DEUXIEME PARTIE
« Maison centrale de Poissv, 21 décembre 188..
« Monsieur l'aumônier,
« Vous remercier de votre bonne lettre? Je ne puis trouver d'expressions assez vives pour vous exprimer mon plaisir. Mais que me demandez-vous? Des nouvelles de Poissy? Trouver dix sujets pouvant servir à développer ma thèse? Hélas! mille anecdotes, mais à peine deux ou trois sujets capables d'intéresser le lecteur.
« La Roquette est beaucoup plus riche sous ce rapport. Mais il y a une manière d'arranger les choses. Je la choisis, sauf votre avis. Un titre vous peindra bien la chose. Que dites-vous de « Gavroche à la recherche du meilleur système pénitentiaire*! » Voyezvous mon héros? Une réunion d'antithèses. Un prix Montyon sur le point de partir à la Nouvelle-Calédonie. Gavroche, quoil
« Après avoir fait les plus étonnantes cascades, un matin, mon bonhomme se réveille fort ennuyé. Il songe au passé, entrevoit l'avenir; mais s ecrie-t-il, je ne suis qu'un gredin... J'ai rompu en visière avec la société... etc.. etc.. Je ne veux pas que cela se continue. Gela ne continuera pas. Je redeviens honnête homme. Enthousiasme bientôt calmé par un regard sur le présent. Gavroche est en prison ! Dix mois à faire! Bah! l'autorité supérieure m'aidera...
« Démarches pressantes. Le ministre permet à Gavroche de choisir la prison où il pense recevoir les plus salutaires impressions et d'y terminer sa peine*
Gavroche se p omêne de maison d'arrêt en maison d'arrêt, visile ;s prisons de la Seine, examine, critique, cherchant à poursuivre son but. Partout l'aulorité inférieure contrecarrant l'autorité supérieure entrave le bon-vouloir de celle-ci. Nulle part, le moindre appui. Gavroche sort de prison. Sa lutte dans la société, ses déboires, La tentation arrive, il succombe. Deux ans n ï centrale! Pauvre
Gavroche! A peine lu jà le repentir. Ga-
vroche provincial dom ne parisien. Nouvel
essai de relèvement. Ni— -narches. De même
que les maisons d'arrêt, I ions centrales s'ou-
vrent devant le malheure.. ispéré. Partout, la
même inertie détruisant le luloir de l'autorité.
Les codétenus de Gavroche nêlent de la partie. Nouveau désespoir! Que faire':
« Gavroche expose un système basé sur cette thèse : Les prisons sont des hôpitaux où l'on traite les affections morales. Eviter les maladies par l'instruction au dehors, au dedans par le dévouement. Le jour où le détenu aura conscience de sa chute, il voudra se relever. C'est la loi naturelle. L'instinct de conservation. »
■ Maison centrale de Poissy, 4 janvier 188..
« Mon bon père, « Comment vous dire autrement? N'avez-vons pas, comme mon père l'aurait fait, excusé toutes mes erreurs, pardonné toutes mes fautes? Mon bon père, c'est avec un sentiment de tristesse inexprimable que j'ipprends votre départ de la Roquette. Que devien-