous voilà, sauvage (ter).

« Bien, une tape ou deux sur l'épaule. Une bonne poignée de main. Asseyons-nous, causons.

« Je profite de l'occasion pour vouV faire part de mes souhaits de nouvelle année.

« Que peut-on souhaiter à un aumônier de la Roquette? Pas d'exécution et le moins possible de visages de connaissances! C'est fait. J'espère que votre santé est bonne et je ne vous demande même pas de ses nouvelles.

« Je vivote comme je peux à Poissy, près d'un vieux maître d'école de campagne qui adore naïvement la poésie et me dit d'un ton convaincu :

« — Si j'avais su faire des vers, je crois que j'aurais fait un bon poète ». Et de rire!

« Je mange comme quatre, je dors comme six, je travaille comme huit et j'ai fait une charmante petite bleuette sous ce titre : Amours d'une rose et d'un détenu.

« La voulez-vous?

« Ah! si vous pouviez m'envoyer Musset! »

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