‹ Le monde des prisonsChapitre 11 sur 171 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

chand s'est aperçu que je ne lui ai pas laissé la pièce de 20 francs, il sort précipitamment de sa boutique et regarde de tous côtés pour découvrir de quel côté nous avons filé.

« En nous voyant ; il est sur le point de crier : « Au voleur!»

« Je lui fais signe aussitôt*

« — Ah! monsieur, que je lui dis, j'ai oublié de vous laisser ma pièce de 20 francs. Faut-il être distrait ! Je m'en suis heureusement aperçu à temps, et je vous la rapportais.

« Et je lui donne la pièce. Il me fait mille gentillesses, mais le truc est éventé.

« Si au contraire, en repassant devant la hou tique, je vois que le marchand ne bouge pas, c'est qu'il ne s'est aperçu de rien. Le camarade et moi nous nous en allons tranquillement recommencer plus loin* Dame! faut du sang-frôid, monsieur. Et v'ià douze ans que je fais ça et je n'ai été pincé qu'une fois ! Si ma femme ne m'avait pas fait filer, ça ne serait pas arrivé. Mais je l'attends à ma sortie, et, je vous le promets, vous entendrez parler de moi....»

Quelques années auparavant, Maillot dit le Jaune, tenait un langage identique.

En 1841, encore enfant, il avait été condamné pour vagabondage et mendicité. Lorsqu'il parut en police correctionnelle, il s'était déjà lié au Dépôt avec des voleurs qui lui apprirent à ne plus mendier et à faire le barbot.

Faire le barbot, fut son rêve depuis le jour où il entra à la Petite-Roquette. En 1846, lorsqu'il en sor-

tit, il fut rejoint par ses compagnons qui l'attendaient pour l'embaucher et lui inspirer ses exploits. De 1846 jusqu'en 1852, il ne cessa de se livrer au vol, son unique métier, sans souci, sans remords, parce que c'était le seul moyen qu'il possédait, disait-il, « pour gagner son pain et mener joyeuse vie. »

« — Du reste, répétait-il souvent à la Grande-Roquette, le métier de grinche ne m'a jamais déplu. J'avais la main leste. J'avais la besogne toute mâchée. Lorsque j'étais pris, la prison que je subissais n'était qu'une occasion de méditer un nouveau coup. A ma sortie, je trouvais toujours des camarades prêts à travailler avec moi. Les vols bien faits se méditent en prison. Les prisonniers se connaissent tous. Une fois en liberté, ils savent où se retrouver et se reconnaître.

« — Que voulez-vous, disait-il une autre fois, depuis l'âge de sept ans, je me suis trouvé sur le pavé de Paris. Enfant, j'ai été abandonné au hasard. Ma vie s'est passée dans les prisons et dans les bagnes. Et vous savez que là on ne s'appartient plus. C'est une fatalité !

« — Je suis de l'herbe des prisons! disait-il encore. Dès mon enfance, j'étais destiné à « faire le barbot ». Je n'ai pas eu d'autre école que la prison. »

M. Raspail qui a observé à Sainte-Pélagie, avant qu'ils ne fussent transférés à la Petite-Roquette, les penchants mauvais de ces petits prédestinés au métier de voleurs, a raconté ainsi leurs heures de récréation :

«... Lorsque nous sommes entrés à Sainte-Pélagie, ces petits mômes dont grouillait notre basse cour,

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