‹ Le monde des prisonsChapitre 114 sur 171 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

« Mon cher Monsieur,

« Je ne sais pas par où commencer. Allons droit au but. Je suis à l'Asile d'aliénés de Sainte-Anne de puis le dernier!

« Que s'est-il passé ?

« A l'isolement depuis le mois de mai, le cerveau s'est encombré faute d'épanchement, et le 12 ou 13 septembre, on était déjà obligé de me soigner à l'infirmerie de Poissy. Le 19 je sortais non guéri.

« Désorienté et voulant travailler, ne trouvant pas de travail et n'osant voir mes anciennes connaissances, ne recevant de nouvelles ni de ma femme, ni de mon enfant, j'ai perdu la tête.

« Je ne vous raconterai pas toutes les baroques idées dont j'étais assailli. Je vous dirai simplement

qu'après avoir erré dans Paris du ... au , après

avoir distribué aux pauvres l'argent de la honte gagné à Poissy, j'ai cru qu'il m'était impossible de conserver les vêtements avec lesquels, etc et sur la

place du Parvis-Notre-Dame, voulant faire amende honorable, je me suis déshabillé et ai déchiré ces vêtements.

« Vous vous figurez la chose. La police accourt, on me mène au poste, puis à l'infirmerie du Dépôt, puis à l'asile Sainte-Anne, où je suis encore, quoique rétabli.

« Je n'ai pas un maravédis et mon habillement se

compose d'une chemise et d'une paire de chaussettes.

« Il me faut de l'argent si je ne veux pas être

encore désorienté à ma sortie de Sainte-Anne. Je ré-

ponds de l'avenir. Je ne pécherai plus, dussé-je mourir de faim.

« J'attends avec impatience votre bonne réponse. Je l'attends avec d'autant plus d'anxiété, que je suis complètement seul, complètement abandonné.

« Dans trois ans, j'irai reprendre mon fils à sa mè re . Si sa mère veut le suivre, je lui pardonne d'avance. .Dieu m'aidera.

« Je reviendrai plus tard sur ma folie. Nous en parlerons à tête reposée. A part mes idées baroques, il y en a d'autres qui veulent être mises à exécution. Seulement il me faut vos avis.

« J'ai eu des visions. Que sais-je? Je ne puis vous en parler maintenant. Le rêve est trop beau. Je crains de retomber malade.

« J'ose espérer une réponse immédiate. Vous me la devez, parce que vous êtes bon ; parce que, prêtre, vous devez avoir pitié de ceux qui souffrent ; parce que vous m'avez dit, dans une de vos lettres : « Vos lettres, pauvre prodigue, seront toujours les bienvenues » ; parce que vous m'avez dit que j'étais « faible à l'excès, impressionnable, nerveux » ; parce que je souffre, parce que j'ai confiance en vous et que je vous aime de tout mon cœur.

« Excusez ma respectueuse familiarité et croyez à mon affectueux dévouaient.

« Asile Sainte-Anne. »

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