CHAPITRE VI
A qui la faute? — La « pourriture » de prison. — La maison « hospitalière» d'Aversa. — Le Fou par force. — Pulcinella et Scaramouche. — Le bilan moral de la chiourme française en 1887. — Le directeur à poigne. — Une lettre de Kélung. — Le régime pénitentiaire autrefois. — La République, l'Empire, la Restauration. — Plus tard, il est trop tard.
Mes lecteurs ont compris pourquoi, entre tous les dossiers que j'ai formés à la Grande-Roquette, j'ai choisi ceux d'un de mes auxiliaires et de J. L... J'ai tenu à leur présenter des sujets intéressants, de ces voleurs par accident qui récidivent sans se consoler de leur dégradation, et qui chaque fois qu'ils retombent font des efforts pour se relever.
C'est à dessein que j'ai laissé s'ouvrir devant eux l'âme de J. L..., d'où s'échappent de sincères accents de repentir. Cet homme est père. Il compte que le souvenir de son enfant le soutiendra. Il ne veut pas avoir à rougir devant son fils. Il l'aime, il désire en être estimé. On a vu que ce sentiment si fort, si pur, avait été impuissant à le protéger contre lui-même. La semaine même qui suivait sa sortie de la Grande- Roquette, il « barbotait » comme un voleur de pro-
fession, s'estimant heureux d'être arrêté dès le début, car, s'il avait été dérangé dans son travail, il avoue qu'il ne répondait plus de lui, qu'il aurait assassiné ! Et cela après six mois de conseils, d'intimité avec un confident pour lequel il a gardé une affection d'enfant, et dont il réclame encore les avis.
A qui la faute? A l'homme, mais surtout à la prison.
« Ah ! qu'une prison est quelque chose d'infâme 1 a écrit Victor Hugo. Il y a un venin qui salit tout I Tout s'y flétrit, même la chanson d'une jeune fille de quinze ans ! Vous y trouvez un oiseau ; il a de la boue sur son aile ; vous y cueillez une jolie fleur, vous la respirez, elle pue. »
Nos prisons sont le tombeau moral des détenus.
Ils y entrent malades, blessés, anémiques, affolés, mais respirant encore. Au contact de leurs compagnons de geôle et des gardiens, dans ces murs qui suintent le vice, à travers lesquels ne circulent ni l'air, ni la lumière, ni l'honnêteté, ils achèvent de s'étioler, ils s'empoisonnent pour la vie.
La prison a sa « pourriture » comme l'hôpital. C'est à détruire cette « pourriture » que les pouvoirs publics doivent s'appliquer.
Il existait dans la ville d'Aversa, à sept milles de Naples, un établissement fondé en 1813 et qui avait acquis une grande célébrité dans toute l'Europe : c'était la maison des fous. Cette maison, citée longtemps comme modèle, ne méritait guère sa réputation.
La force et la rigueur étaient les seuls moyens eu-